La principale organisation marocaine de défense des droits de l’homme a réclamé samedi une enquête, au lendemain de la tentative d’entrée de près de 2.000 migrants subsahariens dans l’enclave espagnole de Melilla au cours de laquelle 18 personnes sont mortes, une “tragédie” sans précédent dans le monde.
“Nous appelons à l’ouverture d’une enquête rapide et transparente”, a déclaré à l’AFP Mohamed Amine Abidar, président de la délégation de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) à Nador, dans le nord du Maroc.
Selon un récent bilan des autorités marocaines, dix-huit migrants en situation irrégulière sont morts vendredi lors d’une tentative de faire venir environ 2.000 migrants à Melilla, autre drame migratoire aux portes de l’Union européenne (UE).
Côté espagnol, Eduardo de Castro, président de l’enclave de Melilla, la plus haute autorité politique de cette ville autonome, a dénoncé une “réponse disproportionnée” du Maroc à la tentative de forcer le passage des clandestins.
Le calme est revenu samedi à Nador, ville limitrophe de l’enclave espagnole, ainsi qu’autour de la haute clôture de fer qui sépare le territoire marocain de Melilla, selon des journalistes de l’AFP.
Il n’y a aucune trace de migrants dans la ville. Selon M. Abidar, “aurait déménagé de peur d’être déplacé par les autorités marocaines”, généralement dans le sud du pays.
Un témoin a vu plusieurs bus transportant des migrants à l’extérieur de Nador.
“Réponse disproportionnée”
La situation était également calme du côté espagnol de la clôture de Melilla, selon des images de la télévision publique TVE, qui montraient des ouvriers en train de réparer les dégâts causés à la barrière.
“Nous regrettons ce drame humanitaire, avec ces images, qui viennent du Maroc. Ce qui se passe est vraiment scandaleux”, a déploré de Castro.
“Ces (migrants) subsahariens envahissent violemment un territoire, ce n’est pas la première fois, mais le Maroc doit avoir une certaine proportionnalité”, a plaidé le président de Melilla.
Dix-huit migrants en situation irrégulière sont morts vendredi, selon le dernier bilan des autorités marocaines. Treize d’entre eux, grièvement blessés, ont succombé à leurs blessures, a indiqué vendredi soir à l’AFP une source au sein des autorités de la province de Nador.
Les victimes ont été tuées “dans une poussée et une chute de la clôture de fer” qui sépare l’enclave espagnole du territoire marocain, lors “d’un assaut marqué par l’usage de méthodes très violentes par des migrants”, a-t-elle précisé.
En outre, 140 membres des forces de sécurité ont été blessés, dont cinq grièvement.
De plus, vendredi 130 migrants ont réussi à entrer à Melilla depuis le Maroc. Un seul d’entre eux reste hospitalisé, selon des sources à la préfecture espagnole.
Enquête internationale
Le président de la section AMDH de Nador a refusé de quantifier le nombre de morts, mais « pense que cela va augmenter le bilan ».
Selon l’ONG Caminando Fronteras, spécialiste des migrations entre l’Afrique et l’Espagne, cela signifierait 27 morts.
L’association espagnole a réclamé samedi dans un communiqué “l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire indépendante tant au Maroc qu’en Espagne, et à l’international pour faire la lumière sur ce drame humain”.
Situées sur la côte nord du Maroc, Melilla et l’autre enclave espagnole de Ceuta sont les seules frontières terrestres de l’UE sur le continent africain et font régulièrement l’objet de tentatives d’entrée de migrants cherchant à rejoindre “l’Europe”.
Les médias espagnols avaient déjà fait état ces derniers jours d’affrontements entre clandestins et policiers dans la zone frontalière de Melilla.
Selon M. Abidar, de l’AMDH, “la principale cause de cette catastrophe est la politique migratoire menée par l’Union européenne en coopération avec le Maroc”.
Cette tentative d’entrée massive dans l’une des deux enclaves espagnoles est la première depuis la normalisation des relations entre Madrid et Rabat mi-mars, après une querelle diplomatique de près d’un an.
Juste avant la réconciliation entre les deux pays, Melilla avait été le théâtre début mars de plusieurs tentatives d’entrée massives, dont la plus importante jamais enregistrée dans cette enclave qui compte quelque 2 500 migrants. Près de 500 avaient réussi.