“N’humiliez pas la Russie”: Macron reçoit une volée de bois vert des alliés ukrainiens

Publié le 6 juin 2022 à 18h26

Réitérant son appel à “ne pas humilier la Russie”, Emmanuel Macron a déclenché une nouvelle vague de critiques et d’incompréhension au moment où la France entend jouer un rôle de médiateur dans le conflit ukrainien.

“Les appels à éviter d’humilier la Russie ne peuvent qu’humilier la France. Nous ferions tous mieux de nous concentrer à remettre la Russie à sa place”, a immédiatement déclaré le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba.

Assez froid entre Paris et Kyiv alors qu’Emmanuel Macron, qui assure la présidence tournante de l’UE jusqu’au 1er juillet, subit la pression de l’Ukraine, qui attend sa visite depuis le début de l’offensive russe le 24 février. . Les réactions sont également vives dans les pays d’Europe de l’Est qui se sentent les plus menacés par leur puissant voisin russe.

“Le président français cherche toujours des moyens d’éviter d’humilier le criminel de guerre Poutine. Que dirait-il à cette fille d’Ukraine ?”, sur sa page Facebook, au-dessus d’une photo montrant un enfant amputé d’une jambe dans son lit d’hôpital.

Le chef de la diplomatie lettone, Edgars Rinkevics, a pour sa part ironisé sur le dialogue qu’Emmanuel Macron poursuit avec le maître du Kremlin, citant sur Twitter une chanson d’amour russe de l’ère soviétique (« Peut-être que j’ai oublié ma fierté. la voix “).

“Sortie”

“Poutine ne négociera que lorsque son armée ne pourra plus avancer, humiliée ou non. Macron devrait se concentrer là-dessus », a déclaré l’ancien ambassadeur de Barack Obama en Russie, Michael McFaul, aujourd’hui professeur à l’université de Stanford.

Emmanuel Macron est de son côté sur le long terme, quand “la paix reviendra” et “de nouveaux équilibres sécuritaires” devront être construits en Europe. Ensuite, il ne faut “jamais céder à la tentation ni à l’humiliation ni à l’esprit de vengeance”, a-t-il déclaré le 9 mai à Strasbourg. Le chef de l’Etat fait alors allusion à la “dictature” imposée en 1919 par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale en Allemagne, avec de grandes pertes territoriales et des réparations, qui débouchera sur une nouvelle guerre mondiale en 1939-45.

“Nous ne devons pas humilier la Russie pour que le jour où les combats cessent, nous puissions construire une sortie diplomatique”, a-t-il déclaré samedi dans une interview accordée à plusieurs journaux régionaux. Derrière ce débat se cachent aussi les conditions de cessez-le-feu et les éventuelles concessions en Russie. Pour Inna Shevchenko, l’une des figures emblématiques du mouvement FEMEN, la phrase d’Emmanuel Macron “invite Poutine à continuer la guerre”.

Un soutien inconditionnel en Ukraine ?

Faut-il soutenir inconditionnellement l’Ukraine jusqu’à sa victoire totale, comme le suggèrent les Américains et les Européens de l’Est ? La Russie est-elle préoccupée par le risque de représailles russes contre l’Occident, même avec des armes nucléaires ?

Si, en revanche, le conflit se fige dans le Donbass, “à un moment donné, épuisées par l’effort de guerre, les deux parties pourraient s’entendre sur un cessez-le-feu, sans vraiment mettre fin au conflit”, estime Marie Dumoulin, experte au Conseil. Européen. sur les relations internationales (ECFR) dans une note d’analyse. Mais beaucoup craignent le précédent de 2014, lorsque l’Occident a permis à la Russie d’annexer la Crimée sans tirer, et les accords de Minsk de 2015 qui n’ont jamais réussi à mettre fin au conflit avec les pro-russes dans l’est de l’Ukraine.

Quelle paix ?

A l’époque, Paris et Berlin fonctionnaient. Sept ans plus tard, Emmanuel Macron revendique toujours un “rôle de pouvoir médiateur” pour la France, dénonçant également une “erreur historique et fondamentale” de Vladimir Poutine. Mais pour quelle paix ? Cela se fera dans les “conditions” définies par l’Ukraine, insiste le chef de l’Etat, sans forcément rassurer ceux à l’Est qui le soupçonnent de vouloir faire des concessions à Moscou.

Pour le diplomate américain Daniel Fried, aujourd’hui conseiller au Conseil de l’Atlantique, Emmanuel Macron est dans “la diplomatie de bonne foi”. “Mais le Kremlin est dans une logique de violence”, loin des “gestes de bonne volonté”. “Nous continuons à travailler ensemble pour qu’une génération d’hommes et de femmes n’ait pas à grandir sous le fléau d’une guerre des grandes puissances”, a averti lundi le secrétaire d’Etat américain Mark Milley lors d’une cérémonie en Normandie pour le 78e anniversaire. du débarquement allié.

(AFP)

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