Quatre policiers quittent l’établissement McKinsey à Paris, mardi 24 mai 2022. MICHEL SPINGLER / AP
Une perquisition était en cours mardi après-midi 24 mai au siège français du cabinet de conseil McKinsey situé sur les Champs Elysées à Paris, a rapporté l’Agence France-Presse (AFP) du Parquet national financier (PNF). Des reporters de l’AFP avaient relevé la présence de policiers portant des bracelets des douaniers à l’accueil du siège de McKinsey mardi à midi.
Cette perquisition s’inscrit dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte le 31 mars pour blanchiment aggravé de fraude fiscale aggravée, a confirmé le PNF, saisi par l’AFP. Le PNF a ouvert cette enquête à la suite du rapport de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des consultants privés sur les politiques publiques, durant les cinq premières années d’Emmanuel Macron.
Dans l’après-midi, l’entreprise a confirmé “le déroulement des opérations d’inspection (…) au cours desquelles toutes les informations requises ont été fournies”. “Le cabinet coopère pleinement avec les pouvoirs publics”, a déclaré McKinsey, réaffirmant que “le cabinet respecte la réglementation fiscale et sociale française applicable”.
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Un nombre record de contrats avec des cabinets de conseil
Les entités françaises du cabinet McKinsey ont été accusées dans un rapport sénatorial publié mi-mars d’avoir lancé une convention fiscale leur permettant de ne pas payer d’impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020. McKinsey s’est défendu en réclamant de respecter les règles fiscales françaises, précisant qu’une de ses filiales avait acquitté l’impôt sur les sociétés pendant six ans au cours de la période évoquée par le Sénat.
Ce dernier avait constaté l’influence grandissante du cabinet et, en général, des cabinets de conseil dans l’appareil d’État. Dans ce rapport présenté le 16 mars, cette commission affirmait que les contrats conclus entre l’Etat et plusieurs consultants avaient “plus que doublé” entre 2018 et 2021, atteignant un record de plus d’un milliard d’euros sur 2021. Un “phénomène expansif”. » Ce qui, selon les sénateurs, fait courir le risque que les consultants privés prennent progressivement le pas sur les fonctionnaires.
L’utilisation par le gouvernement de ce cabinet américain pour soutenir l’exécutif dans la politique de vaccination contre le Covid-19 avait déjà suscité la polémique en janvier 2021, en plus de la fin de la campagne présidentielle. Olivier Dussopt et Amélie de Montchalin, alors ministres des comptes publics et de la fonction publique, avaient même tenu une conférence de presse le 30 mars pour justifier les dépenses de l’Etat.
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“Lâchez le criminel”
Les révélations de la commission d’enquête avaient suscité de vifs débats pendant la campagne présidentielle sur l’utilisation des fonds publics. L’opposition avait réclamé à plusieurs reprises l’ouverture d’une enquête sur ce qu’elle considérait comme un favoritisme dont ferait preuve la majorité macroniste en faveur de cette consultance.
Le candidat de l’époque, Emmanuel Macron, avait estimé que le non-paiement de l’impôt sur les sociétés par McKinsey était dû à la réglementation fiscale en vigueur. “S’il y a des preuves de manipulation, allez au tribunal correctionnel”, a-t-il lancé le 27 mars à ceux qui l’accusent de ces nombreux contrats.
Le chef de l’Etat a entretenu des liens étroits avec plusieurs chefs de cabinet, dont certains ont participé à sa campagne personnelle en 2017. Parmi eux, le chef du service public du cabinet, Karim Tadjeddine, est en convulsions depuis son audition. devant la commission sénatoriale le 18 janvier : il avait déclaré sous serment que McKinsey était en fait assujetti à l’impôt sur les sociétés, ce qui a conduit le Sénat à intenter une action en justice le 25 mars pour suspicion de parjure.
Enfin, l’enquête du PNF a débuté le 31 mars, à la suite d’une évaluation interne du dossier, qui a consisté à procéder à de premiers recoupements et vérifications sur la nature des révélations du rapport du Sénat. Il a été remis au Service des enquêtes judiciaires financières, la police fiscale mise en place en 2019 à Bercy.
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Le monde avec l’AFP