Un tonnerre d’applaudissements pour l’arrivée sur scène de notre compatriote Stéphanie Huang, 26 ans, qui, après avoir chaussé ses lunettes et observé un moment de concentration émouvant, plonge dans la Une du brillant Album de Jörg Widmann. Entrée franche, puisée dans des sonorités claires et élégantes, peu puissantes, ce qui entraîne malheureusement un déséquilibre avec l’orchestre et, donc, un manque d’intensité ou de lyrisme dans les deux premiers mouvements, au lieu de rien de plus. Une réserve qui disparaît dans le « Lied im Volkston » suspendu, lumineux et poétique (dans une mise en scène orchestrale qui nous rappelle irrésistiblement notre cher Philippe Boesmans), mais la trépidante « Bossanova de Clara et Robert (oui !) » restera la même . caractère intime, presque à l’opposé des éclats de joie qu’il comporte. Belle cadence et finale brillante “Mit Humor”.
Avec le Concerto de Dvorák, la gracieuse Stéphanie Huang s’est lancé un défi, notamment celui d’affronter l’immense orchestre voulu par le compositeur. L’introduction du Brussels Philharmonic n’est pas rassurante en ce sens, mais dès l’entrée du soliste, et sous la baguette prudente de Stéphane Denève, l’alliance se noue dans un rapport de force avec l’orchestre ; et c’est évidemment dans l’épisode lyrique central du mouvement que se fait réellement entendre la “voix” du musicien, sa lumière, sa magie. Cependant, il est permis de regretter que, dans ce contexte, l’orchestre n’ait pas adapté le caractère de l’énorme tutti qui entourait les parties solistes, particulièrement à la fin du premier mouvement, aux limites du brutal. Un moment de grâce, en revanche, au début du poignant Adagio (aux contrastes véhéments et désespérés), guidé par le jeu engagé, intense et sensible de la jeune femme, ici en véritable maîtresse de cérémonie. Et il en sera ainsi dans le troisième mouvement, mis en mouvement avec autorité et doté de la saveur populaire qui le rend si charmant. Stéphanie Huang le tiendra fermement, passionnément, attachée à l’orchestre sans jamais rien montrer (un seul regard, sympathique mais fugace, au premier violon avant la coda) et suscitant une irrésistible émotion. Encore une salve d’applaudissements…