Stephane Cardinale – Corbis via Getty ImagesOmar Sy, avec Hélène Sy et Alassane Diong, enfreint les règles du selfie sur les marches du Festival de Cannes le 18 mai 2022 lors de la projection de “Tirailleurs”
FESTIVAL DE CANNES – Quand un grand-père de 75 ans se met à parler de “djeun’s”, il part souvent avec de bonnes intentions mais est toujours un peu gêné. C’est l’impression laissée par cette 75e édition du Festival de Cannes qui s’achève ce samedi 28 mai.
Car si Vincent Lindon et son jury ont passé une quinzaine de jours à regarder les 21 films en lice pour la Palme d’or – Armaggedon Time de James Gray et La Femme de Tchaïkovski de Kirill Serebrennikov ont attiré notre attention – le gros trop du cinéma avait l’air complètement différent. défi à relever : retrouver une nouvelle jeunesse.
Remplacer Canal+ par France Télévision et Brut pour diffuser ses cérémonies d’ouverture et de clôture, sceller une association avec le réseau social préféré des ados et le paradis des vidéos ultra-courtes TikTok… “C’est clairement un nouveau poste pour rajeunir la marque image du festival, pour ne pas en faire un événement pour les baby-boomers”, a commenté pour Le HuffPost Chloé Delaporte, enseignant-chercheur en socio-économie du cinéma et de l’audiovisuel à l’université Paul-Valéry de Montpellier. Nous sommes donc allés voir ce qui se passait sur place.
Le HuffPost vous propose une série d’articles et de vidéos réalisés depuis Cannes tout au long du festival.
Cannes, le paradis des instagrammeurs
Alors que le cinéaste suédois Ruben Östlund présentait en compétition Triangle of Sadness (Unfiltered, en VF) une satire divertissante sur un duo d’influenceurs à bord d’une croisière de luxe où rien ne se passe comme prévu, des scènes pas si lointaines se jouent dans la vraie vie.
A quelques dizaines de kilomètres du Palais des Festivals, le réseau social Instagram avait investi pendant deux jours dans l’une des résidences les plus chères d’Europe : le Palais Bulles de Pierre Cardin, un OVNI architectural imaginé par l’architecte hongrois Anti Lovagg à la fin . années 1970.
Dans les innombrables halls ou terrasses de ce lieu totalement insolite, plus de 300 influenceurs du monde entier se sont affrontés à coup de selfies et de vidéos. Tout cela a inévitablement fini dans des histoires et des albums sur le réseau social avec peu de rapport avec le 7e art d’ailleurs.
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TikTok, c’est faux
Après avoir abandonné sa collaboration historique avec Canal+ au profit d’un lien surprenant entre le service public (France Télévision) et le média en ligne Brut, le Festival de Cannes avait aussi surpris en scellant une collaboration avec TikTok.
Sauf que pour sa première sur le tapis rouge, la génération “TikTok” s’est privée de smartphones car l’une des règles d’or du festival interdit les photos ou selfies dans les escaliers, réservés aux photographes professionnels. Si Omar Sy s’est vu octroyer un abonnement gratuit le soir de la projection de Top Gun : Maverick, les jeunes créateurs ont dû se contenter de partager les coulisses de leur préparation et les autres moments d’effervescence cannoise.
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Et le nouveau jury TikTok était également bouleversé. A la veille de récompenser les meilleures vidéos de 30 secondes à 3 minutes, Rithy Panh, cinéaste franco-cambodgien et président du jury, a démissionné citant l’insistance de la plateforme à imposer ses propositions.
“Je pense que TikTok a compris ce qu’était un jury et ils ont décidé de prendre du recul et de nous offrir notre indépendance”, a finalement déclaré le réalisateur au HuffPost en réintégrant le jury.
Mais si la remise des prix TikTok Palms a finalement eu lieu, c’est en l’absence notoire de Thierry Frémeaux, le directeur général du Festival de Cannes, dont la présence était pourtant annoncée depuis des semaines.
Regardez notre interview avec Rithy Panh, président du jury TikTok :
Pour ou contre Netflix ? Personne n’est d’accord à Cannes
L’autre mouvement emblématique de ce Festival de Cannes est le changement de présidence. Iris Knobloch, avocate de renommée internationale avec une longue carrière dans le cinéma, également première femme à présider ce festival, succèdera à Pierre Lescure pour les trois prochaines éditions.
Loin des profils de ses prédécesseurs, Iris Knobloch a passé l’essentiel de sa carrière chez Warner, l’un des principaux studios américains, où elle a surtout préparé le lancement de HBO Max en Europe. Donc, inévitablement, cela augure bien du changement. Avec l’idée sur toutes les lèvres que les films créés et diffusés sur les plateformes de streaming peuvent (ré)entrer à Cannes.
Alors que de grands auteurs n’hésitent plus à frapper les plateformes (Scorsese ou Jane Campion sur Netflix, bientôt Ridley Scott sur Apple…) et que leurs films réussissent à la Mostra de Venise ou aux Oscars, on a demandé aux festivaliers ce qu’ils en pensaient. de la mesure stricte qui interdit actuellement les films Netflix ou Amazon concurrents. Et leurs avis sont très partagés.
Voyez ce qu’ils en pensent ci-dessous :
Cannes fête le cinéma, mais la fréquentation des salles n’augmente pas
Derrière ces changements hésitants, parfois maladroits, se cache un objectif final. Avec le rajeunissement de son public, le Festival de Cannes – largement soutenu par des fonds publics – espère aussi rajeunir, à son tour, “le public du cinéma en amenant les plus jeunes dans les salles”, analyse pour Le HuffPost Chloé Delaporte, auteure du livre Les Culture de récompense. : concours, festivals et récompenses cinématographiques.
Une intention confirmée par la nouvelle ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, nommée le 20 mai et qui est descendue à Cannes pour l’un de ses premiers déplacements officiels. Après avoir rencontré “tous les représentants de l’industrie cinématographique”, le voisin de la rue de Valois a confié à BFMTV que l’enjeu est d’amener une nouvelle génération dans les salles pour les années à venir, et pas seulement là en début de parcours. pour sauver l’année 2022″.
A l’heure où le cinéma en salles vieillit, accéléré par les deux ans de crise du Covid et chargeant toute la concurrence des séries et du streaming, les exploitants que nous avons interrogés à Cannes décrivent le Festival comme “une parenthèse” alors que près d’un Français sur deux personnes (48%) avouent être moins souvent retournées au cinéma depuis la réouverture des cinémas.
Voir notre reportage ici :
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