Maltraitance des enfants : Le Conseil d’Etat annule une sanction contre un médecin qui a refusé de garder le silence

Le Conseil d’Etat a levé lundi une interdiction temporaire d’exercice de la médecine prononcée par l’Ordre des médecins à un pédopsychiatre de Toulouse pour avoir signalé des soupçons de mauvais traitements à un juge des enfants. Cette affaire illustre l’insécurité juridique à laquelle sont confrontés les médecins qui signalent des soupçons d’abus ou d’inceste, qui peuvent être poursuivis par l’ordre des avocats et le parent soupçonné d’abus.

La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a appelé fin mars à protéger les médecins “protecteurs” des poursuites disciplinaires. Le Dr Eugénie Izard avait été condamnée en décembre 2020 à une suspension de trois mois de l’exercice de la médecine pour avoir fait un signalement sur un patient de 8 ans qu’elle suivait, au juge des enfants – et pas seulement au parquet.

Son père l’avait poursuivi devant le conseil de l’ordre

Prétendument maltraité par le père, le pédopsychiatre adresse un premier signalement en octobre 2014 au parquet, puis un second signalement en mars 2015 au parquet, ainsi qu’au juge des enfants chargé de la protection de l’enfance. Le père du garçon avait dénoncé le pédopsychiatre en 2015 au conseil de l’ordre. Elle a été sanctionnée en décembre 2020 pour violation du secret professionnel et “ingérence dans les affaires familiales”.

« La seule circonstance que ce rapport ait été transmis au juge des enfants (…) ne peut, à elle seule, alors que le juge des enfants était déjà soumis à la condition de non-respect de la situation de ce mineur, caractériser une atteinte » à l’ordre public code de la santé, a indiqué lundi le Conseil d’Etat dans sa décision.

“La décision du 10 décembre 2020 de la chambre nationale de discipline de l’ordre des médecins est annulée” et “l’affaire est renvoyée devant la chambre nationale de discipline de l’ordre des médecins”, poursuit-il. “Les médecins doivent signaler nos soupçons d’abus au juge chargé de la protection de l’enfance”, a répondu le Dr Izard, se disant “satisfait” à ce stade.

Seuls 5% des abus sexuels sur enfants signalés par les médecins

“Mais il est tout de même susceptible d’être condamné pour ingérence dans les affaires familiales, accusé d’avoir aidé sa mère à reconnaître la maltraitance”, a précisé le pédopsychiatre, également président du Réseau des professionnels de la protection de l’enfance et de l’adolescence (Reppea). ). Il avait confié au Parisien qu’il payait “le prix de son engagement”

Environ 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, majoritairement d’inceste, chaque année en France. Soumis au secret médical, avec des risques de poursuites disciplinaires, les médecins ne sont à l’origine que de 5% des signalements de maltraitance d’enfants.

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