RSA : Pourquoi ne pas prendre de bénéfices est un problème plus important que la fraude

11h24, 6 juin 2022

Au printemps 2022, le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron a suscité la polémique en proposant de réformer les droits et devoirs des allocataires du revenu de solidarité (RSA). Le chef de l’Etat, réélu depuis, avait voulu instaurer une “obligation de travailler quinze à vingt heures par semaine” pour favoriser leur insertion professionnelle. Pour certains, il est indécent de culpabiliser les victimes de la crise. Menacés par la pauvreté, ils doivent faire face plus que quiconque à la baisse de leur pouvoir d’achat et doivent être soutenus par des aides automatiques et inconditionnelles. Pour le reste, l’accès à l’emploi doit être une priorité et il importe de réformer le volet non monétaire du RSA, de renforcer l’accompagnement et aussi les contrôles…

Ce débat a certainement une dimension idéologique, voire politique. Cependant, il s’agit d’une question importante, tant du point de vue de la recherche que des politiques publiques.

Suspension de montage

Comme le rappelait le rapport de la Cour des comptes en début d’année, le nombre d’allocataires augmente irrésistiblement d’année en année depuis la mise en place du RSA en 2009, comme ce fut le cas pour les allocataires du revenu minimum d’insertion. (RMI) qu’il a remplacé. La crise sanitaire a ajouté une hausse à la série temporelle, qui est désormais en train de se résorber, mais la tendance se poursuit, parallèlement à l’augmentation de la durée du chômage. Si cette tendance n’est pas soutenable, ce n’est surtout pas au niveau budgétaire.

En 2020, le RSA a assuré une base de revenus à 2,1 millions de foyers, soit plus de 4 millions de personnes avec conjoint et enfants à charge, pour une dépense publique annuelle de 15 milliards d’euros en ajoutant la prime d’activité et d’accompagnement, c’est-à-dire disons, moins des trois quarts. un point de PIB. Son montant moyen est d’environ 7 000 euros par an et par foyer bénéficiaire, ce qui en fait l’une des aides publiques les moins chères en termes d’impact social.

Parallèlement à l’augmentation du nombre de bénéficiaires, l’opinion publique a évolué en matière de minima sociaux. De nombreux indices convergents confirment notamment la méfiance croissante des allocataires de l’aide sociale.

Une enquête du Crédoc publiée en 2018 indiquait qu’une grande majorité de Français soutient l’idée que les Caisses d’aide aux familles (Caf) n’ont pas assez de contrôle sur la situation des allocataires. Plus de 80 % en 2018 partageaient ce sentiment, contre 64 % vingt ans plus tôt.

Selon une enquête plus récente de l’Unédic, la plupart des Français estiment que les demandeurs d’emploi ont du mal à trouver du travail car ils ne font pas de concessions dans leur recherche d’emploi. De plus, pour 55% des répondants, les chômeurs ne travaillent pas car ils risquent de perdre leurs allocations chômage.

Enfin, les politologues Vincent Dubois et Marion Lieutaud ont étudié les faits de fraude sociale en exploitant un corpus de 1 108 questions parlementaires posées entre 1986 et 2017. De rares, voire inexistantes au début de la période, elles se sont progressivement multipliées jusqu’à devenir une totale complète. -Authentique sujet de débat politique. Sa formulation révèle un durcissement progressif des positions, notamment à l’égard des fractions les plus défavorisées de l’espace social, et un affaiblissement concomitant du discours critique à l’égard de ces tendances.

La fraude reste l’exception

Le contraste est donc très net entre ce sentiment grandissant et les résultats des actions de contrôle menées par les institutions en charge du suivi des bénéficiaires. Ces dernières montrent que la fraude est concentrée sur une très faible minorité de bénéficiaires et qu’elle est principalement le fait de certains réseaux organisés. Selon la Cour des comptes, le montant cumulé des aides indues représenterait 3,2 % des prestations sociales. Des cas existent et sont largement rapportés dans les médias, mais ils sont toujours l’exception. S’il est important de lutter contre ces délits, le rôle des pouvoirs publics n’est pas d’entretenir le climat de suspicion qui règne à l’encontre de la grande majorité des bénéficiaires qui respectent les règles.

En revanche, les recherches en sciences sociales sur le RSA montrent au contraire que le fait dominant est la permanence et la généralisation d’un désengagement massif des prestations sociales destinées à soutenir les ménages modestes. Ainsi, une part importante des ménages ayant droit à l’aide sociale n’en bénéficie pas réellement. Cela est principalement dû au manque de demande de leur part.

Les raisons sont nombreuses mais elles compliquent les démarches administratives et la stigmatisation liée à la demande d’aide : en 2018, un tiers des foyers couverts par le RSA sont donc en situation de non ressource tous les trimestres ; 1 foyer sur 5 est en situation de non recours permanent tout au long de l’année. La non-admission touche également les populations les plus vulnérables du public cible, comme les sans-abri.

Commandes aux effets inattendus

La méfiance grandissante à l’égard des allocataires des allocations a cependant conduit à une intensification de leur suivi et de la supervision de leurs démarches d’insertion professionnelle et sociale. En échange de leurs droits, les allocataires ont des devoirs qui se traduisent par différentes étapes, comme la signature d’un contrat de travail ou d’un projet personnalisé, puis la participation à des actions d’insertion (sociale ou professionnelle). Cependant, la participation à ces démarches reste faible pour des raisons qui tiennent en partie aux difficultés rencontrées par les services pour organiser de manière satisfaisante l’accompagnement.

Pour accroître la participation, certains départements ont modifié leur politique d’action sociale. Ainsi, une expérimentation contrôlée a été mise en place en Seine-et-Marne. Cela impliquait de faire varier le contenu des courriers invitant les bénéficiaires à s’inscrire pour une prise en charge. La simplification des lettres et l’incorporation d’incitatifs n’ont toutefois pas sensiblement accru la participation au processus d’intégration.

Un autre ministère a opté pour une action plus coercitive consistant à surveiller la situation de tous les destinataires et à envoyer un message d’avertissement, suivi d’une sanction sous la forme d’une réduction de la prime si la situation n’évolue pas. Ces lettres d’avertissement ont considérablement accru la participation aux premières étapes du processus d’intégration. Mais ces notifications ont également augmenté les sorties RSA.

L’étude n’identifie pas si les sorties sont destinées à l’emploi ou si elles correspondent à un arrêt de la perception d’aides par les individus encore éligibles. Cependant, il semble probable que ces contrôles décourageront les destinataires et augmenteront leur non-acceptation. Une plus grande intensité de contrôle augmente les coûts supportés par les bénéficiaires pour accéder à la prestation, ce qui peut les conduire à renoncer à la prestation et à son processus d’intégration, c’est-à-dire à l’opposé du but poursuivi.

L’épidémie de Covid-19 a rappelé avec force la résilience du modèle français de protection sociale, capable de faire face à une crise économique et sociale de grande ampleur. La crise sanitaire a montré que les risques de perdre son emploi et de tomber dans la pauvreté touchent l’ensemble de la population et qu’il est nécessaire de mettre en place un dispositif collectif d’assurance et d’assistance. Dans le débat actuel, il faut non seulement réformer l’aspect monétaire, mais aussi la manière dont les aides sont déployées et les moyens qui leur sont alloués afin de mieux réduire les vulnérabilités sociales.

Cet article est republié de The Conversation sous une licence Creative Commons. Lire l’article d’origine.

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