Emmanuel Macron aura-t-il une majorité parlementaire pour mettre en œuvre ses réformes ? Jean-Luc Mélenchon réalisera-t-il son ambition d’imposer la cohabitation à l’actuel chef de l’Etat ? Le rassemblement national de Marine Le Pen aura-t-il un groupe parlementaire ? Autant de questions centrales auxquelles répondront les sondages lors des élections législatives des dimanches 12 et 19 juin. Pendant ce temps, les bureaux de vote tentent de jauger les intentions de vote des électeurs et leurs conséquences sur la future composition de l’Assemblée nationale.
Ces dernières semaines, deux types de sondages ont fleuri : ceux qui mesurent le rapport de force des différents partis ou coalitions au premier tour et les projections de sièges au lendemain du second. Comme l’a expliqué à franceinfo Mathieu Gallard, directeur d’études à l’institut Ipsos, ces dernières sont à prendre en compte avec prudence, car elles incluent un grand nombre de variables.
Franceinfo : Les enquêtes de projection de sièges sont-elles fiables ?
Mathieu Gallard : Le mode de scrutin législatif fait qu’il n’y a pas de proportionnalité dans la répartition des sièges, qui ne se fait pas selon le pourcentage de voix au premier tour, mais selon plusieurs aspects importants. Le premier est le nombre de trajets que vous pouvez arrêter au deuxième tour. Soit vous entrez entre les deux premiers et vous vous qualifiez automatiquement, soit vous êtes troisième et vous vous qualifiez si vous obtenez plus de 12,5% des inscrits.
A l’incertitude du nombre de candidats qualifiés au second tour s’ajoute le transfert des voix. Il existe donc des configurations différentes d’une circonscription à l’autre. Dans la plupart d’entre eux, il y aura des duels entre la majorité présidentielle et les noces, mais il y aura aussi des seconds tours qui incluront le mythe national, les républicains et même d’autres forces. Les transferts d’électeurs des candidats éliminés, dans de multiples configurations, sur l’ensemble du territoire doivent être pris en compte. Le processus est assez complexe. Quand on fait des projections sur les sièges, on donne des plages, qui sont souvent assez larges.
Comment ces projections sont-elles construites précisément ?
Pour le premier tour, on présente aux répondants la liste des candidats présents dans leur circonscription et on leur demande pour qui ils voteront. Ensuite, chez Ipsos, on a découpé le pays en différentes strates. On sait qu’il y a des circonscriptions dans lesquelles l’étape Ensemble-Nupes est très probablement au second tour, mais d’autres penchent pour un duel Ensemble-RN. Deuxièmement, nous demanderons aux électeurs pour qui ils voteront dans ces deux types de second tour.
“Un autre paramètre entre en jeu : on applique une sorte de coefficient avec les résultats de 2017, dans chaque circonscription, pour chaque match.”
Mathieu Gallard, directeur d’études à l’Institut Ipsos
un franceinfo
En particulier, nous regardons ce qui donne ce coefficient aux circonscriptions où il y a des députés au bureau d’un parti. Ainsi, même si un parti s’effondre par rapport à 2017, comme pourraient le faire les républicains, il devrait chuter nettement moins dans les circonscriptions où il détient des titulaires, ce qui affecte la répartition finale des sièges à l’Assemblée nationale.
Ces projections sont-elles beaucoup plus complexes à réaliser qu’une enquête classique ?
Oui, surtout lorsqu’il s’agit d’élections présidentielles, car il y a beaucoup plus d’incertitudes que pour un rapport de force « classique ». Si on regarde ce qui s’est passé en 2017, ce n’était pas parfait et il y a eu une surestimation du vote LREM, mais aucun institut électoral ne s’est trompé dans le classement des forces politiques. Quant à un rapport de force très précis, les sondages donnent une indication relativement solide dans l’ensemble.
Les transferts de voix sont-ils plus difficiles à mesurer, plus volatils que lors des précédentes élections législatives ?
C’est plus compliqué que d’habitude. Avant 2017, on avait traditionnellement des affrontements entre droite et gauche, ce qui était beaucoup plus facile. Il y a beaucoup plus d’incertitude sur l’identité des finalistes dans chaque circonscription car il y a trois blocs ensemble en termes de votes. Les manchettes de droite occupent également une place importante, compliquant encore les projections.
Les projections de l’Assemblée nationale seront-elles plus précises au lendemain du premier tour ?
Après le premier tour, nous saurons qui est qualifié dans chaque circonscription, ce qui élimine une partie de l’incertitude. Ensuite, il y a la question des transferts de voix et nous avons très peu de temps pour les mesurer correctement, d’autant plus que les candidatures sont présentées mardi, trois jours avant la fin de la campagne. En 2017, entre les deux tours, on n’avait pas du tout vu ce qui s’était passé : dans de nombreuses circonscriptions où les candidats macronistes étaient bien placés, il y avait eu un petit front contre la majorité pour Emmanuel Macron, qui s’était soldé par la perte d’un peu de circonscriptions pour LREM et le MoDem, qui devait disposer d’une plus large majorité.