COP27 : comment le sort du prisonnier politique Alaa Abdel Fattah, embarrassant pour l’Egypte, a été invité au sommet sur le climat

Ce n’était pas dans l’émission. Le sort d’Alaa Abdel Fattah, prisonnier politique en grève de la faim depuis de longs mois, est devenu un sujet de grande inquiétude lors de la COP27 à Charm el-Cheikh, embarrassant les autorités égyptiennes. Emblématique, son cas est loin d’être isolé : trois journalistes ont entamé lundi 7 novembre une grève de la faim pour exiger “la libération de tous les prisonniers d’opinion en Egypte”, plus de 60.000 personnes, selon la chanson. Franceinfo revient sur son histoire.

Sa famille n’a reçu aucune preuve de la vie d’Alaa Abdel Fattah depuis dimanche.

Alaa Abdel Fattah, 40 ans, est une figure de la révolution de 2011, qui a conduit à la chute du régime d’Hosni Moubarak. Il a été arrêté en 2019 puis condamné en décembre 2021 à cinq ans de prison pour “diffusion de fausses informations” pour avoir reposté sur Facebook un texte accusant un policier de torture. Cette condamnation est la dernière d’une longue liste. Depuis 2013, il a passé sept ans en prison sous Hosni Moubarak, son successeur Mohamed Morsi et l’actuel chef de l’Etat Abdel Fattah al-Sissi.

À l’approche de la COP27 à Charm el-Cheikh, il a complètement arrêté de manger mardi dernier et de boire dimanche. Sa famille est inquiète : depuis dimanche, il n’a reçu aucune preuve de vie.

Depuis le 2 avril, Alaa Abdel Fattah, l’énigme du président Sissi, ne boit qu’un verre de thé et une cuillerée de miel par jour dans sa prison de Wadi al-Natroun, au nord-ouest du Caire. Le même mois, il avait obtenu la nationalité britannique, grâce à sa mère, Laila Soueif, née au Royaume-Uni.

La communauté internationale demande la clémence

L’ONU, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Etats-Unis… La liste des dirigeants mondiaux préoccupés par le sort du détenu ne cesse de s’allonger. Mardi 8 novembre, le chancelier allemand Olaf Scholz a demandé au Caire de le libérer de prison pour éviter “une issue fatale” à sa grève de la faim. “Sa vie est en grand danger”, a averti le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk. “Nous restons préoccupés par le sort et la santé d’Alaa Abdel Fattah et l’avons dit au gouvernement égyptien à plusieurs reprises”, a déclaré à l’AFP un porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche.

Plus tôt, le Premier ministre britannique Rishi Sunak, le président français Emmanuel Macron et le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres ont discuté du cas du militant pro-démocratie de 40 ans avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Rishi Sunak dit qu’il considère Alaa Abdel Fattah “une priorité” et appelle à ce que son cas “soit résolu le plus rapidement possible”. Emmanuel Macron assure que Sissi s’est “engagé” à ce que la santé d’Alaa Abdel Fattah soit “préservée”.

La société civile fait également pression. “Il ne reste plus beaucoup de temps, au plus 72 heures, pour libérer Alaa Abdel Fattah. S’ils ne le font pas, cette mort sera dans toutes les discussions à la COP27”, a prévenu dimanche la secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard. . “Nous devons libérer toutes les personnes détenues pour avoir simplement exercé pacifiquement leurs droits humains, y compris Alaa Abdel Fattah”, a tweeté la militante écologiste Greta Thunberg. A quelques jours de la COP, une quinzaine de lauréats du prix Nobel, dont les Français Annie Ernaux et Patrick Modiano (littérature), ont écrit aux organisateurs pour demander sa liberté.

Les autorités égyptiennes embarrassées

Signe que la question est sensible dans un pays régulièrement pointé du doigt pour ses violations des droits de l’homme, la conférence de presse à la COP27 de Sanaa Seif, sœur d’Alaa Abdel Fattah, a été interrompue par une députée pro-Sissi. Le service de sécurité de l’ONU, organisateur officiel du sommet sur le climat, a dû mettre en avant Amr Darwich qui a tonné : “On parle d’un citoyen égyptien détenu en vertu du droit commun, pas d’un prisonnier politique. N’essayez pas d’utiliser l’Occident contre l’Egypte.” Alaa Abdel Fattah “a attaqué l’armée et la police de son pays”, a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie égyptienne, Sameh Choukri, président de la COP27, est intervenu lundi soir : Alaa Abdel Fattah “bénéficie de tous les soins nécessaires en prison”, a-t-il déclaré à la télévision, ajoutant que l’Egypte ne l’avait pas formellement reconnu. Nationalité britannique. Pour Sanaa Seif, cette « attention » pourrait signifier que son frère sera « gavé ».

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *