Analyser. Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’idée que ce grand affrontement géopolitique a contribué à renforcer l’Union européenne (UE), l’OTAN et le partenariat transatlantique a dominé. Ces trois piliers du monde occidental, qui ces dernières années ont multiplié les signes de faiblesse, se sont consolidés avec leurs réponses fortes et solidaires à la menace russe. Mais cette renaissance de la forme pourrait s’opérer, faute de vigilance, au détriment du socle commun de valeurs qui est censé unir l’Occident.
Six ans après avoir engagé une procédure inédite pour “sauvegarder l’État de droit” contre le gouvernement national conservateur polonais du PiS (Droit et Justice), la Commission européenne s’apprête à débloquer 36 milliards d’euros de la relance attendue post-Covid. à Varsovie. Ces fonds avaient été retenus pendant près d’un an en raison du refus du PiS, présidé par Jaroslaw Kaczynski, de se plier aux exigences de la Cour de justice de l’Union européenne visant à faire respecter l’État de droit.
“Fiançailles nuisibles”
Pourtant, les démocrates polonais sont unanimes : malgré le vote d’une loi qui ne semble aller que dans le sens des exigences de la Commission, aucune des trois conditions initialement fixées par Bruxelles n’est remplie. Fruit de laborieuses négociations, l’accord trouvé entre le gouvernement polonais et l’exécutif européen est qualifié de “compromis néfaste” par les défenseurs de la démocratie libérale. Selon eux, aucune des mesures votées n’améliorera l’état de droit dans le pays, et l’approbation de ces solutions de façade pourrait créer un dangereux précédent.
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Pourtant, pour la première fois, la Commission européenne disposait d’un outil de pression efficace pour mettre Varsovie au pied du mur et s’attaquer au cœur des problèmes qui tourmentaient la démocratie polonaise. Cette occasion manquée laisse un arrière-goût amer. La Commission a succombé à la pression géopolitique du moment : avec la guerre en Ukraine, la Pologne est passée du statut de paria européen à celui de partenaire incontournable, jouant un rôle décisif notamment dans la question des livraisons d’armes à Kyiv et ayant accueilli près de 2,5 millions de réfugiés.
Si la guerre a restauré l’image du pays et renforcé sa position politique, la nature kleptocratique et antidémocratique du pouvoir PiS n’a en rien changé.
Le pays, éduqué par son histoire tumultueuse, peut aussi se targuer d’un rôle visionnaire : il s’avère que le parti populiste et réactionnaire qui le dirige a fait preuve de plus de réalisme envers la Russie que la plupart des forces politiques dominantes de la vieille Europe. Les visites du Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki et Jaroslaw Kaczynski à Kyiv le 16 mars, le discours historique du président de l’époque Andrzej Duda au Parlement ukrainien le 22 mai, ont eu un fort impact symbolique, réhabilitant le pays dans son rôle de leader régional.
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