MC Solaar, lors de son concert au Jazz de Vienne (Isère), le 29 juin 2022. CATHERINE MANIN / DALLE APRF
Pour l’ouverture de Jazz à Vienne, 41ème édition, MC Solaar et son New Big Band Project sont comblés : plein de public, plein de joie, plein d’intelligence, le tout sans souci. MC Solaar jette un mouchoir, main dans la poche, totalement dans le sens de ses allitérations ailées, impeccables dans le rythme et secret des dieux du jazz : la « mise en place ». Ensemble voix ou instrument sans une nanoseconde de retard, dans le tempo, le rythme, l’équilibre général.
C’est l’ouverture de Jazz à Vienne, somptueuse invention de Jean-Paul Boutellier, ses 150 événements et ses nombreuses salles. Gratuits, les concerts au Jardin de Cybèle (qui accueille le toujours vibrant David Linx aux arrangements un peu féculents de David Bowie) libèrent les performances dans la ville et les surprises qui nous font tenir.
Ce qui est devenu du coton remplit le Vieux Théâtre. Les musiciens et chanteurs de jazz n’ont pas de format pour ce pari. En d’autres termes, vous devez tisser des combinaisons de style impossibles chaque nuit. Ce n’est pas très nouveau. Miles Davis et quelques autres monstres ont pris leur retraite, il a toujours, plus ou moins, dû le faire.
Et si MC Solaar offrait une autre chance ? C’est ici pour la troisième fois, mais en ouverture de la quinzaine complète. Puis, soudain, la question métaphysique de la légitimité se pose. Jazz ou pas jazz ? Carpe ou lapin ? MC Solaar résout agréablement le problème, comme d’habitude. Il choisit de contrer les espiègles par la malice : « Disons que je ‘sinatra-isis’ pour la conception orchestrale, et ‘barrywhite-isis’ pour la voix. Rien de plus vrai. De Sinatra, il retient la méthode : laisser place à l’orchestre, aux interprètes, acculés par un Issam Krimi phénoménal.
Un pur tour de magie
Natif d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), claviériste au sourire sympathique, Issam Krimi est le Quincy Jones de la planète hip-hop : Soprano, IAM, Oxmo Puccino et bien d’autres lui doivent souplesse et personnalité. En tant que directeur musical du New Big Band Project, il a franchi le mur du son. Rien de plus difficile que de réunir ces différents éléments : un ensemble symphonique (l’Orchestre des Pays de Savoie, en l’occurrence), une section de cuivres enfilée au-dessus du pont, une batterie bien abritée derrière un mur de plastique et un groupe de et des choristes très efficaces. Aussi MC Solaar et essentiellement le bassiste.
MC Solaar passe en revue son histoire, son répertoire, de “Qui sème le vent”… à “Caroline”, comme s’il jouait très sérieusement avec l’ordre et le désordre.
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