Plutôt douce jusqu’ici, la température a atteint près de 30 degrés ce samedi après-midi à Barcelone. Epuisé, surchauffé mais visiblement assoiffé, le public du festival Primavera attaque le dernier jour de cette édition 2022 allongée de dix jours. Interdiction de jouer calmement avant de rentrer chez soi : Jorja Smith, Yeah Yeah Yeahs, Phoenix, Meghan Thee Stallion, Viagra Boys et Tame Impala sont programmés jusqu’aux petites heures du matin. Mais force est de rater l’arrivée des rockeurs psychédéliques australiens, car de l’autre côté de la salle, Angèle s’apprête à faire son entrée sur scène.
La chanteuse était déjà venue faire un petit tour des lieux jeudi soir, pour donner de la voix à “Fever”, lors du concert intégral de Dua Lipa. Une grande minute sur la scène principale, pour une visibilité maximale et une introduction correcte au public espagnol. Angèle s’est aussi produite à Londres ou à New York par le passé, en guest ou en première partie, mais ce soir c’est une autre histoire. Pour la première fois de sa jeune carrière, le voilà seul, sur une grande scène, hors de la francophonie.
A 23h20, on redoute la concurrence des têtes d’affiche ou des stars de la musique électronique, mais le grand espace face à la scène « Binance » est à l’honneur. La Belge fait son entrée dans « More Sense », enchaîne parfaitement avec « Look at me », « Yes or no » et « Forget all ». C’est là que vous vous rendez compte qu’il se passe quelque chose. On ne sait pas pour le moment ce qu’il fera après avoir quitté le poste.
“Solo”, “Pensées positives” et “Ta Reine” reviennent dans l’ambiance, avant “Les Matins” et un “Je veux tes yeux” ultra-efficace. Un rapide tour des lieux montre alors qu’en trente minutes la fréquentation a encore augmenté, signe clair que le spectacle prend le dessus et que les curieux restent.
Au milieu d’un couloir, à quelques dizaines de mètres de la scène, l’intrigant ne comprend sûrement pas un mot de ce qu’il dit, mais est en place pour l’ambiance et le spectacle. Plus loin sur la route, c’est une autre histoire. On nous dit que plusieurs milliers de Belges ont pris place pour le festival, les Français doivent être encore plus nombreux. Dans les grandes villes, les communautés d’expatriés sont toujours des valeurs sûres, mais on entend aussi l’anglais et l’espagnol.
Le concert au Forest National il y a quelques semaines nous a laissé des sentiments mitigés. En vitesse, Angèle est aux commandes d’une production aux petits oignons et propose des chorégraphies de très haut niveau, mais elles semblaient moins touchantes, moins personnelles. A Barcelone, la durée est obligatoire, le spectacle est réduit à un peu plus d’une heure sans temps mort, et l’ampleur de la production lui permet de résister aux nombreux concurrents internationaux.
Le final de « I Want Your Eyes », au cours duquel les danseuses exécutent le show pendant qu’Angèle va enfiler une autre robe, est assez éloquent à ce niveau. Il est beau et fort. “Libre” et “Flou” apparaissent avant l’arrivée de l’artillerie lourde : “Fever”, “Balance ton quoi”, “Démons” et “Bruxelles je t’aime”. Angèle est arrivée ce samedi soir. Comme Aksak Maboul, Alia et bien sûr les 2 Many DJ’s. La clique belge était de taille modeste, mais durement convaincante, avec des styles assez différents.