Six questions sur FR-Alert, le système d’alerte d’urgence qui débarque sur nos smartphones

VILLE DE MARTIGUES

En cas d’inondation, d’attentat ou d’épidémie, nos téléphones portables pourront désormais afficher une alerte de sécurité émise par FR-Alert, un système public officiellement opérationnel à partir du lundi 21 juin. C’est la deuxième fois que l’Etat tente de construire un tel système pour les téléphones portables : le précédent a été rapidement abandonné, notamment parce qu’il nécessitait le téléchargement de l’application SAIP, que peu de Français avaient installée.

Le nouvel appareil ne nécessite aucune action de la part des propriétaires de téléphones portables : les messages arrivent automatiquement sur l’écran de leur téléphone. Sauf qu’un bon quart des téléphones mobiles en circulation ne les recevra pas.

À quoi ressembleront les alertes ?

Le téléphone sonnera une sonnerie différente, même en mode silencieux. Celle-ci ne sera interrompue que lorsque le message sera visualisé. Son texte peut être prolongé en plusieurs paragraphes, précisant la nature du risque, les contours de la zone géographique concernée, ainsi que les actions à mener pour se protéger du danger.

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Dans les téléphones Android, il faut veiller à mémoriser le contenu de l’alerte, car une fois fermé, le message, profondément enfoui dans les réglages du téléphone, sera difficile à retrouver. Sur l’iPhone, cependant, il peut être trouvé dans les notifications.

Quand seront-ils diffusés ?

De nombreux risques sont susceptibles d’être alertés, à commencer par les événements naturels tels que les inondations, les tempêtes, les tsunamis ou les incendies de forêt. Viennent ensuite les risques biologiques et chimiques (pollution, fuite de gaz, incident nucléaire) et les risques technologiques et industriels (accidents graves sur les réseaux routiers, ferroviaires ou aériens, incident industriel). Aussi, bien sûr, comme les événements graves de sécurité publique, comme les attentats.

Viennent enfin les risques sanitaires : épidémies, pandémies, incidents agroalimentaires. “En 2020, par exemple, on aurait pu imaginer une alerte nationale qui signalait le premier confinement”, imagine Yves Hocdé, directeur adjoint en charge de FR-Alert de la sécurité civile. En revanche, pour les risques qui affectent de petites zones du territoire, l’alerte sera dirigée, envoyée uniquement aux mobiles situés autour de la zone concernée.

Tous les mobiles sont-ils prêts ?

La technologie choisie par l’Etat, dite de diffusion cellulaire, laissera de côté au moins un quart des appareils en circulation. Les téléphones portables ordinaires sont exclus : un Français sur dix est équipé d’un de ces anciens modèles, plus appréciés des seniors.

Certains modèles de smartphones des générations précédentes peuvent ne pas recevoir d’alertes

Même parmi les smartphones, certains modèles d’ancienne génération peuvent ne pas recevoir d’alertes. Les gammes d’Apple ne sont compatibles qu’avec les modèles commercialisés après septembre 2015, date de sortie de l’iPhone 6S, à la condition expresse que son logiciel iOS soit mis à jour. En ce qui concerne les téléphones Android, la grande majorité des modèles lancés à partir de 2021 peuvent recevoir des alertes, mais les modèles antérieurs à 2018 sont rarement pris en charge. Selon Romain Moutard, lieutenant-colonel des sapeurs-pompiers qui a mené ce programme, “le temps fera son travail” en enlevant délicatement ces modèles vieillis.

Afin de pouvoir alerter les mobiles incompatibles, l’Etat étudie une solution alternative, la technologie concurrente du SMS géolocalisé (location-based SMS), qui permet d’envoyer un simple SMS. Mais ces messages ont tendance à saturer les réseaux et mettent plusieurs heures à passer, à comparer aux quelques minutes de ceux diffusés par diffusion cellulaire. Ils arrivent souvent trop tard. Avec l’aide des opérateurs, l’Etat étudie la possibilité de réduire le nombre de SMS envoyés pour accélérer les envois, en ciblant uniquement les mobiles d’ancienne génération, ceux qui ne peuvent pas recevoir d’alertes par diffusion mobile.

Dans tous les cas, la technologie SMS géolocalisée sera adoptée en fin d’année pour un autre usage complémentaire : l’envoi de SMS informatifs a posteriori, rédigés au passé : “Tu étais dans cette zone à telle heure, te voilà” . Que faire. »

Les alertes vont-elles partout ?

Malheureusement non car il faut être connecté en 4G pour les recevoir. Le réseau de téléphonie mobile de quatrième génération couvre entre 91% et 93% du territoire selon les opérateurs. En France, les réseaux 3G, dont la couverture est un peu meilleure, ne sont pas en mesure de transmettre ces messages. “Cela aurait nécessité des interventions coûteuses dans des milliers d’endroits”, explique Romain Moutard.

Dans un premier temps, les alertes passeront rarement à la 5G, car les opérateurs ont à peine commencé à travailler sur le système de diffusion cellulaire sur ce réseau. La 5G compte actuellement trois millions d’abonnés en France.

Quelle sera la précision des alertes ? La surface minimale couverte sera celle pouvant couvrir une antenne, allant d’un rayon de cinq kilomètres sur le terrain à quelques centaines de mètres au cœur des populations. Il sera donc impossible d’alerter les mobiles situés exclusivement sur une rue.

Est-ce fiable ?

La question se pose car le système d’alerte précédent, basé sur l’application SAIP, a connu de nombreuses défaillances. Au lieu de recourir à une nouvelle technologie, comme ce fut le cas avec SAIP, l’État a opté pour une technologie éprouvée, la diffusion cellulaire, qui est utilisée dans plusieurs pays depuis plus de dix ans. “Je n’ai pas entendu parler d’accident avec cette technologie”, déclare Romain Moutard. De plus, là où l’application SAIP n’atteint que 900 000 utilisateurs, la diffusion mobile est capable d’alerter des dizaines de millions de téléphones portables.

Pourtant, le déploiement de la version française de la diffusion mobile a suivi un calendrier serré : “On est content d’avoir débarqué en à peine vingt mois”, avoue Romain Moutard. Mi-juin, les opérateurs étaient encore en train de faire évoluer leurs réseaux, ce qui ne rassure pas complètement sur la robustesse de FR-Alert durant les premiers mois de fonctionnement.

De plus, dans le passé, la technologie de diffusion cellulaire a pu émettre de fausses alarmes. A Hawaï, par exemple, en 2018, un test de routine a conduit par erreur à l’envoi massif d’une alerte nucléaire, provoquant des scènes de panique. Pour éviter ce scénario, “les messages de test ont été écrits avec une lettre graphique spécifique, ils mentionnent clairement qu’il s’agit d’un exercice”, explique Yves Hocdé.

Les services d’urgence sont-ils prêts ?

C’est un enjeu clé, car les problèmes d’application du SAIP n’expliquent pas tous les dysfonctionnements de ces dernières années, et l’Etat a aussi une part de responsabilité. Plusieurs alertes n’ont pas été émises en raison de “maladies opérationnelles” reconnues par le ministère de l’Intérieur, et d’autres ont été émises trop longtemps après l’incident.

S’il est impossible de gagner dans 100% des cas la course contre la montre qu’est le lancement d’une alerte, les secours se sont fixé pour objectif de faire mieux. Selon Yves Hocdé, les crises passées ont fait l’objet de retours d’expérience. Afin d’accélérer l’émission des alertes, « une cinquantaine de messages types ont été rédigés. Il ne reste plus qu’à les adapter en fonction des événements ».

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Les préfectures – les autorités qui émettront le plus grand nombre d’alertes – ont commencé à se préparer. « La chaîne humaine mérite d’être renforcée, avec des formations, des simulations annuelles, conçues en fonction des dangers spécifiques de chaque département. Nous devons également améliorer l’interopérabilité des systèmes d’information des différents services et autorités de secours. Ce travail a été mené pour ramener tous les territoires à la normale en 2026. La priorité est donnée aux départements où les enjeux sont les plus sensibles, notamment en prévision des Jeux Olympiques. »

Il est également important d’éduquer le grand public. “Chaque citoyen devrait recevoir au moins deux ou trois messages par an : la répétition détermine la fonction”, précise Romain Moutard. Son collègue Yves Hocdé estime également qu’il est “essentiel de développer les bons réflexes en cas d’événement majeur”. Quand ces alertes pédagogiques seront-elles diffusées ? L’affaire est toujours en arbitrage.

Nicolas Sis

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