Un soleil radieux, des cris d’enfants au loin et le calme apaisant d’un jeudi de l’Ascension. Le matin du 26 mai, à Nice-est, rien ne laisse penser qu’un drame avait été joué quelques heures plus tôt. Rien que ces traces blanches, au pied d’une résidence HLM, qui cachent les stigmates d’un crime de sang-froid.
Il était presque 13 h 30 du mercredi au jeudi lorsqu’un homme a été abattu ici. La scène s’est déroulée devant “Les Oliviers”, au 14 rue Louis-Braille, dans le quartier délicat de Saint-Charles. La victime, un ressortissant russe, était un Tchétchène de 28 ans.
Cet homme roulait sur un scooter volé et jeté. “Un seul individu, en scooter, s’est approché de lui”, a déclaré Parvine Derivery, substitut du procureur de Nice. “Il n’y a eu qu’un tir, dans la tête, à bout portant.” 9 millimètres.
Jambe blessée
Des traces blanches masquaient les stigmates d’un crime de sang-froid. Photo de Christophe CIRONE / Nice Matin.
“De toute évidence, il s’agit d’un règlement.” Le magistrat ne tourne pas autour du pot. Le scénario et le profil de la victime laissent peu de place au doute.
Ce Tchétchène avait déjà été la cible d’une fusillade à la Kalachnikov au printemps 2020. Le 17 avril, en plein confinement, il avait été victime d’une fusillade avec un compatriote. Blessé à la jambe, il a pu sortir rapidement de l’hôpital. Mais son nom apparaît dans les enquêtes sur les homicides.
Cette fois, le coup a été mortel. Les pompiers déployés par le Sdis 06 n’ont pu que constater son décès.
L’antenne de la police judiciaire de Nice s’est immédiatement saisie de cette affaire de meurtre. Les enquêteurs ont mené les constatations jusqu’aux petites heures du matin, comme en témoignent les habitants du quartier, consternés par la nouvelle.
“Nous avons peur”
Quelques heures après le drame, un calme apparent règne devant “Les Oliviers”. Photo de Christophe CIRONE / Nice Matin.
“Une dame qui habite là-bas me l’a dit ce matin. Je n’ai rien entendu”, a déclaré un voisin du quartier sous couvert d’anonymat. Cet homme de 50 ans se dit “surpris”, bien sûr. Mais pas si surpris par la tournure des événements. “Ils rassemblent les gens qui ont des problèmes. Par la force…”
Une cinquantaine d’autres le confirment. “Voilà la patate chaude ! Offre sur Snapchat et trottinettes sur le boulevard [Louis-Braille]. Je n’y vais plus. Il y a des gens qui n’en peuvent plus.” Comme ces deux retraités qui confient : ‘On a peur’. que ses parents ne surveillent pas ».
Liseron des champs, route de Turin, Bon Voyage, Louis-Braille… Le trafic de drogue sévit depuis des années dans ces quartiers de l’est niçois, avec ses effets secondaires. La fusillade d’avril 2020 a été un choc électrique. Des membres de la communauté tchétchène, bien implantée aux “Oliviers” comme la résidence voisine “Les Chênes”, avaient tenté de libérer les commerçants du secteur.
Hypothèses ouvertes
Le boulevard Louis-Braille n’échappe pas au trafic de drogue atteignant les quartiers de Nice Est. Photo de Christophe CIRONE / NICE-MATIN.
L’imam Ramzan Magamadov, président de l’Association tchétchène et ingouche de Nice, continue de faire passer ce message aux jeunes : « Ne restez pas dans la rue à ne rien faire. Étudiez, faites du sport. Évitez la mauvaise compagnie… Nous sommes venus ici pour échapper à la guerre, pas pour créer des troubles !” Hier après-midi, ce porte-parole a accompagné les proches de la victime à la caserne Auvare. “Ils sont choqués. Ils ne savent pas pourquoi…”
Cet apurement des comptes est-il lié au précédent avorté de 2020 ? Ou trafic de drogue ? Pour PJ, ce n’est qu’un indice parmi d’autres. La victime n’était pas connue pour ces faits.
La brigade criminelle tentera d’identifier le téléphone portable et le tueur. Aucune arrestation à ce stade. Réunions, auditions, utilisation d’images de vidéosurveillance, étude du profil de la victime… L’enquête ne fait que commencer.