Des chercheurs britanniques s’alarment de perdre l’accès au programme Horizon Europe

Le monde de la recherche britannique vit de l’apnée depuis décembre dernier. “Nous nous rendons compte que malgré tout notre engagement, l’accord pour notre poursuite dans le programme Horizon Europe ne sera pas signé”soupire Vivienne Stern, présidente d’Universities UK International, qui représente les universités britanniques à l’étranger. “Ce n’est rien de moins qu’une tragédie.”

Lors des négociations du Brexit, le Premier ministre Boris Johnson et son ministre de la Sortie de l’Union européenne, David Frost, ont négocié durement pour préserver l’accès au programme de recherche de l’Union européenne, doté de 95,5 milliards d’euros. Aujourd’hui, cependant, tout est remis en question. En décembre 2021, la Commission européenne a refusé de signer le protocole officialisant l’association du Royaume-Uni avec Horizon Europe, en représailles au projet britannique d’amender unilatéralement le protocole sur l’Irlande du Nord, inclus dans l’accord sur le Brexit. En fait, l’ambassadeur de l’UE à Londres, Joao Vale de Almeida, a récemment admis que le secteur scientifique britannique pourrait être “victime de l’impasse politique”. C’est ce qu’a confirmé mardi à Strasbourg la commissaire européenne à l’innovation et à la recherche, Mariya Gabriel : “Les négociations avec le Royaume-Uni sont liées à l’accord politique [sur le protocole nord-irlandais]”. L’Union veut établir un partenariat avec Londres dans le domaine de la recherche, “mais qui respecte les règles, avec des droits et des obligations”.

Incertitude nuisible

Aux côtés de Londres, le statu quo n’est cependant pas envisageable à court terme. “L’option la plus probable est que le gouvernement britannique mette en œuvre le plan alternatif Horizon, développé en coulisses”croiser Vivienne Stern. “En fait, il y a un réel sentiment d’urgence . La Il n’est pas envisageable de ne pas utiliser le budget de 15 milliards de livres (17,5 milliards d’euros, ndlr) prévu pour Horizon, dont 2 milliards de livres dès cette année, car cela représente une part énorme du budget de la recherche. Ce n’est pas qu’une question de budget : toute cette incertitude nous fait beaucoup de mal. »

Le commissaire Gabriel s’en souvient “Nous avons fait le nécessaire pour la communauté scientifique avant d’en arriver là, des mesures transitoires ont été mises en place, ce que les appels [à projet] tous étaient ouverts à la communauté scientifique. Nous avons fait en sorte qu’ils puissent postuler jusqu’au bout pour Horizon 2020 (le programme auquel Horizon Europe a succédé en 2021, ndlr) dont les projets ne s’arrêteront pas en 2020”. Des chercheurs britanniques, ajoute le Bulgare, “vous pouvez demander des invitations à des projets” pour Horizon Europe, mais le financement n’interviendra toutefois qu’une fois l’accord de partenariat finalisé.

Plusieurs enquêteurs britanniques ont déjà payé le prix du blocus de la Commission européenne. “Nous avons reçu une lettre nous félicitant pour l’attribution d’une subvention de 8 millions d’euros du programme Horizon pour un projet sur le paludisme”témoigne le professeur Chris Drakeley de la London School of Hygiene and Tropical Medicine. “Nous étions ravis, notamment parce qu’il avait été difficile d’établir des partenariats en Afrique. Et deux jours plus tard, nous avons reçu une nouvelle lettre nous informant que le Royaume-Uni n’était plus éligible.” Une vraie douche froide.

Londres prépare un plan B.

Dès lors, le risque de voir le Royaume-Uni subir une fuite des cerveaux en raison de cette incertitude est bien réel. C’est pourquoi le ministre des Sciences, George Freeman, a mis en garde dans un discours prononcé le 8 juin devant la représentation britannique à Bruxelles contre “collaborations mondiales” disponible au Royaume-Uni et la possibilité de lancer un programme de financement similaire à Horizon Europe. “Si l’UE ne veut pas des 15 milliards de livres sterling que nous avions mis de côté, nous ferons plus au-delà de l’UE, avec d’autres pays.”a rapporté depuis.

Ces derniers mois, le gouvernement britannique a signé des accords de coopération scientifique avec la Suisse, qui s’est également vue refuser l’accès à Horizon Europe après avoir conclu des négociations pour un accord institutionnel avec l’Union, mais aussi avec la Suède (État membre de l’UE), la Corée du Sud et Singapour.

La tentation de recourir sérieusement à l’Asie, leader dans de nombreux secteurs, est évidemment grande. D’autant que cette option serait pleinement alignée sur Global Britain, la doctrine diplomatique développée par Boris Johnson, qui cherche à regarder au-delà des amitiés traditionnelles et naturelles du pays, c’est-à-dire hors de l’Europe.

Appel à la Commission

Poussés par un dernier espoir, plusieurs responsables d’organisations académiques britanniques et suisses réunies au sein de l’organisation Stick to science (“Stick to science”) ont adressé, mercredi 22 juin, une lettre commune à la présidente de la Commission Ursula von der Leyen lui demandant de ” débloquer le processus d’association du Royaume-Uni et de la Suisse à Horizon Europe”. Avec le soutien de plus de 200 scientifiques de toute l’Europe, la campagne anglo-suisse rappelle que “notre avenir collectif sera plus pauvre avec moins de collaboration scientifique” et qu'”il n’y aura pas de vainqueur politique si ‘l’association échoue’. En fait, “les relations politiques peuvent être guéries, mais l’impact de la fragmentation actuelle de la recherche continuera à se faire sentir pendant des décennies”.

Vivienne Stern, dont l’organisation fait partie des signataires, ne veut pas résoudre cette séparation. “Ce serait un mouvement d’automutilation. Surtout parce que nous avons besoin d’une coopération à grande échelle pour faire face à la concurrence d’énormes systèmes comme les États-Unis et la Chine.”

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