Le jour où… En 2002, les candidats retrouvent l’anxiété sociale lors de leur campagne pour les législatives
Archives du « Monde » du 5 juin 2002. LE MONDE
Il y a vingt ans, l’occupation revenait sur le devant de la scène avec les élections législatives, après avoir été repoussée dans la campagne présidentielle par les principaux candidats à l’Elysée. Les annonces de suppression d’emplois n’ont pas diminué, au contraire. “Sur le terrain, ces annonces empoisonnent la vie des candidats, de droite comme de gauche. Surtout, nombre d’entre eux touchent directement diverses personnalités en vue du nouveau pouvoir », pouvait-on lire dans Le Monde du mercredi 5 juin 2002.
Ce fut le cas, à Amiens (Somme), dans le bastion du ministre des Transports et de l’Equipement, Gilles de Robien, où le fabricant d’électroménagers Whirpool a confirmé, lundi 3 juin, le transfert d’une partie de son activité en Slovaquie, conduisant à la disparition de 360 emplois sur 860. A Soissons (Aisne), le secrétaire d’Etat aux Petites et Moyennes Entreprises (PME), Renaud Dutreil, a fait face à la fermeture de quatre entreprises (623 emplois menacés). A Evreux (Eure), le président du groupe Rassemblement pour la République (RPR) de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, a dû faire face au départ brutal d’une société finlandaise, Aspocomp (circuits imprimés), qui va à la tuile . 550 employés.
Le 24 mai 2002, André Gerin, député-maire du Parti communiste français (PCF) à Vénissieux (Rhône), écrit au nouveau ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, Francis Mer, pour l’alerter sur l’affaire REP. (presses à caoutchouc), qui “licencie 31 ouvriers”. “Il est inadmissible”, a-t-elle déclaré aux journalistes Caroline Monnot et Isabelle Mandraud, “que l’entreprise reçoive de l’argent public pendant 35 heures”. Il arrive à la fin de la période d’aide et dit à 31 garçons, “Bonjour”. Il appelle désormais à “la tolérance zéro pour le chômage”. “Les gens nous disent : nous sommes dans la merde et vous, les politiciens, ne bougez pas. J’ai des jeunes dans la pauvreté absolue. Si nous ne faisons rien, nous risquons de nous préparer à un lendemain terrible », a déclaré M. Gérin.
“Les nombreuses sonnettes d’alarme tirées dans les circonscriptions incitent pour l’instant la droite à adopter un profil prudent dans le traitement des suppressions d’emplois”, ont déclaré nos journalistes, poursuivant : “Pour le gouvernement, l’insécurité n’est plus , alors. la seule inquiétude exprimée, comme en témoignent les voyages de Jean-Pierre Raffarin sur les questions sociales. » « Pour les élus « de terrain », en tout cas, il y a urgence. Les « refoulés » pourraient, au niveau local, se refléter à nouveau dans les urnes », ont conclu Caroline Monnot et Isabelle Mandraud.