Friche Josaphat : “La proposition de Rudi Vervoort est inacceptable”

Pascal Smet et Rudi Vervoort ont présenté les grandes lignes du PAD (schéma directeur d’aménagement) du très sensible dossier de la friche Josaphat, dont ils espèrent qu’il passera en seconde lecture cet été. Êtes-vous satisfait de ce projet qui prévoit 1 100 logements ?

Elke Van den Brandt (vert): Les terres arides présentent un grand intérêt écologique et construire dessus n’est pas une bonne idée. Des adaptations ont été apportées au projet précédent, qui vont dans le bon sens. Mais nous avons eu 2 000 réactions à la deuxième enquête publique sur ce PAD et 10 000 commentaires. C’est beaucoup… Il n’y a pas que les voisins, il y a aussi les experts et les associations. Il faut tenir compte de cette enquête, qui montre l’importance de cet espace vert, mais aussi de la commission d’aménagement, qui dit qu’une vision écosystémique est fondamentale. Josaphat est l’un des rares espaces verts qui nous reste. Si nous construisons sur les friches, nous romprons les connexions dans ces espaces verts. Ils sont indispensables car c’est par eux que la chaleur s’évacue en été, que la biodiversité se déplace. Ce sont aussi des espaces récréatifs pour les gens.

Alain Maron (Éco): La proposition sur la table est inacceptable pour nous. Vous devez voir les choses plus globalement que Josaphat. Cette vision est absente ou en est à ses balbutiements. A noter que dans le PAD Josaphat un certain nombre d’habitations sont prévues, mais seulement la moitié (environ 600) en pleine nature. On ne conteste pas la construction de logements dans le reste du PAD, dans la partie nord. Mais, bien sûr, vers les friches.

Alors comment faire face au manque de logements à Bruxelles ?

UN M: Dans cette législature des PAD comme la Gare de l’Ouest, le Médiapark et la Caserne ont été avancés. Cela signifie 3 000 nouveaux logements à venir. Là, nous avons trouvé des solutions équilibrées. Il y a donc une volonté d’augmenter le nombre de logements abordables à Bruxelles. A noter que, selon le Bureau du Plan, les surfaces de bureaux effectivement utilisées seront réduites de 20% au fil du temps à Bruxelles. Cela représente un million de mètres carrés. Une pièce doit pouvoir être utilisée pour le logement.

Présenterez-vous une contre-proposition au gouvernement sur Josaphat ?

UN M: Ils ont déjà entendu notre problème. Nous le dirons encore. Soit le premier ministre accepte de revoir le PAD et nous travaillons avec lui. Soit il refuse et nous partons en discussion pour le prochain gouvernement.

Elle se terminera en 2024. Combien de logements accepteriez-vous à Josaphat ?

UN M: Je ne négocierai pas ici. L’idée est de préserver au maximum la nature sauvage en tant qu’espace naturel. Cela ne signifie pas nécessairement zéro logement. Peut-être pouvons-nous en avoir en bordure de la friche. On s’interroge sur le fait de bétonner la friche, devenue un espace naturel très riche en biodiversité. Si nous voulons que les Bruxellois soient heureux, nous avons besoin d’espaces verts. Mais aussi des visions stratégiques pour passer de 1,1 million à 1,3 million d’habitants en quelques décennies, avoir un logement abordable, une ville agréable, capable de résister au choc du réchauffement climatique.

Pour Pascal Smet, la défense de la biodiversité est synonyme d’effet Nimby. Est-ce dans votre position ?

UN M: Non. Il faut respecter ce que les gens disent. Il n’est pas juste de disqualifier les propos des opposants, qui ont le droit de s’opposer à un projet.

E.VdB. † La biodiversité n’est pas accessoire mais essentielle à notre écosystème.

N’est-ce pas un problème de ne pas pouvoir construire des terrains appartenant à la Région, comme le Chant des cailles (Watermael), le marais du Wiels (Forêt) ou la friche Josaphat ? Vervoort estime que “pour cette raison, nous allons vider la caisse” de la Région.

UN M: Heureusement, il existe de nombreux terrains publics qui n’ont pas été construits. Quand on conserve des parcs, des forêts, ce sont des décisions politiques. Une école, une crèche, ça coûte. Un parc, un espace vert aussi. C’est une drôle d’idée que, la Région achetant des terres, elle doive les exploiter au maximum et en tirer une plus-value.

Rudi Vervoort rappelle qu’avec 53% d’espaces verts, Bruxelles en compte beaucoup par rapport aux autres capitales.

UN M: Il y a une asymétrie d’accès. Certains quartiers bruxellois sont très verts, mais une grande partie de la population n’y a pas accès. Une partie du désert de Josaphat est en zone de carence. Et puis la Commission européenne a mis sur la table la fin de la perte nette d’espaces verts urbains en 2030. Il y a un consensus scientifique, même si, côté politique, tout le monde n’est pas convaincu. La capacité à absorber le réchauffement climatique n’est pas seulement un problème en Amazonie, mais aussi dans les villes.

« Nous sommes en ville, pas à la campagne, précise Pascal Smet.

E.VdB. † Chacun doit assumer la responsabilité du réchauffement climatique. Les villes doivent être plus résilientes. Donner accès à tous aux espaces verts n’est pas un luxe.

Si les gens n’ont pas de logement, c’est encore plus problématique… Il y a 40 000 personnes sur liste d’attente pour un logement social.

EVdB. : Il faut trouver des solutions. Nous voulons plus de maisons et de logements abordables tout en préservant et en augmentant les espaces verts.

UN M: La meilleure façon de réduire la liste d’attente n’est pas de construire des logements sociaux. Par rapport à ce que dit Pascal Smet… Nous sommes la capitale de l’Europe. Les experts disent que nous devons ramener la nature en ville. Il est totalement faux de dire que la nature n’a pas sa place en ville. Bruxelles doit être à l’avant-garde de la mise en œuvre de cette vision.

Au sein du gouvernement bruxellois, il existe une forte opposition entre écologistes et socialistes. On le voit aussi dans l’onglet Chant des cailles. Pourtant, le logement est la priorité du PS dans la capitale. Comment concilier cela ?

Alain Maron : Nous l’avons fait dans toute une série de projets. Josaphat se démarque car il est l’objet de tensions politiques. Mais le nombre de logements sur le terrain du Mediapark (2 000) est bien supérieur.

Il est inhabituel que deux ministres apparaissent dans la presse pour donner leur point de vue et deux jours plus tard pour plus d’opposition du même gouvernement. Pour un projet qui figure dans l’accord majoritaire et que vous avez validé il y a un an, en première lecture…

UN M: Ce n’est pas dans l’accord majoritaire (NDLR : l’accord dit que le gouvernement assurera le fonctionnement pérenne des projets situés sur les terrains mis à la disposition de la Région : Usquare, Mediapark, Josaphat, Delta).

Chaque Van den Brandt : L’accord majoritaire ne signifie pas que tous les PAD (plans d’aménagement du territoire) sont approuvés en tant que tels. C’est juste une méthodologie. On parle de PAD par PAD.

Vervoort ne le voit pas de cette façon. Pour lui vous avez passé la 1ère lecture, d’où le PAD. Avez-vous changé d’avis en un an ?

UN M: Non. Il y a une enquête publique qui provoque une rare compromission. Ceci doit être pris en compte. En ce sens, le projet n’est pas satisfaisant. Ce n’est pas de la déloyauté. En première lecture, nous avons obtenu une réserve de biodiversité à Josaphat. Le PS ne voulait pas d’espace vert plus grand en première lecture, car il avait déjà négocié des contrats dans ce domaine.

Politiquement, force est de constater qu’il existe une difficulté régulière entre écologistes et socialistes à trouver des accords.

E.VdB. † C’est la démocratie. UN M: Nous ne sommes pas des socialistes, nous ne sommes pas des écologistes. Pas une surprise. Nous sommes fidèles à l’accord du gouvernement. Et puis, sur différents sujets, il y a des débats. Les tensions ne sont pas toujours entre socialistes et écologistes. Il y a parfois des lignes de tension dans ce gouvernement, mais elles vont dans tous les sens. Parfois c’est aussi avec Défi, il y en a aussi entre francophones et hollandais. Mais il n’y a pas de division entre écologistes et socialistes. Dans la grande majorité des cas, nous réussissons.

E.VdB. † Sur l’indexation des loyers par exemple, nous sommes avec le PS pour défendre leur blocage.

Un dossier ennuyeux

Une nouvelle guerre de tranchées idéologique entre socialistes et écologistes se cristallise à Bruxelles dans l’archive très sensible de la friche Josaphat, un terrain de 25 hectares à cheval entre Evere et Schaerbeek. Cet ancien chantier de classement désaffecté a vu se développer une riche biodiversité. Le dossier est de nouveau sur la table du gouvernement bruxellois, après une enquête publique très critique sur le PAD (plan de développement territorial) du gouvernement bruxellois. Rudi Vervoort (PS), ministre-président de Bruxelles et Pascal Smet (Vooruit), secrétaire d’Etat à l’Urbanisme, ont déclaré mardi en Le gratuit sa volonté d’achever son projet cet été, qui prévoit la construction de 1 100 logements sur le site. Un tiers du site serait construit, tandis que les deux autres tiers seraient dédiés à une réserve naturelle et des espaces verts.

Rudi Vervoort rappelle que le PAD «Il a été approuvé par Ecolo en première lecture”. Pour lui, “rien n’a changé en un an. Bien sûr, il peut toujours être mis à jour. Mais l’accord majoritaire est clair”. Pour Pascal Smet, “vous avez besoin d’un logement de qualité mais aussi d’accessibilité. Et si tu veux vivre à la campagne, va à la campagne”.

Ecolo dit non. Pour Alain Maron (Écolo), ministre de l’Environnement à Bruxelles, et Elke Van den Brandt (Groen), ministre de la Mobilité, ce projet est «inacceptable”. Après Uber, le voile et le massacre, un nouveau parfum de crise plane sur le gouvernement bruxellois.

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