Les élections législatives ont toujours un charme particulier. A la fois scrutin national mais avec un ancrage local important, ils offrent toujours leur lot de surprises. La subtilité de ce scrutin se traduit aussi par la possibilité de voir des triangles au second tour.
Cette année, huit circonscriptions auront trois candidats qualifiés pour le second tour. Un bond en avant, puisqu’une seule circonscription avait connu ce scénario en 2017. Dès lors, les candidats devaient être dans les deux premiers, ou obtenir un score au moins équivalent à 12,5 % du nombre d’électeurs inscrits dans sa circonscription, un performance compliquée par l’abstention record (52,49%).
En 2017, avec 51,3 % d’abstention, la seule joute triangulaire opposait un candidat de La République en marche-Moviment Democràtic, un candidat de LR et un candidat du Front national, dans la 1ère circonscription d’Aube. En 2012, avec 42,78 % d’abstentions, il y a eu 34 votes triangulaires lors des élections législatives, pour 543 duels.
En 2022, plusieurs scénarios différents se dessinent dans des circonscriptions extrêmement différentes, tant sur le plan démographique que sociologique.
Deux Nupes triangulaires / Set / LR dans les Hauts-de-Seine
La candidate de la majorité présidentielle Aurélie Taquillain, conseillère régionale d’Ile de France et élue de Courbevoie, est arrivée en tête dans la 3e circonscription des Hauts-de-Seine (32,40%). Philippe Juvin, ancien candidat à la primaire républicaine et médecin star de la crise du Covid, arrive en deuxième position (31,14%). Sara Tij (Nupes) est distancé avec ses 23,10%, mais parvient à se qualifier.
A Asnières et Colombes Sud, la circonscription voisine (2e circonscription des Hauts-de-Seine), cela se joue avec un mouchoir. L’écologiste locale de Nupes Francesca Pasquini (27,41%) est arrivée en tête, devant Baï-Audrey Achidi (Ensemble, 26,79%), une référence des Hauts-de-Seine de LREM et Marie-Do Aeschlimann, vice-présidente de la région. commune d’Illa-de-France (LR, 24,99 %).
Les trois femmes se qualifient pour le second tour dans un scénario très incertain où les enjeux locaux risquent de peser lourd dans la balance. La candidate LR est l’épouse du maire d’Asnières, Manuel Aeschlimann.
“C’est un scénario que nous nous étions fixé, mais nous sommes quand même surpris d’être en tête”, a déclaré Francesca Pasquini de Paris. Prenons l’électorat qui n’est pas venu au premier tour. Dans les quartiers populaires, il y a des votes à récolter. » “Nous sommes en train d’interpréter les résultats, école par école pour voir où nous devons convaincre en priorité. Maintenant, il faut y aller, on est plus qu’en retrait”, s’enthousiasme l’écologiste.
Les scénarios LREM/Nupes/RN
Le Lot-et-Garonne a aussi le privilège de voir deux « cirques » déboucher sur un affrontement tripartite. Dans la 1re, le candidat d’Ensemble, Michel Lauzzana, a pris la première place avec 29,64 % des voix, juste devant Sébastien Delbosq (RN) avec 27,87 % et Maryse Combres (Nupes, 26, 21 %).
Dans la 2e circonscription, c’est le candidat du Rassemblement national qui a dominé ce premier tour. Hélène Laporte a obtenu 30,55 %. Alexandre Freschi (Ensemble !) s’est classé 3ème avec 25,62% des suffrages et se place derrière Christophe Courregelongue, candidat du Nupes, qui a fait une pause avec 26,03%. Une circonscription qui peut gagner le match de Marine Le Pen.
Même situation dans la 2e circonscription de La Nièvre, où Julien Guibert (RN, 27,80 %) devance le candidat de la majorité présidentielle Patrice Perrot (Junts, 26,75 %) et la candidate Nupes Marie-Anne Guillemain (24,31 %).
Le vote est aussi extrêmement proche de la 3e circonscription de Dordogne. Le député sortant Jean-Pierre Cubertafon (MoDem) (23,31 %) devra se battre pour conserver son poste. Cyril Girardeau, le candidat de Nupes, devançait d’une courte avance avec 23,68%. Florence Joubert, la candidate du parti d’extrême droite, est à la troisième place avec 22,46%, mais son score au second tour devrait faire basculer le vote.
Le même ordre de bataille se retrouve dans la 2e circonscription du Tarn, où Karen Erodi (Nupes) arrive en tête avec 29,91 %. La candidate LREM Marine-Christine Verdier Jouclas est à la 2e place (28,34%). Dans la distance, le représentant du Rassemblement national Julien Bacou (23,68%) se classe pour la deuxième in extremis.
Duel à gauche, Ensemble comme arbitre
Enfin, dans l’arrondissement 2 du Lot, un cadre inédit dans ce territoire rural. Deux candidats de gauche se qualifient pour le second tour. Thierry Grossemy arrive premier pour Nupes avec 23,73%, suivi par Huguette Tiegna, candidate de la majorité présidentielle (23,70%) et Christophe Proença (23,16%), un socialiste dissident.
Ce dernier, qui a joint Le Parisien par téléphone, explique à quel point le vote est incertain. “Il n’y a qu’un écart d’un peu plus de 200 voix entre les trois candidats. S’il avait été éloigné des deux premiers candidats, il aurait pensé différemment », analyse le socialiste, qui soutient Carole Delga en Occitanie, qui reste. “Il y avait beaucoup de candidats de gauche au premier tour, peut-être qu’il y a de la place pour gagner”, a-t-il dit.