Drame de Melilla : Pedro Sanchez dénonce “une atteinte à l’intégrité territoriale” de l’Espagne

Publié le : 25/06/2022 – 08:26Modifié le : 25/06/2022 – 15:08

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a dénoncé samedi “une atteinte à l’intégrité territoriale” de l’Espagne, après la mort d’au moins 18 migrants d’origine africaine lors d’une tentative d’entrée vendredi matin de près de 2.000 d’entre eux en Espagne. enclave de Melilla. au nord du Maroc.

Dix-huit migrants ont été tués alors qu’ils tentaient d’entrer dans l’enclave espagnole de Melilla, sur la côte nord du Maroc, et lorsque des affrontements ont éclaté avec les gardes-frontières, ont annoncé les autorités marocaines vendredi 24 juin.

Environ 2 000 migrants ont tenté d’entrer sur le territoire espagnol en prenant d’assaut une clôture. Des affrontements ont éclaté avec les forces de sécurité, ont annoncé les autorités marocaines et espagnoles, ajoutant qu’une centaine de personnes avaient réussi à pénétrer dans l’enclave.

Les victimes ont été tuées “dans une poussée et une chute de la clôture de fer” qui sépare l’enclave espagnole du territoire marocain, lors “d’une agression marquée par l’usage de méthodes très violentes par des migrants”, a expliqué à l’AFP une source au autorités de la province de Nador.

Lors d’une conférence de presse, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a condamné ce qu’il a qualifié d'”agression violente et organisée (…) de mafias trafiquant d’êtres humains contre une ville qui est territoire espagnol”. “C’était donc une atteinte à l’intégrité territoriale de notre pays”, a ajouté le président du gouvernement socialiste.

Le chef du gouvernement espagnol a également souligné que “la gendarmerie marocaine avait travaillé en coordination avec les forces de sécurité (espagnoles) pour repousser cette violente attaque dont nous avons été témoins”. “Si quelqu’un est responsable de tout ce qui s’est passé à la frontière, ce sont les mafias qui font le trafic d’êtres humains”, a-t-il déclaré.

Contactée par l’AFP, la Garde civile espagnole, qui surveille de l’autre côté de la clôture, a déclaré ne disposer d’aucune information sur le drame, faisant référence au Maroc.

Tôt samedi matin, le calme régnait à Nador, une ville marocaine limitrophe de Melilla, ainsi qu’à la frontière de l’enclave espagnole, sans déploiement policier. Situées sur la côte nord du Maroc, Melilla et l’autre enclave espagnole de Ceuta sont les seules frontières terrestres de l’UE sur le continent africain et font régulièrement l’objet de tentatives d’entrée de migrants cherchant à rejoindre “l’Europe”.

“Un bilan très lourd”

Cette tentative d’entrée massive a débuté vers 6h40 lorsqu’un groupe de “près de 2.000 migrants (…) a commencé à s’approcher de Melilla”, selon la préfecture. “Plus de 500” d’entre eux “venant des pays d’Afrique subsaharienne” ont alors forcé l’entrée du poste frontière avec des “ciseaux”, a ajouté la préfecture, selon laquelle 133 ont réussi à rentrer.

Omar Naji, de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), a confirmé à l’AFP qu’il y a eu des “affrontements” dans la nuit de jeudi à vendredi entre migrants et agents marocains. Les médias espagnols avaient déjà signalé ces derniers jours des violences entre clandestins et policiers dans la zone frontalière de Melilla.

La section AMDH de Nador a réclamé l’ouverture “d’une enquête sérieuse pour déterminer les circonstances de ce lourd bilan” qui montre que “les politiques migratoires suivies sont meurtrières avec des frontières et des barrières qui tuent”.

L’apaisement des relations entre le Maroc et l’Espagne

Cette tentative d’entrée massive dans l’une des deux enclaves espagnoles est la première depuis la normalisation des relations entre Madrid et Rabat mi-mars, après une querelle diplomatique de près d’un an. La crise entre les deux pays avait été provoquée par l’accueil en Espagne du chef des séparatistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali, en avril 2021, pour y être assisté par le Covid-19.

Elle a culminé avec l’entrée en mai 2021 de plus de 10 000 migrants en 24 heures à Ceuta, grâce à un assouplissement des contrôles côté marocain. Madrid avait alors dénoncé une “agression” de Rabat, qui avait rappelé son ambassadeur en Espagne.

Pedro Sánchez a mis fin à cette aliénation en soutenant publiquement le plan marocain d’autonomie du Sahara occidental, ex-colonie espagnole contrôlée à 80% par Rabat mais revendiquée par le Polisario, soutenu par l’Algérie. Début avril, le roi Mohammed VI l’a reçu à Rabat pour sceller cette réconciliation.

Pour Madrid, l’objectif principal de cette normalisation est d’assurer la “coopération” de Rabat dans le contrôle de l’immigration clandestine. Très critiqué en interne pour son investissement au Sahara, Pedro Sanchez a félicité vendredi “l’extraordinaire coopération” de Rabat en matière migratoire qui démontre, selon lui, “la nécessité d’avoir les meilleures relations”.

Juste avant cette réconciliation, Melilla avait été le théâtre début mars de plusieurs tentatives de traversées forcées, dont la plus importante jamais enregistrée dans cette enclave, avec quelque 2 500 migrants. Près de 500 l’ont fait ce jour-là.

Le Maroc, où la plupart des migrants se rendent en Espagne, a été accusé dans le passé de les utiliser comme moyen de pression sur l’Espagne. Le calme des relations avec le Maroc a entraîné une baisse récente des arrivées en Espagne.

Selon le ministère de l’Intérieur, le nombre de migrants arrivés dans les îles espagnoles des Canaries en avril, le premier mois après la normalisation, était inférieur de 70 % à celui de février.

Avec AFP et Reuters

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