1 Le signal à la Macronie
Jusqu’au 19 juin 2022, Richard Ferrand n’était pas seulement le député sortant de la 6e circonscription du Finisterre. Président de l’Assemblée nationale pendant quatre ans, Marcheur de la première heure, Finisterre d’adoption représentait aussi, du haut de son perchoir, le terrain du président réélu. “C’était son lieutenant, son soldat, son sosie”, avouent ces électeurs de Hanvec ou de Châteaulin, qui disent avoir voté “contre Emmanuel Macron avant tout”. Avec Richard Ferrand, il y avait un symbole à défaire. Celle d’un gouvernement qui a rompu les lignes politiques. “Richard Ferrand était à gauche, maintenant il est à droite. La France ne sait plus où elle en est, je n’ai pas voté”, a déclaré Christine à Plonévez-Porzay. Apparaissant en fin de campagne aux côtés du président (centre-droit) du département du Finisterre Maël de Calan, l’ancien socialiste a tenté un pari qui a été perdant. “Certaines voix LR de L’Hôpital-Camfrout ou d’Irvillac se sont même déplacées vers les Nupes”, raconte cet observateur local.
2 Le poids des affaires
Ancien conseiller général, député depuis 2012, Richard Ferrand n’a pas démérité de son ancrage local. Mais l’ombre des affaires qui s’est dessinée durant le dernier mandat a sans doute hanté son image. A commencer par les Mutuelles de Bretagne. A Dinéault, Marie-Claude, retraitée, avoue sa réserve depuis ce jour. “Même s’il n’est pas condamné, il a manqué à son devoir d’exemplarité. Dans une moindre mesure, l’embauche de son fils, pendant quelques mois, comme collaborateur parlementaire, révélée en 2017, aurait pu laisser sa trace. Père d’élève à Hanvec, se souvient Nicolas. « Richard Ferrand nous a emmenés dans des cachots. Vous pouvez désormais prendre votre retraite à 60 ans ! »
3 Ses vieux amis… et ses ennemis de toujours
Lors de cette troisième campagne législative, le macroniste Richard Ferrand a fait face au ressentiment de ses anciens amis socialistes. Un Pierre Maille, un Jean-Jacques Urvoas, une Marylise Lebranchu… ont fourni un contrepoids fort au soutien de la candidate (socialiste) du Nupes, Mélanie Thomin. La “trahison” a été brandie publiquement. On se souvient des mots durs de Kofi Yamgnane contre son ancien poulain et attaché parlementaire, qui lui avait volé la vedette en 2007. « Je ne comprends pas cette dérive vers la droite, je suis vraiment désolé. Richard a instrumentalisé les gens pour y arriver. Ce sont des méthodes du sud ! Et les Bretons n’aiment pas jouer dans un sous-marin. » A Carhaix, pour l’éternel ennemi Christian Troadec (ils ont affronté des élections municipales, départementales et trois fois législatives par le passé), l’occasion était trop belle de savonner le conseil d’administration de « l’ultralibéral Ferrand ». Résultat : une seconde inédite place au second tour pour le député sortant dans la capitale Poher. D’autres personnalités locales éruptives, comme le NPA Matthieu Guillemot, avaient terminé le travail de sape des deux tours. « Je ne soutiens pas Nupes. Mais ma ville devait rester à gauche », raconte le commerçant.
Au Marché de Châteaulin, le 23 juin 2022. Jean-Yves, l’ancien agriculteur de la droite Pleybennois, déplore la défaite de Richard Ferrand. Axelle, une infirmière de Dinéault, a choisi de “voter pour la gauche, contre le lieutenant Macron et pour le changement”. (Le Télégramme / Sophie Prévost)
4 Lui-même
Ses détracteurs l’ont toujours considéré comme « trop jacobin », « trop sûr de lui », « trop prétentieux ». Le costume trois pièces, qu’il portait encore aux côtés du candidat Macron à Spézet le 5 avril 2022, aura scellé une image plus proche de Paris que de la campagne, malgré le pied-à-terre de Motreff, où il le porte encore il le remarque bien. scores. “Tout le monde sait qu’il n’a jamais été là. Richard Ferrand a fait preuve de mépris, raconte l’ancienne socialiste châteaulinoise Véronique Hériaud. Il récolte ce qu’il a semé depuis des années.”
5 Une circonscription changeante et un nouvel adversaire
Au-delà du rejet, Richard Ferrand a aussi souffert, et sans doute, de l’évolution sociologique de son immense et contrastée circonscription, essentiellement rurale. Elle perd face aux petites villes de Centre-Bretagne (Berrien, Botmeur, Saint-Rivoal) qui furent le berceau de la gauche. Pas assez convaincant aux portes de Brest, où les « huées écolos » de Menez-Hom ne lui ressemblent décidément pas. Au Faou, Nadège, 40 ans, a voté pour Mélanie Thomin “parce que c’est une jeune femme de gauche et aussi enceinte”. Le désir de changement est aussi là.