« La banalisation du sida épuise les infections sexuellement transmissibles » : et vous, à quand remonte votre dernier test ?

Thierry Martin, directeur de la Plateforme Prévention Sida : “On voit moins d’usage du préservatif. Donc la prise de risque est plus importante.”

Comme chaque année, la Plateforme Prévention Sida relance sa campagne de prévention des Infections Sexuellement Transmissibles (IST) et fait le point avec son directeur, Thierry Martin.

La Plateforme Prévention Sida organise deux campagnes médiatiques par an. Est-il nécessaire de maintenir l’attention ?

Oui, on fait un dépistage ou préservatif avant l’été. Et l’autre le 1er décembre, pour la journée mondiale de lutte contre le sida. Nous essayons de faire en sorte que le VIH et les IST restent une préoccupation dans la société, mais nous assistons, par exemple, à une banalisation du SIDA.

On parle de gonorrhée, de syphilis… On dirait des maladies du Moyen Age, alors qu’on est au milieu du 21e siècle en matière de prévention et de traitement, assiste-t-on à une recrudescence de ces pathologies ?

Est vrai. La syphilis, on en parlait au XVIIème siècle Depuis la fin des années 90 on voit que les cas augmentent sensiblement dans notre pays On observe une utilisation moins fréquente du préservatif. La prise de risque est donc plus importante. Mais en même temps, depuis 25 ans, on essaie de se focaliser sur ces IST et pas seulement sur le SIDA, qui prenait toute la place, plus on détecte d’IST, plus on en trouve. C’est pourquoi il y a plus de cas.

Cette année, la campagne porte sur les tests, pas sur les préservatifs.

Oui, le préservatif sera au cœur de la campagne 2023. Nous avons voulu mettre l’accent sur le dépistage, car c’est la clé. Si une personne est détectée, nous pouvons la soigner, la guérir, briser la chaîne de transmission et prévenir les complications.

Traiter une IST ne vous expose-t-il pas automatiquement à des complications ?

Oui, ils en ont tous. La chlamydia et la gonorrhée, si elles ne sont pas traitées, peuvent entraîner l’infertilité. Le VPH (virus du papillome) est le risque de cancer de la gorge, de l’anus, du col de l’utérus… La syphilis, au 3ème stade, vous pouvez en mourir.

Existe-t-il des traitements pour chacun d’eux et s’ils sont administrés longtemps à l’avance, peuvent-ils être guéris ?

Oui. Les antibiotiques peuvent guérir les trois principales IST. Et ça se fait par voie orale ou par injection dans les fesses.C’est relativement simple, comparé au VIH par exemple.Mais j’insiste toujours : être guéri d’une de ces IST ne veut pas dire en être immunisé. .

Voyez-vous que le public d’aujourd’hui est mieux informé des risques qu’il y a 20 ans, par exemple ?

Le fait qu’on banalise davantage le VIH signifie qu’il y a moins d’intérêt à la fois pour le VIH et les IST, c’est l’impression que nous donne notre expérience de terrain, car oui, il y a une connaissance globale. Mais pour ce qui est du détail, bof… On entend des réflexions du genre “Si je fais du cunnilingus ou de l’analingus, je ne risque rien…” C’est important de rappeler les modes de transmission. Et puis il y a le renouvellement constant des générations, qu’il faut informer et sensibiliser. On va tout droit à la campagne, aux vacances, à l’école, à la déscolarisation…

A quel âge faut-il sensibiliser les jeunes ?

La sexualité est toujours un sujet d’intérêt pour les jeunes. Ils en parlent souvent entre eux, mais la connaissance des camarades de classe n’est pas toujours la meilleure. On leur parle dans les écoles dès l’âge de 14 ans.

Et pour cette campagne, ciblez-vous une tranche d’âge spécifique ?

Les jeunes, bien sûr. Mais nous essayons d’élargir le public. Et je pense que ça se voit sur nos spots télévisés et sur nos affiches. Quand on a 45 ans, qu’on sort d’un divorce, on ne se considère pas à risque. Et le préservatif, après des années de fréquentation… On n’a pas toujours le réflexe protecteur. Selon les données épidémiologiques du VIH, la tranche d’âge 35-45 ans est bien représentée.

En fin de compte, l’effort de prévention ne peut jamais être relâché.

Non. Et puis les messages évoluent aussi. La prévention et le dépistage progressent sans cesse, il existe désormais des autotests, des tests rapides. Les progrès sont également importants dans les traitements. Quant au sida, avant il y avait plusieurs pilules à prendre à des moments précis, avec des effets secondaires importants, aujourd’hui c’est une pilule par jour. Bref, nous nous renouvelons aussi constamment.

Supposons que je sois un adolescent de 14 ans, j’ai eu un contact à risque. Mais j’ai peur de passer le test, car mes parents le découvriront. Et puis je n’ai pas d’argent. Dois-je payer quelque chose ? Cela pourrait-il être un obstacle ?

Certaines structures proposent un dépistage anonyme et gratuit, certains centres tentent, en tout cas, le VIH, pour que les parents ne soient pas automatiquement informés. Dans le cas contraire, la projection sera remboursée. Et les parents pourront être informés plus tard, lorsqu’ils recevront les documents de la boîte sanitaire. Mais c’est le but de la campagne : si les jeunes pensent qu’ils ont pris un risque, le dépistage est primordial. Et il est accessible.

Mais si je suis infecté par l’une de ces IST, je le sentirai, n’est-ce pas ?

Il est important de noter que les ITS sont souvent asymptomatiques. Parfois, on ne verra rien, on n’entendra rien, et c’est un obstacle au dépistage et au traitement.

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