Publié : 14/06/2022 – 09:09Modifié le : 14/06/2022 – 10:37
Plusieurs migrants de nationalité irakienne, albanaise, iranienne et syrienne devaient être expulsés mardi soir par le Royaume-Uni vers le Rwanda. Une mesure initiée par le gouvernement de Boris Johnson et contestée par l’ONU et des associations de défense des droits de l’homme. Mais après des contestations judiciaires de dernière minute, les expulsions restent incertaines.
Malgré la volonté du gouvernement britannique d’expulser les migrants vers le Rwanda pour dissuader les arrivées illégales au Royaume-Uni, les premiers départs prévus dans la soirée du mardi 14 juin sont restés incertains suite à des recours judiciaires de dernière minute.
Avec l’envoi de demandeurs d’asile arrivés illégalement au Royaume-Uni vers ce pays d’Afrique de l’Est, à plus de 6 000 km de Londres, le gouvernement entend freiner le passage illégal de la Manche, qui continue d’augmenter malgré ses promesses répétées de contrôler l’immigration depuis le Brexit.
Ce projet, critiqué par l’ONU mais très prisé par l’électorat conservateur, a été validé par la justice britannique. Suite au rejet urgent des appels, la Cour suprême a refusé mardi d’examiner de nouvelles requêtes.
Rebond
Après plusieurs recours individuels, le nombre de migrants supposés partir dans un avion loué des centaines de milliers d’euros était tombé à sept, selon l’association Care4Calais, alors que les autorités entendaient envoyer jusqu’à 130 (Iraniens, Irakiens, Albanais ou Syriens).
Et dans un virage de dernière minute, la Cour européenne des droits de l’homme a stoppé dans la soirée l’expulsion de l’un d’entre eux, un demandeur d’asile irakien, en adoptant une mesure d’urgence temporaire qui a redonné espoir à l’association d’aide aux réfugiés Care4Calais. “Cela signifie qu’il est désormais possible pour les six autres de faire des demandes similaires. Nous sommes très soulagés”, a réagi l’association sur Twitter.
La CEDH, basée à Strasbourg, a décidé que l’expulsion de l’Irakien devait être reportée jusqu’à ce qu’un tribunal britannique ait examiné la légalité du projet de loi, ce qui est attendu en juillet. Il s’agit notamment de s’assurer que les migrants ont accès à des procédures équitables au Rwanda et que le Rwanda est considéré comme un pays sûr.
Détermination
Bien qu’il dise attendre les recours, le gouvernement britannique a signalé ces derniers jours sa détermination à procéder à des expulsions vers le Rwanda. “Il y aura des gens sur ces vols et s’ils ne sont pas sur ce vol, ils seront sur le prochain”, a déclaré aujourd’hui la ministre des Affaires étrangères Liz Truss à Sky News. “Nous ne nous laisserons pas dissuader ou embarrasser par une critique de quelque manière que ce soit”, a déclaré le Premier ministre Boris Johnson.
Dans le cadre de son accord avec Kigali, Londres financera initialement le système à hauteur de 120 millions de livres (140 millions d’euros). Le gouvernement rwandais a précisé qu’il offrira aux migrants la possibilité de “s’installer définitivement”.
Lors d’une conférence de presse à Kigali, la porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, a décrit l’accord comme “une solution à un système d’asile mondial défaillant”. “Nous ne pensons pas qu’il soit immoral de donner un toit aux gens”, a-t-il dit, ajoutant que le Rwanda serait “heureux” de recevoir “des milliers de migrants”.
Les franchissements illégaux du canal sont la cible du gouvernement conservateur et provoquent régulièrement des tensions avec la France. Depuis le début de l’année, plus de 10 000 migrants ont illégalement traversé la Manche pour rejoindre les côtes britanniques dans de petites embarcations, plus que les années précédentes, qui étaient déjà des records historiques. Ces derniers jours et les mardis matins, quelques centaines sont arrivés.
“Honte”
“Cette politique immorale est une honte pour le Royaume-Uni”, ont déclaré mardi les chefs spirituels de l’Église anglicane, dont l’archevêque de Cantorbéry Justin Welby, York Stephen Stephen Cottrell et 23 évêques, dans une lettre au Times. “Les personnes immorales dans ce cas sont des trafiquants”, a déclaré la ministre Liz Truss.
Alimentant la controverse, le prince Charles a essayé en privé le plan “d’horreur” du gouvernement, a rapporté samedi le Times, alors qu’il devait assister à une réunion du Commonwealth le 20 juin au Rwanda.
Les migrants expulsés seront logés au Hope Hostel à Kigali, qui n’est “pas une prison” mais un hôtel dont les résidents seront “libres” de partir, selon leur gérant, Ismael Bakina. L’établissement a une capacité de 100 personnes, qui seront facturées 65$ par jour.
Avec l’AFP