Jack White, ce traître aux Bruxellois

Personne, absolument personne. À une époque où l’avenue Victor Rousseau devrait être pleine de monde, on a du mal à trouver âme qui vive autour de Forest National. Pour l’arrivée d’un poids lourd comme Jack White, c’est assez inattendu. Soit les huit mille spectateurs sont déjà à l’intérieur, plus d’une heure avant le début du concert, soit le dernier Guitar Hero “Made in America” ​​n’attire plus les foules.

Il est vrai que ce samedi 11 juillet, M. rivalise avec Dour, Tomorrowland et les plages de la Côte d’Azur. On dit aussi que sa gestion était particulièrement gourmande, exigeant initialement plus de 80 euros le billet, dont le prix a ensuite été revu à la baisse, faute de trouver des acheteurs suffisamment fortunés ou particulièrement bornés.

L’introduction

Après le portique et le scellement des téléphones portables – interdits dans la salle sur ordre de la star du jour, et placés dans des pochettes en mousse les rendant inutilisables pendant toute la durée du concert – nous sommes sereins. Le concert a lieu, environ 3000 personnes applaudissent les rockers flamenco d’Equal Idiots, chargés d’échauffer l’assemblée.

Pieter et Thibault font le boulot, s’amusent avec leur public, et proposent même une version très rock’n’roll de “Ca plane pour Moi” de Plastic Bertrand, voire “s’ils ne comprennent pas la lettre“parce qu’ils”tu ne parles pas vraiment français. “Les étages supérieurs de Forest ont été obstrués par des rideaux noirs, la scène est plus avancée que d’habitude, on se croirait dans le Cirque Royal ou l’AB, et cela crée un sentiment d’accueil et d’intimité sans précédent.

La montée en puissance

A 21h15, les lumières s’éteignent, les fans entrent en transe. Caché derrière un épais rideau bleu vintage, le groupe entre et se lance dans une introduction électrique au possible, avant d’enchaîner sur “Taking Me Back” et “Fear Of The Dawn”. Le rideau se lève, Jack se dresse fièrement à quelques mètres de nous, ses cheveux bleus et poilus. Extraits de leur dernier album sorti en deux parties, ces deux singles renouent un peu avec l’efficacité de leurs débuts et laissent présager un véritable retour aux hostilités.

Formé à Détroit en 1997, les White Stripes sortent rapidement trois albums de rock’n’roll viscéral teintés de blues et de ballades country (The White Stripes, Le style et globules blancs), avant de trouver la combinaison parfaite dans un chef-d’œuvre absolu (Éléphant), et perdant progressivement son inspiration (Mets Satan derrière moi, Coup glacé). Meg est partie épuisée, stressée et agoraphobe en 2007, puis Jack s’est consacré à Raconteurs et Dead Weathers – ses projets parallèles – avant de s’offrir trois albums solo, tantôt décevants, tantôt expérimentaux.

Trahison

Les visites qui suivirent furent constamment décevantes. White est une légende, un génie de la guitare, mais plonge peu dans son ancien répertoire, qui est encore bien supérieur au nouveau. Quand on analyse les setlists de ce “Supply Chain Issues Tour” de 2022, c’est donc la surprise et l’excitation. Il laisse certains morceaux douloureux de Trabucet Lazare, Jack assume désormais son statut. Que ce soit en salle ou lors de festivals, certains titres mythiques comme “Dead Leaves and The Dirty Ground”, “Black Math”, le génial “Hello Operator” et le sublime “Ball & Biscuit” se démarquent, une explosion de blues de plus de set . minutes.

Chez Forest, on le sent épanoui, souriant, il vient chercher son public toutes les dix minutes, même s’il ne dit pas un mot parmi les chansons. Jack est électrique, son domaine est intact. “I Cut A Buffalo” (Dead Weathers) fait monter la température. ‘The Hardest Button To Button’ prépare le terrain, avant la sortie du classique ‘Fell In Love With a Girl’. On se dit que le spectacle s’ouvre, on tape du pied, la folie pointe du bout du nez. Jack White va bien ce soir, mais il fonce droit sur le tube “Steady As She Goes” et l’indémodable “Seven Nation Army” qui clôt systématiquement ses shows. Pas de “Hotel Yorba”, encore moins “Ball And Biscuit” mais presque tous les soirs. Oui, ce concert était bien, mais on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine trahison. Quand nous disons que nous jouons “Ball And Biscuit”, nous jouons “Ball And Biscuit” !

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