“C’était un vrai torrent.” Torrent qui n’a pas encore érodé les maisons, mais déjà les esprits des habitants au bas de l’Avinguda De Fré. “On se souvient des inondations de 2011. Depuis, avec la construction du bassin d’orage, on pensait qu’on serait tranquille mais non.” déplore Michel Devriese, membre du comité Quartier De Fré. Un bassin d’orage traverse l’Ukkelbeek. Il débute au pied de l’Avinguda de Fré (depuis l’école HE2B) et se prolonge jusqu’au parc Raspail rue de Stalle par la place des Héros : 1,3 km de long, 4,60 m de diamètre et 25 000 m3 de capacité. Michel aurait de bonnes raisons d’être calme. Pourtant, jeudi dernier, les égouts ont débordé. Et ce n’est pas la première fois. L’été et l’automne 2021 ont également vu les riverains se retrouver les pieds dans l’eau.
“Nous avons tous des planches en bois pour l’empêcher d’entrer. Deux garages et des caves ont de nouveau été inondés jeudi.” Il a plu 21 litres par m2 en une heure. La pluviométrie mensuelle moyenne à Uccle est d’environ 76 litres.
Selon Michel, le problème vient du manque de ravins dans ce secteur.
“Le bassin a fonctionné”
Vivaqua arrive aux mêmes conclusions que Michel. “Le bassin a fonctionné. On a vu un taux de remplissage de 38% jeudi dernier.” Les quartiers de la rue de Salle sont également bien conservés. “Mais il y a peu de drainage sur l’avenue Fré. La pluie a été trop forte et trop rapide pour la capacité d’évacuation.”
© Comité Fré
Brussels.Mobility est en charge de l’installation des drains car l’avenue Fré est une route régionale. Problème : L’agence n’avait aucune idée de ce problème d’évacuation des eaux pluviales.
“Après avoir vérifié qu’il n’y a pas de problèmes d’obstruction des ravins [cette fois, c’est Brussels. Propreté qui doit s’en charger, NdlR], Vivaqua doit nous envoyer une demande et nous pourrons alors lancer l’analyse et vous notifier.”. Vivaqua, ainsi incriminé, est surpris par cette réponse : “Sachant que la voirie est du ressort de Bruxelles. Mobilité.” Autrement dit : Ping-pong administratif. Nous ne prévoyons pas d’orages en Ucclois dans les mois à venir.
© étude ULB
Une carte d’exposition au danger
Il y a quelques semaines, des étudiants du Master Sciences et gestion de l’environnement de l’ULB ont mené une étude sur la vulnérabilité d’Uccle aux aléas climatiques. Ils ont pris en compte l’exposition aux inondations et le phénomène d’îlot de chaleur. Conclusion: “Les plus démunis d’Uccle sont les plus exposés, explique Maëlle De Brouwer (Ecolo), conseillère déléguée à l’environnement. Avenue de Fré et Molière font exception, mais sinon cette étude confirme nos hypothèses. » De plus, l’étude montre que les territoires pour lesquels la marge d’adaptation à ces dangers est la plus forte sont les zones les plus riches. “là où il y a de l’espace, des jardins et donc des zones moins touchées.” L’édile rappelle toutefois que l’étude est construite à l’échelle d’Uccle et que, par rapport au département, les Ucclois ne sont pas statistiquement les plus défavorisés.
© étude ULB
Quant à Avinguda De Fré, la municipalité n’a pas de contrôle direct car il s’agit d’un dossier régional. Il peut simplement agir autour : « Avec les travaux de l’avenue du Bourgmestre Jean Herinckx, une partie de l’eau de pluie ira au parc Brugmann. Ça devrait limiter la pression sur l’avenue Fré. »
Dans les prochains jours, l’administration municipale et l’assemblée citoyenne pour le climat se réuniront tour à tour. L’étude de l’ULB servira d’outil pour se focaliser sur les espaces verts et perméables, notamment à travers la création de vallées.