La FFF et Le Graët face à la révolution Mbappé

La relation compliquée entre Kylian Mbappé et la FFF ne semble pas s’apaiser. Après la question des associations, voici l’attaquant international et président Noël Le Graët tiraillé autour de celui du racisme. Cette tension semble surtout apporter par petites touches un nouveau rapport de force et une nouvelle configuration dans les rapports hiérarchiques entre les bleus et la Fédération de tutelle. Avec au centre de la lutte pour le pouvoir symbolique, la figure originale et unique de l’attaquant du PSG.

Au départ, cette fois, un entretien avec Noël Le Graët à JDD dans lequel il tentait d’expliquer que si Kylian Mbappé “Je ne voulais plus jouer en équipe de France” , c’est parce qu’il a constaté que la Fédération ne l’avait pas défendu après son échec criminel et ses critiques sur les réseaux sociaux. Interpellé, le joueur s’est senti obligé de rétablir sa vérité, avec un média personnel immédiatement disponible, Twitter et ses 8,2 millions de followers. Reprenant le fragment en question, il s’en prend vivement à la propagande officielle : “Oui, je lui ai finalement expliqué que c’était par rapport au racisme et NON à la punition. Mais il considérait qu’il n’y avait pas eu de racisme…” Malgré une journée électorale, ce tweet a largement trouvé son public et son public, et le patron du football français n’a pas tardé à calmer le jeu en caressant Mbappé dans le sens de ses cheveux avec RMC Sport : “Je suis d’accord avec lui. J’ai tout compris et avec Kylian il n’y a pas de problème. J’ai toujours eu une profonde affection pour sa personnalité.” Je ne suis pas sûr que ce soit suffisant pour éteindre le feu.

Et ça continue encore et encore

Cette énième escarmouche ne doit pas se réduire aux personnalités incompatibles ou au fossé générationnel. Il est vrai que le fils de Bondy et son entourage avaient peu de goût pour la communication de la FFF et les déclarations de Noël Le Graët, après son refus d’assister à une séance photo avec les partenaires des bleus lors du rassemblement de mars à Clairefontaine. En cause, la volonté de laisser entendre que le joueur était motivé par l’attractivité de la prestation, au détriment de ses coéquipiers, quand, au contraire, se posaient des problèmes éthiques et la question de la redistribution de cette publicité inattendue au football amateur. Depuis lors, les avocats se sont prononcés pour rediscuter des contrats.

De fait, la situation est assez inédite pour la Fédération, et le marqueur récité par Kylian Mbappé marque un tournant pour les Bleus. L’équipe de France, principal « atout » de l’entreprise fédérale, a toujours été vue comme de l’eau bouillante par les autorités. Les fautes retombaient toujours sur les entraîneurs et éventuellement sur le staff. De plus, les capes montraient toujours le même profil de mouton noir, égoïste et mégalomane, qui rejetait la discipline et le respect de l’autorité qui accompagnent le port de la chemise bleue. Des personnalités faciles à disqualifier de l’opinion publique, comme Nicolas Anelka. La catastrophe en Afrique du Sud l’illustre parfaitement. L’envie des joueurs de se dresser dans leur direction pour défendre l’un des leurs avait été complètement mise à mal par une mise en scène désastreuse des mutins.

Mbappé et le nouvel ordre

Pourtant, et cela nous ramène au cas actuel, Kylian Mbappé semble infiniment plus maître du jeu, et pas seulement sur le terrain, mais aussi dans sa communication, que la Fédération. Parfois au point de peser autant que l’institution. Il maîtrise parfaitement son expression publique et médiatique, et a compris qu’il représentait bien plus qu’un footballeur, notamment en équipe nationale. Leurs positions et leurs déclarations sont approfondies et précises. Son interview sur le plateau du journal du soir de TF1, où il détaillait les raisons de son élargissement au PSG, était un chef-d’œuvre en la matière, mêlant élans patriotiques et choix professionnels, avec la petite touche personnelle de la vie privée. Il connaît bien le modèle qu’il incarne désormais dans le pays. Un sportif que le président de la République appelle pour le convaincre de rester en Ligue 1, et donc en France.

Par conséquent, le rapport de force a changé. Les coups d’ivresse ou comment’ du président de la FFF font face à une opposition qui pèse aussi. Kylian Mbappé n’a plus peur de s’exprimer et de contredire. Il se sait indispensable dans l’effectif et peut compter sur la sympathie d’une grande partie du pays, au-dessus des clivages partisans (contrairement à Karim Benzema, très clivant). De plus, Noël Le Graët se retrouve fragilisé à la fin de son règne prolongé. La Fédération traverse également une période difficile, comme en témoignent les remous entourant son plan social ou le fiasco de la finale de la Ligue des champions. A cinq mois de la Coupe du monde, et après un mois de juin catastrophique en Ligue des Nations, la suite s’annonce tout aussi passionnante à suivre. Didier Deschamps ne pourra pas partir éternellement.

Par Nicolas Kssis-Martov

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