Croissance, inflation : l’OFCE assombrit ses prévisions pour l’économie française

La guerre en Ukraine et les effets de la pandémie continuent de donner le tournis aux économistes. Après avoir annoncé il y a 15 jours une prévision, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a de nouveau abaissé ses chiffres de croissance pour 2022 de 2,7% à 2,4%. « Le scénario n’a pas changé. Les chocs restent les mêmes. En revanche, ce qui a changé, c’est l’excès de croissance fin 2021. C’est moins positif qu’annoncé précédemment. […] Le revirement a été plus brutal que prévu”, a déclaré l’économiste Mathieu Plane lors d’une conférence de presse jeudi 9 juin.

Pour rappel, la surcroissance est le taux de croissance que la France atteindrait si l’activité restait figée aux troisième et quatrième trimestres au niveau attendu pour le deuxième. La semaine dernière, l’Insee a abaissé la croissance du PIB au premier trimestre, de -0,2% au lieu du précédent 0%, ainsi que ses résultats pour 2021 à 6,8% depuis le précédent 7%. Bien que la reprise économique en 2021 soit spectaculaire, elle fait suite à la chute abyssale de 2020. Surtout, la trajectoire du produit intérieur brut reste bien en deçà de sa tendance d’avant le covid.

Inflation à 4,9 %, un record depuis 37 ans

La reprise économique de 2021 et la guerre en Ukraine ont fait de l’indice des prix à la consommation un niveau jamais vu depuis 37 ans. Selon les calculs du centre de recherche rattaché à Sciences Po Paris, l’inflation pourrait monter à 4,9 % en 2022. La principale contribution à cette hausse générale est sans doute l’énergie (+ 22 %). “Hors énergie, ce serait 3,2%”, précise Mathieu Plane.

Face à cette hausse, l’exécutif a multiplié les mesures depuis l’automne dernier pour limiter les répercussions de cette inflation sur les revenus des ménages et des entreprises. Sans mesures budgétaires, les économistes estiment que la hausse générale des prix aurait été supérieure de deux points (7%).

La baisse inquiétante des revenus familiaux

La croissance au premier trimestre 2022 a ralenti en grande partie en raison, en partie, de la baisse de la consommation, moteur traditionnel de l’économie française. Il s’agit de la quatrième plus forte baisse de consommation depuis 1950, sans compter 2020 et les confinements. “L’effet de cette inflation a un impact direct sur le pouvoir d’achat des ménages malgré les mesures annoncées. Le choc sur le pouvoir d’achat affectera la consommation dans les mois à venir”, prévient Mathieu Plane.

En effet, le pouvoir d’achat des salariés a fortement baissé au cours du premier trimestre en raison d’une inflation supérieure à la hausse des salaires. La hausse des prix de l’énergie réduirait le budget des ménages d’environ 90 euros en mars et avril. Selon des données récentes du service des statistiques du ministère du Travail (Dares), le salaire réel, c’est-à-dire corrigé de l’inflation, est en chute libre pour de nombreuses catégories professionnelles. A ce stade, la spirale de la “boucle prix-salaires” est encore loin. Au final, l’OFCE prévoit une baisse de 0,8% du pouvoir d’achat d’ici fin 2022.

Une économie colossale de 169 milliards d’euros

L’autre résultat marquant de l’OFCE est la montagne d’épargne accumulée par les ménages, qui s’élève à 169 milliards d’euros depuis le début de 2020. Le taux d’épargne des ménages est encore loin d’avoir retrouvé son niveau d’avant crise (15%). En effet, les économistes estiment que ce taux serait encore de 16,7 % en 2022 après 18,7 % en 2021 et 22 % en 2020. « Face à un choc très fort, l’épargne fait traditionnellement office d’amortisseur. » Les dangers géopolitiques peuvent conduire à prudence chez les ménages », a déclaré Mathieu Plane.

La guerre en Ukraine a plongé le moral des Français depuis février. “Les ménages sont très préoccupés par l’évolution du niveau de vie en France”, poursuit l’économiste. Il est également important de rappeler qu’une grande partie de cette épargne va aux familles les plus aisées. Au bas de la distribution, les ménages ont déjà puisé dans leur épargne. Cela a pesé sur la consommation. Les Français les plus susceptibles de consommer ont tendance à se situer en bas de l’échelle des catégories sociales.

7,3% de stabilisation du chômage

Après la baisse de 2021, le chômage devrait se stabiliser autour de 7,3 % de la population active. Malgré le ralentissement des créations d’emplois, les économistes n’anticipent aucune détérioration. “Nous anticipons un arrêt brutal de la baisse du taux de chômage face à l’évolution de la croissance. Il y aurait un fort ralentissement des créations d’emplois. Nous n’anticipons pas non plus une hausse du taux de chômage”, a déclaré Mathieu Plane. de journalistes.

Parmi les facteurs pouvant expliquer cette stabilité du chômage malgré la lenteur de la croissance figure la faible progression de la population active. A cela s’ajoutent des révisions méthodologiques. “L’ensemble du niveau de l’emploi a été revu à la hausse. Cette révision s’explique par la prise en compte de l’apprentissage dans les chiffres. Ce qui n’était pas le cas auparavant”, a déclaré l’économiste Eric Heyer lors de la conférence de presse. Enfin, l’OFCE considère que certaines entreprises retiennent les travailleurs. “Aujourd’hui, le carnet de commandes est plein mais il y a des difficultés d’approvisionnement. Les entreprises conservent certains emplois dans l’espoir d’un retour à la normale”, ajoute l’économiste.

Le déficit en baisse

Dans le domaine des finances publiques, le solde des recettes et des dépenses des administrations publiques devrait continuer à baisser en 2022 à -5,6% du PIB après -6,5% en 2021 et de -8,9% en 2020. L’OFCE prévoit que des les mesures budgétaires pour faire face à tous ces chocs seraient moins coûteuses en 2022 (3,2% du PIB) qu’en 2021 (3,9%). De son côté, la dette devrait également tomber à 112% du PIB contre 114% en 2020. Evidemment, toutes ces prévisions sont encore sujettes à de nombreux aléas, notamment à l’international.

L’extension de la guerre dans les mois à venir et la hausse des prix de l’énergie pourraient contraindre le gouvernement à devoir procéder à des rallonges budgétaires pour limiter les dégâts. La préparation du premier budget du nouveau quinquennat Macron présenté à la rentrée de septembre prochain pourrait devenir un casse-tête. En effet, la confirmation du resserrement des taux annoncé par la Banque centrale européenne en juillet devrait réduire la marge de manœuvre du gouvernement habitué à la politique monétaire accommodante de l’institution de Francfort.

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