Doit-on s’inquiéter de la faiblesse de l’euro face au dollar ? Suivez-nous

Alors que la croissance ralentit en Europe et que l’inflation atteint des sommets historiques, faut-il s’inquiéter de la faiblesse de l’euro ? Depuis le début de 2022, l’euro a perdu près de 10 % de sa valeur face au dollar. Si la baisse continue, on pourrait atteindre la parité : 1 euro vaut 1 dollar. Cela rappelle les taux de change enregistrés en février 2000 et juillet 2002.

La guerre en Ukraine est sans doute l’une des causes de cette chute de l’euro : le conflit a accéléré la hausse des prix de l’énergie et de l’électricité, ce qui alimente l’inflation. La guerre a également entravé la reprise post-pandémique et menacé la récession. L’économiste Bruno Colmant, professeur à l’ULB, explique que “pour lutter contre l’inflation, la Banque centrale européenne (BCE) a voulu remonter ses taux d’intérêt, mais malheureusement les derniers indices de confiance montrent qu’elle entre en récession, ce qui signifie que la La BCE ne pourra guère les augmenter, au risque d’aggraver cette récession ». Cela a pour effet de favoriser le dollar par rapport à l’euro. Selon lui, « nous allons entrer dans une combinaison d’inflation et de récession : la demande va baisser mais les entreprises vont voir leur compétitivité décliner. Ces éléments saisis par les marchés font de l’euro une monnaie un peu bâclée par rapport au dollar ».

Selon Bruno Colmant, un autre facteur s’ajoute : le dollar est soutenu par la Banque centrale américaine (“Fed”, ou Réserve fédérale) : “Les Etats-Unis sont quasiment en situation de plein emploi et sont quasiment autosuffisants d’un point de vue énergétique Et donc, aux États-Unis, pour lutter contre la hausse de l’inflation, nous pouvons augmenter les taux d’intérêt avec un certain succès. La situation en Europe est différente parce que nous avons de l’inflation et de la récession, mais nous sommes loin du plein emploi et donc, même si nous augmentons les taux d’intérêt , ça ne pourrait pas être dans la même proportion qu’aux Etats-Unis, donc, structurellement, il y a une différence de taux d’intérêt qui s’établit entre les Etats-Unis et l’Europe, étant les taux américains plus élevés que les taux européens, cela conduit naturellement à une appréciation du dollar par rapport à l’euro. »

Quelles sont les conséquences de cette chute de l’euro face au dollar pour les entreprises et les citoyens belges ?

Selon Bruno Colmant, « pour les entreprises européennes, la baisse de l’euro face au dollar a d’abord un impact favorable sur celles qui exportent : une monnaie plus faible permet plus d’exportations vers les zones hors euro. tout ce qui est importé et libellé dans des devises autres que l’euro prend de la valeur ». C’est le cas de l’énergie, en particulier des dérivés du pétrole. Cela a un impact négatif sur les entreprises, mais aussi sur les ménages.

Que peut faire la BCE ?

Selon lui, « la BCE est dans une situation extrêmement dangereuse. Elle n’a pas beaucoup de temps pour remonter les taux d’intérêt car elle est le premier créancier des États européens. De plus, toute hausse des taux d’intérêt risque d’aggraver la récession, car elle augmentera le coût du crédit aux entreprises et aux ménages. L’inflation réelle se fait au niveau de chacun des pays, qui devraient prendre des mesures au niveau national pour lutter contre l’inflation , “il a dit.

Edward Roosens, l’économiste en chef de la FEB (Fédération des Entreprises Belges) ajoute que la faiblesse de l’euro ajoute « une nouvelle couche à la hausse des coûts pour nos entreprises. D’autre part, cela leur fait commercialiser un peu mieux nos produits en marchés en dollars, mais 70 % de nos exportations se font vers l’Europe en euros. »

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