Publié: 18/07/2022 – 20:09
Ses voyages à l’étranger sont rares depuis le début de la guerre en Ukraine : ce n’est que la deuxième fois qu’il quitte la Russie. Vladimir Poutine est à Téhéran ce mardi 19 juillet. Une visite chez son allié iranien pour rencontrer les dirigeants de la République islamique et participer à un sommet tripartite sur la Syrie avec le président turc Recep Tayip Erdogan. Mais une autre guerre s’invitera également dans les discussions : l’Ukraine.
Depuis deux mois, le chef de l’Etat turc annonce régulièrement une opération imminente contre les forces kurdes des Unités de protection du peuple – les YPG – entre les villes de Tel Rifaat et Manbij, dans le nord de la Syrie. Recep Tayyip Erdogan s’engage à établir “une zone de sécurité profonde de 30 km (…) exempte de terroristes”. Le YPG est considéré par Ankara comme une organisation terroriste en raison de ses liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Le président turc affirme n’avoir besoin de “la permission de personne” pour attaquer la Syrie, rapporte notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer.
En réalité, cette opération – comme les trois autres qui l’ont précédée depuis août 2016 – ne peut être menée sans un certain accord avec la Russie, premier allié du régime syrien et force militaire dominante dans la zone désignée par Tayyip Erdogan, située à l’ouest de la Euphrate.
La Turquie doit également obtenir l’accord tacite de l’Iran, en raison de la présence de milices pro-iraniennes autour de Tel Rifaat, une région au nord d’Alep.
Mais jusqu’à présent, ni Moscou ni Téhéran n’ont pour l’instant soutenu le plan de bataille du président turc. La Russie et l’Iran se sont montrés réticents, craignant qu’une nouvelle intervention turque ne conduise à une “détérioration dangereuse de la situation en Syrie”.
La question des exportations de céréales de l’Ukraine
Le sommet tripartite de mardi sera l’occasion pour le président turc de rencontrer son homologue russe pour la première fois depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine. La Turquie, membre de l’OTAN, a tenté de rester en contact avec les deux pays, proposant à plusieurs reprises une médiation.
Poutine et Erdogan discuteront de la question des mécanismes d’exportation de céréales ukrainiennes. Des négociations avec Moscou, Kyiv, Ankara et l’ONU auront également lieu dans les prochains jours en Turquie, après l’avancée des pourparlers le 13 juillet.
Le ministère russe de la Défense a indiqué vendredi qu’un “document final” sera préparé prochainement pour permettre l’exportation de céréales depuis l’Ukraine. Selon le conseiller diplomatique du Kremlin Iouri Ouchakov, un centre de coordination devrait également être ouvert à Istanbul pour permettre ces exportations par la mer Noire.
L’accord négocié par l’intermédiaire de l’ONU vise à éliminer environ 20 millions de tonnes de céréales piégées dans des silos ukrainiens au bord de la mer Noire en raison de l’offensive menée par la Russie en Ukraine.
Le Kremlin va-t-il acheter des drones iraniens ?
Autre dossier bilatéral en marge de ce sommet tripartite, selon les Etats-Unis, l’achat de centaines de drones par l’Iran par la Russie. Une information démentie par Téhéran et sur laquelle le Kremlin s’est refusé à tout commentaire. Mais cette éventuelle vente est tout à fait crédible, estime Vincent Tourret, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique : l’Iran a une technologie qu’il n’a pas en Russie, juge-t-il.
Les drones iraniens sont le Toyota des drones, un objet peu coûteux, simple d’utilisation et rapidement massifiable qui peut intéresser la Russie. Les Russes ont des drones d’observation, ils avaient commencé à développer et à produire l’Orion, mais les Russes avaient pris du retard dans la création d’un drone capable d’observer et de frapper, et c’est ce que les Iraniens peuvent fournir.
Vincent Tourret, chercheur FRS
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