Les forces de sécurité libyennes montent la garde devant l’entrée du centre de conférence de Tobrouk, le bâtiment utilisé comme parlement, le 15 mars 2021. MOHAMMED EL SHAIKHY / AFP
La colère sociale a pris un nouveau tournant en Libye. Des manifestants ont pris possession du siège du Parlement libyen à Tobrouk, dans l’est du pays, vendredi 1er juillet, pour protester contre la détérioration des conditions de vie et l’abandon de leurs dirigeants.
Selon plusieurs chaînes de télévision, des manifestants sont entrés dans le bâtiment et ont pillé. Des images des médias ont montré d’épaisses colonnes de fumée noire s’élevant du périmètre du bâtiment après que de jeunes manifestants en colère ont brûlé des pneus. D’autres médias ont affirmé qu’une partie du bâtiment avait été incendiée. Le Parlement était vide lorsque les manifestants sont entrés, vendredi était un jour férié en Libye.
Une excavatrice conduite par un manifestant a brisé une partie de la porte de l’enceinte du bâtiment, facilitant l’irruption des manifestants, comme le montrent les images. Les voitures des députés ont été incendiées. Plus tard, d’autres machines de construction sont arrivées et ont commencé à casser des sections des murs du bâtiment. D’autres manifestants, certains agitant des drapeaux verts de l’ancien régime de Mouammar Kadhafi, ont jeté en l’air des documents qu’ils avaient récupérés dans les bureaux.
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Tout en reconnaissant “le droit des citoyens à manifester pacifiquement”, le Parlement a condamné de vendredi soir à samedi “des actes de vandalisme et l’incendie” de son siège.
Le Premier ministre basé à Tripoli, Abdel Hamid Dbeibah, a pour sa part assuré sur Twitter “d’unir sa voix” à celle des manifestants, appelant à la tenue d’élections.
Les négociations au point mort
Ces problèmes surviennent alors que le pays d’Afrique du Nord, plongé dans le chaos depuis la chute de Kadhafi en 2011, est en proie depuis plusieurs jours à de longues coupures d’électricité, des pannes d’électricité aggravées par le blocage de plusieurs installations pétrolières sur fond de querelles politiques entre camps rivaux.
“Nous devons reconnaître notre échec et nous retirer immédiatement de la scène politique”, a déclaré un député, Balkheir Alshaab, cité par la chaîne libyenne Al-Ahrar. “J’appelle mes collègues députés et membres du Conseil d’Etat [chambre haute] de démissionner collectivement pour respecter la volonté du peuple libyen et préserver la stabilité de la Libye », a ajouté un autre élu, Ziad Dgheim, cité par le même média.
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Deux gouvernements se disputent le pouvoir depuis mars : l’un basé à Tripoli et dirigé par Abdel Hamid Dbeibah depuis 2021 et un autre dirigé par Fathi Bachagha et soutenu par le Parlement de Tobrouk et le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est.
Les élections présidentielles et législatives devaient initialement avoir lieu en décembre 2021 en Libye, pour mettre fin à un processus de paix parrainé par les Nations unies suite aux violences de 2020. Mais elles ont été repoussées sine die en raison des fortes divergences entre rivaux politiques et des tensions sur le terrain. .
Le dernier round de pourparlers à l’ONU entre les présidents des deux chambres rivales – Eagle Saleh de la Chambre des représentants de Tobrouk et Khaled El-Mechri du Haut Conseil d’Etat de Tripoli – s’est achevé jeudi sans accord sur un cadre constitutionnel. permettre la tenue d’élections.
Manifestations à Tripoli et dans d’autres villes
D’autres manifestations similaires ont eu lieu vendredi à Tripoli et dans d’autres villes libyennes. Dans la capitale, des manifestants brandissaient des portraits de MM. Dbeibah et Bachagha barrés d’un X, signe de leur rejet.
Des manifestants se rassemblent sur la place des Martyrs à Tripoli le 1er juillet 2022 pour protester contre la situation politique et les conditions de vie du pays. MAHMUD TURQUIE / AFP
La Compagnie pétrolière nationale libyenne (NOC) a annoncé jeudi des pertes de plus de 3,5 milliards de dollars (environ 3,3 milliards d’euros) en raison de la fermeture forcée de grands champs pétroliers depuis la mi-avril, et décrété l’état de “force majeure” dans certaines installations. .
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Selon la NOC, la production a chuté “fortement” et les exportations ont chuté entre “365 000 et 409 000 barils par jour, soit une perte de 865 000 barils par jour” par rapport à la production moyenne d’avant avril. De plus, il y a des pertes quotidiennes de 220 millions de mètres cubes de gaz, qui sont encore nécessaires pour alimenter le réseau électrique. La baisse de la production de gaz contribue aux coupures de courant chroniques en Libye qui durent dix heures par jour.
« Nous voulons avoir de la lumière ! ont scandé les manifestants de Tobrouk avec exaspération.
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Le monde avec l’AFP