Gironde : “Pépin le Bref”, une épave exceptionnelle découverte en bord de Garonne

Ce “obstacle exceptionnel”, présenté à une armée de journalistes ce mardi 14 juin sur le site, une manière de mettre l’accent sur…

Ce “crime exceptionnel”, présenté à une armée de journalistes mardi 14 juin sur le site, une manière de jeter un regard sur les Conférences européennes d’archéologie, serait le “chaînon manquant” d’une histoire de la navigation très fragmentée. Et le héros d’une longue histoire, qui ne s’est pas bien passée.

Révélé par une pelleteuse

Tout a commencé en 2013, lorsque des archéologues de l’INRA ont été mandatés par le Dragon (2) pour diagnostiquer ce long terrain marécageux des bords de Garonne, avant qu’un projet d’urbanisation ne soit mené par le promoteur Nhood. Dans ce site vierge où subsistent des vestiges d’habitat gallo-romain et médiéval, la pelleteuse découvre un morceau de bois qui, à l’analyse, est nautique et très ancien. « Un naufrage à la charnière entre les mondes médiéval et antique. Il est vite apparu comme un vestige important. Six ans plus tard, en août 2019 (cela prend du temps et de l’argent), des fouilles préventives sont lancées.

Le chef des fouilles, Laurent Grimbert, montre une maquette du bateau, baptisée « Pépin le courte » par les archéologues.

Laurent Theillet / « SUD-OUEST »

Ils révèlent une épave de 6 mètres de large et 12 mètres de long (on estimait qu’elle devait en mesurer 15) en excellent état. Il a dormi pendant des siècles sur un bras du Lugey Estey, un cours d’eau latéral de la Garonne, recouvert de limons et de sédiments, qui l’a protégé pendant des siècles de la lumière, de la chaleur et de l’oxygène, ennemis du bois. “C’est un navire marchand robuste, fait pour le fret”, explique Marc Guyon, spécialiste de l’archéologie nautique. Un modèle très rare : elle n’aurait qu’un seul petit frère en France (en Charente). Mais bon sang ! Fin 2019, après des séquences météorologiques catastrophiques, dont la tempête Amélie, les archéologues ont été contraints de quitter le site inondé pour préserver la relique. A peine exhumé, “Pépin” s’embourbe et s’enfouit à nouveau dans la vase. Il y dormit encore trente mois.

Ils ont redécouvert “Pepin” et écouté ce qu’il avait à dire. “Parce qu’un navire raconte une histoire”

Les archéologues sont revenus en mai dernier avec du matériel et des dispositifs plus conséquents, notamment pour éviter les effondrements. Ils ont redécouvert le navire et ont entendu ce qu’il avait à dire. “Parce qu’un navire raconte une histoire”, disent les chercheurs, dont les yeux brillent en nommant les pièces exposées par “Pépin”, comme un gros poisson dont on aurait enlevé la chair : côtes, covinguts, terre, élongations… Et aussi des chevilles et quelques clous, avec une technique de construction « à la croisée du monde méditerranéen et nordique ».

L’épave sera visible lors de la Conférence Européenne d’Archéologie.

Laurent Theillet / « SUD-OUEST »

La datation des forêts (pin, frêne, châtaignier) placerait la construction du bateau entre les années 640 et 720 après JC.

Laurent Theillet / « SUD-OUEST »

Quel âge a-t-elle ? La datation des forêts (pin, frêne, châtaignier) situerait sa construction entre les années 640 et 720 après JC, sa période d’activité est inconnue mais on suppose, en complément de la datation de la poterie, qu’il n’en est rien. aller beaucoup plus loin dans le millénaire. Connaissiez-vous Carles Martel, qui saccagea Bordeaux en 735, ou son fils Pépin (le vrai), qui fit de même en 768 ? Mystères.

Vers l’océan ?

Qu’est-ce qu’il portait? « Des céréales, peut-être des vignes, en vrac. Des rivières impassibles ont-elles coulé ? « C’est un fleuve-mer, monté sur une quille. Il a pu aller en Dordogne et aussi en mer pour faire du cabotage », raconte Marc Guyon. Que faisait-il là ? « Les cours d’eau latéraux de la Garonne étaient navigables, servaient de garages. Peut-être qu’il y avait un domaine là-bas. « Pourquoi a-t-il coulé ? Mystères.

Nous avons trouvé quelques objets à bord, comme cette cuillère en bois. Mais très peu : « il s’est vidé avant de couler ». Bref, son histoire est sur le point d’être écrite.

L’épave est exceptionnelle et suscite la curiosité des médias.

Laurent Theillet / « SUD-OUEST »

Que va-t-il lui arriver? Il sera démonté, nettoyé, photographié, traité pour la conservation, envoyé aux laboratoires, modélisé (en 3D). Et puis il sera de nouveau immergé sur le site, dans des bassins disposés un peu plus haut que son lit d’origine. Sera-t-il un jour reconstruit, sera-t-il exposé au public dans un musée ? Trop tôt pour le dire, cela dépendra du Dragon. Juste une certitude : « Cela coûterait très cher. »

Le projet se termine le 16 septembre. « Pépin » dormira dans son bassin lorsque débutera la première phase des travaux de l’aménageur : un peu plus loin, fin 2022 : « des locaux commerciaux et de loisirs », selon Nhood. Le chantier de fouilles sera visible pour les Rencontres européennes d’archéologie, du 17 au 19 juin (gratuit, sur réservation sur journees-archeologie.fr).

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