Assemblée nationale : le nécessaire apprentissage de l’engagement

Rien dans la culture politique qui s’est développée en France ces dernières années n’a préparé la représentation nationale au défi qui l’attend : éviter l’impasse politique dans un pays profondément fracturé. Les concertations engagées par le chef de l’Etat avec les chefs des différents partis mardi 21 juin, au surlendemain du vote français, illustrent la gravité du moment.

L’entrée en vigueur de l’extrême droite à la Chambre, pour la première fois depuis 1958, coïncide avec la perte de la majorité absolue par l’exécutif et la présence, sur son flanc gauche, d’une coalition hétérogène mais numériquement importante. Le Palais Bourbon reflète beaucoup plus fidèlement que par le passé l’état politique réel du pays. Nous ne pouvons que nous réjouir. Ses membres ont la chance d’exister beaucoup plus fortement qu’au cours des cinq années précédentes, ce qui est également bienvenu.

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Tout cela comporte cependant un risque majeur : l’instabilité. Car, si le gouvernement n’est pas sûr d’avoir suffisamment de voix pour faire passer ses projets de loi, il n’existe toujours pas de majorité alternative capable de soutenir une autre politique. Toutes les forces politiques sont donc sous pression maximale, contraintes d’adapter leur jeu à un accord qui les surprend.

Le premier touché est le chef de l’Etat, qui a incarné la verticalité durant ses cinq premières années, la justifiant par le nombre et l’intensité des crises qu’il a dû affronter. Réélu avec 58,5 % des suffrages exprimés le 24 avril, Emmanuel Macron doit reconsidérer en profondeur sa méthode de gouvernement et peut-être même son gouvernement pour tenter de rassembler le plus de députés possible. La double campagne présidentielle et législative ne l’y a guère préparé. Il semblait jouer à cache-cache avec ses adversaires, risquant de gonfler un anti-macronisme virulent. Le principe de coalition qui semble si naturel à nos voisins européens est actuellement fermement rejeté par les partis modérés, de droite comme de gauche, pas mécontents de voir trébucher ceux qui prétendent, depuis 2017, les évincer. de la scène politique.

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Les 43 voix laissées par la majorité pour gouverner sentent la revanche de ceux qui veulent réhabiliter le Parlement voire renverser l’exécutif. A ce jeu, Jean-Luc Mélenchon est le plus offensif. Il exhorte Elisabeth Borne à engager la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale, sans assurer qu’elle sera toujours Premier ministre dans les prochains jours. Branda menace d’une motion de censure et tente en même temps d’imposer son hégémonie au reste de la gauche de peur que La France insoumise, seule, ne pèse pas assez. Sa compétition avec Marine Le Pen pour tenter d’arracher le titre d’adversaire numéro un le conduit à un dépassement risqué, à l’heure où, au contraire, il faut trouver le chemin d’un compromis.

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Rien ne serait pire pour le pays que d’être fermé et paralysé. Transition écologique, santé, éducation, les enjeux définis lors de la campagne sont trop importants pour risquer d’être bloqués. Il y a un sujet irritant : la réforme des retraites, très contestée à gauche et à l’extrême droite. Emmanuel Macron devra le reformuler s’il veut l’approuver. Parallèlement, les premières lois rédigées par le gouvernement sont liées au pouvoir d’achat et à la lutte contre le réchauffement climatique. Sur ces deux questions, l’attente est grande et les divergences ne sont pas insurmontables. Chacun sur les bancs de l’Assemblée nationale devra assumer ses responsabilités.

Le monde

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