“Ce que je paye, c’est du savoir-faire, de la précision et des centaines d’heures de travail…”Voici la réponse typique des propriétaires de montres suisses à la question “Pourquoi choisir une montre à ce prix quand on peut avoir du temps sur son smartphone ?”. Les objets qui peuvent souvent être qualifiés de “luxe” ou de “collection”, comme les voitures, par exemple, les montres sont l’un des signes extérieurs de richesse les plus courants.
Et aujourd’hui, 95% des montres vendues dans le monde qui coûtent plus de 1’000 euros sont fabriquées… en Suisse. Pourquoi ça ? La réponse se trouve dans les livres d’histoire.
Des bijoux aux montres avec des pierres précieuses
La fabrication de montres en Suisse a commencé au XVIe siècle. Jusqu’à cette date, la Suisse était connue pour ses orfèvres et joailliers spécialisés dans la fabrication d’objets en or ou en argent destinés aux cérémonies, du mobilier ou encore de la vaisselle. Mais Jean Calvin, pasteur français emblématique de la Réforme protestante, réfugié en Suisse pour fuir les persécutions de son pays et recruté pour aider à la réforme de l’Église à Genève, interdit l’usage d’objets d’orfèvrerie et de bijoux (considérés comme des compléments de séduction superflus) .
Les règlements d’orfèvrerie de 1566 interdisent explicitement, par exemple, la fabrication de croix, de calices et d’autres objets utilisés dans le culte catholique.
Au départ, les artisans genevois vendaient surtout des chronomètres de marine. © Gratuit
Les artisans genevois se lancent alors dans l’horlogerie. Ils créent des montres, des chronomètres de marine, des montres de poche… Et surtout ils ont la malice d’incruster des pierres précieuses et semi-précieuses. Grâce à cette astuce, les montres échappent ainsi à la notion de bijou de Calvin. C’est le début de l’horlogerie de luxe.
Première à Genève
La plupart des artisans de Genève et de l’arc jurassien sont protestants, réfugiés comme Jean Calvin et connus pour leur patience et leur minutie, indispensables à la fabrication de belles montres. Ce sont eux qui feront de la Suisse le véritable pays de l’horlogerie.
Le siège social de Rolex est situé sur les rives du lac Léman depuis 1914 (neuf ans après la fondation de l’entreprise à Londres). © Image belge
L’industrie horlogère suisse est née à Genève (Rolex, Patek Philippe, etc.), puis s’est étendue au Jura et au reste du pays. On citera des villes devenues depuis des références horlogères comme Le Locle (Zenith, Tissot), La Chaux-de-Fonds (TAG Heuer), Le Brassus (Audemars Piguet, Blancpain), Bienne (Omega), Le Trail. (Jaeger-LeCoultre), L’Orient (Breguet), Saint-Imier (Longines), Schaffhouse (IWC) et Grenchen (Breitling). A partir du XVIIIe siècle, ces villes produisent et exportent leurs propres produits de manière indépendante, sans dépendre de Genève.
Les horlogers suisses trouvent leurs clients sur les salons organisés en Suisse et à l’étranger en y envoyant des représentants, ce qui donne immédiatement aux marques horlogères suisses une dimension et une renommée internationales. L’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Hollande, la Belgique, la Russie ou les Etats-Unis sont de bons clients. A noter qu’au moment du blocus continental et de l’annexion de la Suisse décrétée par Napoléon Bonaparte en 1798 pour cinq ans, ce commerce international et la production suisse connurent une période de faiblesse.
Une montre sur deux
Plus tard, à partir du milieu du XIXe siècle, les États-Unis ont commencé à normaliser les montres. Et l’idée séduit immédiatement les horlogers suisses. Les artisans continuent à produire une horlogerie soignée pour les montres de luxe, tandis que la production mécanisée pour les montres de série et bas de gamme apparaît. Au fil des années, l’industrie suisse s’est ainsi développée en jouant sur ces deux tableaux d’horloges d’exception et d’horloges plus abordables.
Il y a 50 ans, une montre sur deux dans le monde était fabriquée en Suisse !
Cependant, dans les années 1970, les Japonais ont inventé des montres à quartz moins chères, plus précises et moins compliquées que les montres mécaniques suisses. En 1969, le fabricant japonais Seiko présente la première montre à quartz.
La Seiko Quartz Astron-35SQ est la première montre-bracelet à quartz introduite en 1969. © Free
L’industrie suisse a beaucoup souffert : on l’a appelée la « crise du quartz ». Pour se remettre de ce nouveau coup dur, les Suisses décident alors de naviguer dans la réputation prestigieuse qui les caractérisent et décident de développer des montres de plus en plus chères… L’industrie horlogère suisse choisit donc de rester liée à la technologie traditionnelle des montres mécaniques et de se spécialiser dans le marché du luxe, tandis que les entreprises asiatiques fournissent l’essentiel de la production horlogère mondiale après avoir introduit le mouvement à quartz et les affichages numériques.
40 millions d’euros pour une montre
En 2019, la montre-bracelet la plus sophistiquée au monde et qui a nécessité plus de 100 000 heures de travail, s’est adjugée 28,2 millions d’euros. La Grandmaster Chime 6300A-010 créée par la marque Patek Philippe était à l’époque la plus chère du monde.
La montre-bracelet suisse la plus sophistiquée au monde a nécessité plus de 100’000 heures de travail par les artisans de Patek Philippe. © Patek Philippe
Aujourd’hui, le diamantaire britannique Graff détient le record avec sa montre “Hallucination” : sertie de 110 carats de diamants de couleur extrêmement rares, elle est proposée au prix de 40 millions d’euros…
La montre “Hallucination” du diamantaire Graff est proposée pour 40 millions d’euros. © Graff Diamants