Publié le 21 juillet 2022 à 14:29 Mis à jour le 21 juillet 2022 à 18:33
“C’est une journée historique, à mon niveau en tout cas. Christine Lagarde n’a pas caché sa satisfaction à l’issue de la réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne, qu’elle préside. Et pour cause : la BCE, qui procédait à son premier resserrement monétaire depuis onze ans, vient de sortir de l’ère des taux négatifs. Une décision prise à l’unanimité des membres du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale.
L’ampleur de la hausse – 50 points de base – est sans précédent depuis la création de l’euro, il y a vingt-deux ans. Ainsi, le taux de dépôt est tombé à 0 %, celui de la ligne de refinancement à 0,50 % et celui de la ligne de prêt marginal à 0,75 %. Enfin, la BCE emboîte le pas à ses principaux homologues, comme la Réserve fédérale américaine et la Banque d’Angleterre, qui ont commencé à normaliser leur politique monétaire au printemps.
Surprendre
La décision a surpris les marchés. La BCE ne pouvait imaginer pire contexte pour une décision aussi cruciale. Il est vrai que l’apparente reprise des exportations de gaz russe via le gazoduc Nord Stream 1 écarte pour l’instant le spectre d’un choc énergétique brutal qui plongerait la zone euro dans la récession. Mais la banque centrale a dû faire face au tremblement de terre provoqué en Italie par la démission du Premier ministre Mario Draghi. Un événement qui a fait bondir les rendements souverains italiens.
Cette forte hausse a toutefois été bien accueillie, même si les spécialistes de la politique monétaire estimaient que l’entité se maintiendrait aux 25 points de base annoncés en juin. Mais, a justifié Christine Lagarde, la forte hausse de l’inflation enregistrée depuis lors – elle est montée à 8,6% en 12 mois, un nouveau record – et la hausse des prix “restera à un niveau anormalement élevé pendant un certain temps”.
Fin du guide avancé
En misant à nouveau sur la prévisibilité et la progressivité pour le resserrement de ses taux, la BCE a renoncé à ce qui était l’un de ses principaux outils de politique monétaire : le “forward guidance” (ou gestion des anticipations des marchés). Les décisions sur le taux d’augmentation seront désormais prises à chaque réunion, sur la base des dernières données disponibles.
« RIP forward guidance. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose au final, mais la crédibilité est un atout important que la BCE doit préserver », a tweeté Frederik Ducrozet chez Pictet. Christine Lagarde, pour sa part, a insisté sur le fait que cette accélération de la hausse ne signifiait pas que la banque centrale visait des taux de référence plus élevés à la fin du processus. “Nous pensons que la BCE va remonter les taux d’intérêt un peu au-dessus de 1%, pour atteindre un taux final de 1,25% que nous considérons plus ou moins neutre”, a déclaré Samy Chaar, économiste à la tête de Lombard Odier.
Bazooka contre la fragmentation
L’option d’une hausse de 50 points de base a également permis d’obtenir l’unanimité du Conseil sur l’autre point fort des annonces de la BCE : la création d’un mécanisme anti-fragmentation. Appelé Transmission Protection Instrument, cet instrument doit permettre de lutter contre une trop grande dispersion des coûts de financement d’un État par rapport au reste de la zone euro afin d’éviter une nouvelle crise de la dette.
La BCE relève par surprise ses taux directeurs
Critères de mise en œuvre : quand intervenir et pourquoi ? -, et les conditions exigées des pays bénéficiaires divisent le Conseil de direction. Le résultat est le résultat d’un compromis. Et si l’information délivrée par la BCE précise les critères d’éligibilité à l’aide, les conditions de son déblocage ont été volontairement laissées dans le flou.
Remarquer
La seule certitude est qu’il ne pourra pas venir résoudre des problèmes essentiellement politiques. Un avertissement de péage en Italie. L’écart (différence de taux d’intérêt) entre l’Allemagne et l’Italie a bondi à 246,5 points jeudi. Très proche des 252 points de base qui avaient déclenché la réunion d’urgence du conseil d’administration en juin dernier.
« L’unanimité de cet instrument est un gage de crédibilité pour la Banque centrale européenne, après les réserves récemment exprimées par la Bundesbank, estime Frank Dixmier, responsable mondial de la gestion obligataire chez Allianz GI. Mais l’éligibilité au TPI repose sur des critères qui convergent tous. vers la notion de discipline budgétaire et d’équilibre macroéconomique, ce qui affaiblira la portée ultime de son bazooka et la volatilité devrait donc se poursuivre dans les spreads.