Ça commence mal : à peine annoncée, la réforme de la fiscalité automobile pesait déjà

Mauvais départ pour la réforme de la fiscalité automobile. Annoncé il y a des mois, le projet de décret porté par le ministre de la Mobilité Philippe Henry (Ecolo) a été présenté lundi et a directement provoqué la colère de ses détracteurs. Des critiques qui se sont forcément trouvées dans les rangs de l’opposition mais aussi dans la sélection régionale.

L’objectif affiché de cette réforme est notamment d’inciter les citoyens qui souhaitent acheter une voiture “choisir un véhicule moins puissant, plus léger et aussi moins polluant. Ce sera une avancée vers une réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre en Wallonie”explique le ministre Philippe Henry, qui rappelle que les transports sont responsables de 22 % des émissions de GES.

Selon les calculs du cabinet Mobility, avec la réforme, 84,9% des véhicules neufs auront une TMC (taxe de circulation) moindre et 75,1% des véhicules auront une TC (taxe de circulation) moindre. Quant à la seconde main, 73,9% des véhicules auront un TMC inférieur et 88% des véhicules auront un CT inférieur.

Les véhicules jugés lourds, en revanche, seront sévèrement pénalisés. Une Peugeot de 2008, par exemple, verra son TMC multiplié par 10 (61,50 euros à 683,10 euros). Pour une Toyota Corolla, le TC va tripler (entre 85,27 et 351,90 euros). Un Volvo XC40 passera de 446,03 euros par an à 1 418,7 euros…

“Nous établirons cette taxe en fonction des émissions de CO2 et de la capacité du véhicule à charger du fret”, résume Julien Mattagne (Les Engagés). Le député wallon de l’opposition trouve le raisonnement sur le CO2 correct, mais dénonce une taxation basée sur une masse maximale du véhicule. “1,8 tonne, c’est une voiture familiale. Le ministre annonce une réduction de 100 euros pour les familles nombreuses, mais les personnes qui n’ont qu’un ou deux enfants seront pénalisées.”

Le ministre Ecolo semble assez isolé. Dans les rangs socialistes, il est difficile d’adopter une réforme fiscale à un moment où une grande majorité de la population peine à joindre les deux bouts. “Quand il y a une réforme, il y a toujours des perdants et des gens qui doivent payer plus. C’est pourquoi nous avons exigé que cette version fasse l’objet d’une large consultation.”, entend-on du côté de l’Elysette. Plus réservé, le monsieur, qui par le passé a déjà perdu un ministre dans une affaire fiscale, reconnaît qu’il y a un certain nombre de points à clarifier, mais défend une attitude constructive, “d’où la nécessité de consulter”.

Le Cabinet Henry admet que cet accord sur les principes fondamentaux de la réforme comprend toujours “certaines aberrations”. C’est pourquoi la réforme prendra du temps “pour que ce soit compris”. Trois lectures sont encore attendues. Après la première lecture au gouvernement, le texte sera revu en concertation avec un certain nombre d’organisations et de fédérations. Après la deuxième lecture, il passera au Conseil d’État et à l’Inspection du Trésor. Revenir une troisième fois au gouvernement wallon avant d’être soumis au vote du Parlement. Le ministre Ecolo espère y parvenir le 1er septembre 2023.

Reste à savoir comment les partenaires gouvernementaux soutiendront cette réforme impopulaire, du moins chez les gros propriétaires de voitures, qui tombera à l’approche des élections régionales.

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