“C’est plus qu’un metteur en scène, c’est un maître”, mais aussi “quelqu’un qui a réinventé le théâtre, une façon d’aborder les textes”, a déclaré dimanche à franceinfo le propriétaire du théâtre du Rond-Point Jean-Michel Ribes, après le décès du metteur en scène Peter Brook, le samedi 2 juillet, à l’âge de 97 ans. Jean-Michel Ribes salue “un grand prêtre du théâtre”.
franceinfo : Que retenez-vous de Peter Brook ?
Jean-Michel Ribes : C’est plus qu’un metteur en scène, c’est un pédagogue, c’est quelqu’un qui a réinventé une manière de respirer le théâtre, qui a réinventé une manière d’aborder les textes et aussi les acteurs. Et cela a évidemment influencé beaucoup de gens et libéré beaucoup de gens.
« Réinventer » parce que c’était contre tout conformisme ?
A partir du moment où on fait du théâtre, c’est vraiment une résistance au conformisme. Mais plus que cela, Peter Brook a donné une sorte de réplique, presque une religion au théâtre. C’est un grand prêtre du théâtre qui a ouvert la voie. Et quand il parle de ne pas être réalisateur comme un dictateur, un patron, etc., il est complètement nouveau. Il a laissé respirer les acteurs. Tous les acteurs qu’il avait choisis et qui ont travaillé avec lui sont de grands acteurs. Il avait l’œil pour découvrir des acteurs et des comédiens assez atypiques qui souvent ne voyaient pas le théâtre conventionnel.
Peter Brook avait-il un grand respect pour le classicisme, mais n’a-t-il pas proposé des interprétations innovantes de grands classiques comme Shakespeare ?
Aujourd’hui, de nombreux réalisateurs dans le monde montrent Shakespeare et disent qu’ils en sont pratiquement les auteurs. Il y avait quelque chose d’essentiel qui était un respect absolu du texte, de la musicalité, du texte. Je me souviens de Macbeth, absolument magnifique, et je me souviens surtout de La Cerisaie, qui a été un moment de théâtre qui m’a beaucoup marqué. Nous étions vraiment dans la musique des mots. Aucune illustration nécessaire. Ils m’ont dit : « Mais pourquoi ? Il n’y a pas de décoration. Eh bien, la décoration est dans les mots. Écoutez les paroles et vous verrez toute la scène.
Que voulait-il en reprenant le théâtre des Bouffes du Nord à Paris en 1970 ? Elle le sauva de la destruction pour en faire un lieu important du théâtre parisien et français…
Oui, et d’ailleurs, en quelque sorte, le théâtre des Bouffes du Nord reste ce qu’il voulait être, c’est-à-dire un théâtre sans décor. C’est un lieu qui n’a pas été réhabilité, qui n’a pas été restauré, qui est brut, qui est ainsi. Et dans ce théâtre brut, sans décor doré, le texte résonne encore plus et c’est là qu’il montre à quel point l’auteur était le maître absolu du théâtre. Et quand j’avais un guide comme lui, il était encore plus présent.