A l’entrée un peu austère du Monastère de la Visitation de Kraainem, 27 petits carreaux sont collés au mur, un pour chacun des exilés ukrainiens logés dans les bâtiments de l’ancienne communauté religieuse. A chacun, un sourire, un nom, un âge et une ville d’origine. “Derrière ces pamphlets se cachent surtout des histoires, souvent dramatiques», raconte, ravi, Guillaume de Posch, l’un des administrateurs du centre, qui sera notre guide.
Détail frappant : il n’y a que des femmes. Les seuls visages masculins sont ceux des enfants qui accompagnent leur mère en exil. “Nous choisissons volontairement les profils les plus vulnérables. Les personnes qui trouvent refuge ici ont subi une sorte de traumatisme. Ils trouvent entre ces murs un endroit calme et douillet.“, continuer à.
Le cloître comme cour
Depuis le 1er juin, cet ancien monastère a ouvert ses portes aux réfugiés fuyant la guerre en Ukraine. Les sœurs ont quitté les lieux quelques mois plus tôt, laissant l’enclos vide mais en parfait état.
A l’approche de la deuxième phase d’accueil en Flandre – une phase dans laquelle des structures durables doivent remplacer l’hébergement des citoyens – des discussions ont commencé entre la municipalité, le propriétaire des lieux et l’Ordre de Malte, une organisation catholique qui aide les plus démunis.
© Ludovic Goffinet
Ils parviennent bientôt à un accord. Les anciennes cellules monastiques seront des chambres pour ceux qui fuient la guerre. L’Ordre de Malte en assurera la gestion.
Le lieu dispose de tout l’équipement et de l’espace nécessaires pour accueillir une soixantaine de personnes : un réfectoire, des cuisines, plusieurs salles de jeux pour les enfants, une salle de classe pour les futurs cours de français, etc. “Le cloître couvert a même été transformé en patinoire à trottinettes les jours pluvieux“, sourit l’administrateur en s’écartant pour laisser passer Anna et Anastasia, en pleine effervescence.
A l’étage, une odeur de bois neuf flotte dans l’air de la future douche en construction. Accueillir une soixantaine de personnes pendant plusieurs mois nécessite forcément un logement. Il a fallu, par exemple, ajouter des miroirs dans les chambres, car la coquetterie était interdite aux sœurs.
Mandat d’un an
Le centre a actuellement une capacité de 27 personnes. A la fin de l’été, ils seront soixante. Les dirigeants du centre voulaient augmenter progressivement le pouvoir afin de préserver les exilés, mais aussi de briser l’organisation. “On peut compter sur une centaine de bénévoles pour faire fonctionner le centre», explique Guillaume de Posch. Certains étaient déjà actifs dans l’Ordre de Malte, d’autres sont des habitants du quartier qui ont répondu à l’appel. « La réception fonctionne sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il est indispensable de pouvoir compter sur des bénévoles, sinon ce serait rédhibitoire.“, poursuit l’administrateur.
© Ludovic Goffinet
La commune de Kraainem contribue pour un cinquième au budget du centre. Le reste provient des caisses de l’Ordre de Malte ou du mécénat. Il s’est également adressé à la Région flamande et au gouvernement fédéral, sans réponse pour le moment. Les résidents qui perçoivent un revenu doivent également s’acquitter d’une redevance mensuelle de 250 euros par adulte. Cela comprend l’hébergement, les repas et les activités proposées.
L’emploi est prévu pour un an. D’ici là, la Flandre sera entrée dans sa troisième phase d’accueil, qui prévoit l’hébergement dans des villages d’urgence construits en conteneurs. “Mais surtout, nous espérons que la guerre se terminera et que les familles pourront rentrer chez elles.“, conclut Guillaume de Posch.