Majorité absolue, relative ou de coexistence : trois scénarios possibles après les législatives

Dossier des législatives 2022 Alors que la coalition de gauche poursuit sur sa lancée et que la macronie s’inquiète, l’incertitude plane sur le visage que prendra la future Assemblée nationale à l’issue des deux tours des législatives, les 12 et 19 juin. “Libé” fait le point sur les trois hypothèses possibles.

La veille d’un “moment crucial”, les partisans du chef de l’Etat répètent inlassablement qu’il faut accorder la majorité au parti présidentiel. Sous peine, dit Olivier Véran, le nouveau ministre chargé des relations avec le parlement, pour interpellation “le fonctionnement de la vie démocratique”. Depuis quelques jours, la macronie peaufine ses angles d’attaque contre la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes). Ces éléments de langage arborent un bleu, ou un rouge, de peur de ne pas obtenir la majorité absolue à l’issue des élections législatives. Une majorité relative serait un rejet pour Emmanuel Macron. Pire, la cohabitation avec la coalition de gauche réunie autour de Jean-Luc Mélenchon empêcherait le président de mettre en œuvre son programme. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Publié cela vous aide à voir les choses plus clairement.

Une majorité absolue, pour rassurer la macronie

C’est le scénario rêvé d’Emmanuel Macron. Si les Français élisent au moins 289 députés qualifiés de “majorité présidentielle”, alors le chef de l’Etat pourra gouverner comme il l’entend pendant les cinq prochaines années et mettre en œuvre sa politique. C’était le sens de son appel à la mobilisation au Puycelsi (Tarn) jeudi, où il a rappelé que l’élection des députés était “décisif”. Demander aux électeurs “choisissez la voie de la cohérence et de la confiance” dans son action, Macron a martelé “besoin” pour qu’il réussisse “une majorité forte et nette à l’Assemblée nationale”. Sous la Ve République, le président dispose d’énormes pouvoirs. Rappelons-nous l’« hyper-présidence » que voulait Nicolas Sarkozy en 2007 et la position « jupitérienne » adoptée par Emmanuel Macron lors de son premier mandat.

Une majorité relative, pour affaiblir la macronie

Si La République en marche (LREM), avec ses alliés Modem, Agir et Horizons, arrive en tête, mais sans atteindre la liste des 289 sièges, Emmanuel Macron ne disposera que d’une majorité relative à l’Assemblée nationale. Dans ce cas, les députés macronistes seraient les plus nombreux dans l’hémicycle, mais contraints de s’allier pour faire adopter leurs textes. Ensuite, des accords au cas par cas pourraient être signés avec des députés siégeant ailleurs à l’Assemblée, voire un accord législatif global.

Une situation qui pourrait bien arriver. Un sondage publié jeudi par Ipsos-Sopra Steria donne à la coalition présidentielle entre 260 et 300 sièges, contre 215 pour le syndicat de gauche. Loin des 289 sièges nécessaires pour gouverner en paix.

Si cela se produisait cette année, l’affaire ne serait pas sans précédent. En 1988, après la réélection de François Mitterrand, les socialistes doivent gouverner sans majorité absolue à l’Assemblée nationale, avec seulement 275 sièges sur 577, jusqu’en 1993. Une situation délicate. Les trois Premiers ministres successifs de l’époque, Michel Rocard, Edith Cresson et Pierre Bérégovoy, ont été contraints tantôt de négocier avec les communistes, au nombre de 26, tantôt avec le groupe centriste de 40 membres. Un bar à gauche, un bar à droite. Tout est question d’équilibre politique pour, en somme, éviter un recours abusif à l’article 49.3 de la Constitution. Celui qui permet à un Premier ministre d’adopter un texte sans le vote de l’Assemblée, mais compromettant la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale. Entre 1988 et 1991, Rocard l’a utilisé 28 fois. Un enregistrement. Bien que minoritaire, le gouvernement Rocard n’a jamais trouvé une majorité d’opposants prêts à le renverser.

Une coexistence, pour interdire la macronie

C’est sans doute le pire cauchemar des macronistes. Le scénario auquel ils ne veulent pas penser. Et si Jean-Luc Mélenchon réussissait son pari, lancé entre les deux tours présidentiels, de se rendre à Matignon ? Soyons honnêtes : ce n’est pas l’hypothèse la plus probable au vu des derniers sondages. Cela obligerait les Français à élire au moins 289 députés nuptiaux à l’Assemblée. Ainsi, Emmanuel Macron serait empêché de mener normalement sa politique. Au lieu de cela, ce serait le premier ministre, du groupe majoritaire, qui “déterminerait et mènerait la politique de la nation”conformément à l’article 20 de la Constitution.

Le chef de l’Etat conserverait encore certains pouvoirs, notamment au niveau international. Sans oublier la possibilité de dissoudre l’Assemblée nationale et de convoquer de nouvelles élections législatives dans l’espoir de retrouver une majorité. C’est le pari fait par Jacques Chirac en 1997. Avec l’échec que l’on sait, la gauche avait remporté la plupart des sièges.

Une précision : les enquêtes, par définition, doivent toujours être faites avec un grain de sel. Mais c’est encore plus vrai pour une élection législative : les particularités locales rendent toute prédiction nationale dangereuse. Il suffit de regarder l’exemple de 1997, où les sondeurs donnaient entre 39 et 135 sièges d’avance à droite. C’est finalement la gauche qui sort victorieuse des urnes avec un avantage de 66 sièges. Publié écrit la veille du premier tour : “Tous les instituts ont droit à des sièges victorieux.” Le pire n’est jamais sûr.

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