“C’est un pari risqué” de choisir le tout électrique, a déclaré à franceinfo mercredi 8 juin Luc Chatel, président de la Plateforme automobile (PFA) et ancien ministre du gouvernement Fillon, entre 2007 et 2012. La PFA regroupe le secteur de la automobile en France (constructeurs, équipementiers, sous-traitants et agents de mobilité) et représente les 4 000 entreprises de la filière automobile (400 000 emplois). Les eurodéputés doivent voter mercredi l’interdiction de la vente de voitures neuves à essence en 2035. C’est l’une des propositions du “paquet climat” de l’Union européenne visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
franceinfo : Êtes-vous prêt pour la fin des moteurs thermiques ?
Luc Chatel : L’industrie automobile a pris ce virage il y a quatre ans avec des résultats extrêmement rapides. En quatre ans, nous avons multiplié par dix la part de marché du véhicule électrique en France. Aujourd’hui, toutes les gammes de véhicules sont électrifiées. En France, on vend aujourd’hui plus de véhicules électriques que de véhicules diesel, alors que jusqu’à récemment le diesel était subventionné. Ce changement a été fait et l’industrie automobile est maintenant sans doute l’une des meilleures solutions incarnées au changement climatique.
Mais 2035 est-elle la bonne date pour arrêter ?
La seule question est de savoir si nous choisissons une solution unique et technologique pour 2035. Face à cette question, nous disons que c’est un pari risqué. Pour le consommateur, la voiture électrique est 50% plus chère qu’une voiture thermique et aujourd’hui, selon une enquête que nous avons menée, 95% des Français pensent que les véhicules électriques sont trop chers. A l’heure où le pouvoir d’achat est un véritable enjeu, n’est-il pas risqué de mettre tous ses œufs dans le même panier et d’avoir la voiture électrique comme solution de mobilité ?
La production de masse de véhicules électriques ne fera-t-elle pas baisser son prix ?
Avec certitude. Les constructeurs et équipementiers travaillent à trouver des solutions pour réduire de 50 % cet écart avec les véhicules non électriques, mais cela prendra plusieurs années, cinq, six, sept ans. Si vous prenez la décision d’arrêter immédiatement les moteurs thermiques en 2035, les usines devront se convertir et le deuxième pari risqué est la capacité d’adaptation du tissu industriel. Ces entreprises ont la capacité de se reconvertir dans l’aéronautique et le médical, mais il leur faudra du temps pour transformer leurs dispositifs industriels et trouver de nouveaux clients.
Ces entreprises n’auront-elles pas le temps d’avoir 13 ans ?
Si vous prenez la décision aujourd’hui, les constructeurs arrêteront immédiatement le développement des moteurs thermiques et la décision de 2035 aura un impact immédiat. Mais personne ne parle de l’effet 360°. Là on raisonne sur l’émission de CO2 à la sortie des pots d’échappement, c’est très bien, mais on ne parle pas du parc de plus de 30 millions de véhicules en France, ou de quoi que ce soit d’autre. Il faut donc mesurer l’impact de ce changement.
Le pire serait que l’industrie automobile et les États européens aient dépensé des centaines de milliards d’euros et qu’au final il n’y ait pas de consommateurs et que techniquement on n’y arrive pas. D’ici 2030, il faudrait sept millions de points de recharge en Europe, ou un million en France, et nous sommes à 60 000. Pour les grandes sorties, il faudrait 70 points de recharge ultra-rapide par station-service sur l’autoroute. Nous en sommes loin.
Que proposez vous?
Nous militons pour une solution qui permette le développement, en parallèle de l’électricité, des hybrides rechargeables, des carburants de synthèse, bref pour qu’on n’ait pas une solution unique.