Elle est présidente de l’association Grandir Trans et mère de deux enfants, dont un garçon trans, que j’écris aujourd’hui, accompagnée de militants engagés, intellectuels, chercheurs, enseignants, sociologues, psychologues et psychiatres qu’ils accompagnent en tant que parents, et en l’absence de politiques publiques, pour accompagner nos enfants dans la bienveillance de leurs sentiments de genre et le respect de leur identité.
Mon fils n’a jamais ressemblé à une fille, il ressemble à un garçon, mais il ne se sent pas toujours bien dans son corps et souffre de ne pas être reconnu comme tel par la société. J’ai donc décidé de respecter son identité de genre et de bien vouloir la soutenir dans son autodétermination. C’est le prédicat de toutes les familles représentées par l’association Grandir Trans.
J’écris au nom des parents avec qui je parle, lis et réponds depuis cinq ans. Ils représentent actuellement 1 300 familles, dont la priorité est le bonheur et le développement de leur enfant ; ce qui implique de soutenir et de défendre leurs droits et leur identité de genre.
Harcèlement scolaire et violence administrative
Nous écrivons aussi aujourd’hui pour répondre à un harcèlement institutionnel que nous voyons apparaître (et qui s’ajoute à tous les harcèlements que vivent nos enfants) qui tend à nous handicaper, à nous pathologiser, à nous enlever le droit d’élever et d’éduquer nos enfants comme tout le monde . enfants. Elle s’exprime à travers les discours et les pratiques de certains médecins, psychanalystes, psychiatres, intellectuels, parfois représentés par des associations proches des mouvements identitaires d’extrême droite et s’exprime à travers les médias et l’appel fondateur. La question du mariage homosexuel étant close, les mêmes associations réactionnaires qui ont organisé la Manif pour tous se dirigent maintenant vers une nouvelle lutte, contre les enfants trans et leurs familles.
Nous devons réaliser ce que vivent nos enfants : psychiatrie précoce et pathologisation ; intimidation; rejet et exclusion des voyages de classe ; moquerie, négation de l’existence parfois dans les mots mêmes d’enseignants qui, en ne respectant pas les programmes, abordent la transidentité sous une définition pathologisante. (“trouble de l’identité”) ; pensées transphobes humiliantes (“Non, j’aimerais que ce soit une vraie fille qui conduise votre partenaire à l’infirmerie”) ; nouvelles discriminations dans la répartition entre filles et garçons (mon fils devait s’habiller dans les toilettes sportives). L’exclusion et la stigmatisation sont implacables.
Au harcèlement scolaire, il faut ajouter la violence des administrations publiques envers les enfants trans et leurs familles. On l’appellera toujours lady par son prénom masculin, jusqu’à sa majorité. Il devra alors défendre son existence et prouver qu’il est bien un enfant, et ce devant un tribunal pour avoir ses pièces d’identité.
Droit d’explorer son propre genre
Au cours de ce voyage, nos enfants se lancent dans une exploration du genre de leur enfance. S’ils ont la chance de grandir dans une famille aimante qui accepte leur processus d’autodétermination de genre, les enfants pourront parler ouvertement de leurs sentiments et chercher des solutions avec leurs parents à la souffrance psychologique et sociale d’être un enfant différent. dans une société binaire et normative.
Pour certains enfants, le traitement avec des bloqueurs de la puberté qui inhibent la production d’hormones peut être une aide psychologique et physique importante pendant l’adolescence, lorsque les enfants connaissent le début des règles ou des changements corporels anxieux. À la fois décriés et pointés du doigt par des personnalités conservatrices, les inhibiteurs hormonaux ne causent pas de dommages irréversibles à la santé des enfants. En fait, ils ne sont pas seulement utilisés pour les enfants trans : lorsqu’une fille cisgenre (selon son sexe attribué à la naissance) commence sa puberté tôt, on peut lui proposer des bloqueurs sans examen psychiatrique. Dans un pays où la pilule contraceptive et les bloqueurs sont prescrits aux jeunes filles en début de puberté ou en difficulté dans le cycle sans discussion, nous dénonçons la discrimination et la psychiatrie dont souffrent nos enfants trans quand ils ont besoin de bloqueurs.
Depuis que je suis président de l’association Grandir Trans, je suis confronté au désordre des parents que nous sommes. Il est clair que, malheureusement, nous sommes tous confrontés aux mêmes problèmes que je me transmets aujourd’hui :
– Un réel manque de soutien et d’aide lors du départ de l’enfant, un trouble indéniable dans le sens du chemin à suivre.
– Accès difficile et long aux structures spécialisées pour les enfants trans avec des délais d’attente qui dépassent parfois dix-huit mois. Ce qui est insupportable (voire criminel), vu la détresse psychologique de nos enfants vivant le sexe assigné.
– Propositions de thérapies de conversion par des psychanalystes qui nous invitent à considérer nos enfants malades ou ayant des troubles du comportement. Je vous rappelle que la transidentité n’est pas une maladie. Elle n’est plus considérée comme telle en France depuis 2010, et l’Organisation Mondiale de la Santé l’a retirée des maladies psychiatriques en 2019. Je rappelle également que les thérapies de conversion sont interdites et condamnées. Probablement, ces développements expliquent aussi les changements sociaux qui permettent aux jeunes trans mineurs de s’exprimer. En fait, il serait plus sain, pour la santé mentale de nos enfants, d’arrêter de les stigmatiser en utilisant un vocabulaire pathologique, comme nous y sommes invités par certains personnels de santé (endocrinologues, psychiatres, médecins), contrevenant ainsi à la loi.
– Une disparité des territoires en France pour les délais ou le droit de changer le prénom de nos enfants.
– Demandes d’information des écoles en raison du manque de formation des personnels de l’Education Nationale.
– Certains enfants abandonnent l’école en raison de souffrances excessives et de l’incapacité des établissements à traiter les questions d’identité de genre.
Garantir un accompagnement de qualité
Nous sommes beaucoup de parents au sein de l’association à être stigmatisés, psychiatrisés, comme les membres de la famille de la petite Lilie qui, faute d’avoir voulu faire connaître le refus du changement de nom pour aider leur fille, doivent se soumettre, en vertu de la décision. d’un juge aux affaires familiales, une expertise psychiatrique. Son seul défaut est de vouloir accompagner son enfant dans ses sentiments de genre.
Je me pose aujourd’hui la question au nom de tous les parents que je représente : au nom de qui la libre expression de genre de l’enfant peut-elle être réprimée ? Quel nom donner à l’ordre moral ainsi altéré ?
Nous sommes comme tous les parents aimants et solidaires, nous voulons et attendons avec impatience le bonheur et l’épanouissement de nos enfants dans une société de devoirs, bien sûr, mais aussi de droits. L’humanité est faite de diversité, dans cette diversité il y a des enfants selon leur genre assigné à la naissance, d’autres en questionnement de genre, même trans ou non binaires, et d’autres enfants intersexués (qui ne peuvent être assignés à aucun genre et sont souvent soumis à violences et mutilations médicales). La famille est le lieu de sécurité affective qui doit permettre aux enfants de trouver leur chemin et de se soutenir pour évoluer dans notre société. Ils ont autant le droit d’être que n’importe quel enfant, le droit à une éducation sécurisée, le droit de s’exprimer et d’exister sans être accusé d’être le résultat d’une “épidémie transgenre”.
C’est pourquoi nous revendiquons aujourd’hui le droit en tant que parents d’accompagner nos enfants dans leur identité de genre dans de bonnes conditions : avec des professionnels de santé formés, des espaces pour que nos enfants puissent parler et vivre en toute sécurité.
Nous rejetons les discours qui, de peur de voir basculer notre ordre binaire sous prétexte d’un “approche éthique” nourrir la transphobie et empêcher le développement des enfants qui évoluent malgré eux. Nous avons le devoir (et la légitimité) de protéger nos enfants, de les accompagner et de représenter leurs droits face à la désinformation et à la violence médiatique, médicale et réactionnaire qui remet en cause leur propre existence.
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Nous appelons à la formation d’une très large alliance de psychologues, psychiatres, médecins, enseignants… ainsi que d’associations et de personnes transféministes, intersectionnelles, gays, lesbiennes, transgenres, queer, intersexuées, handicapées et personnes… pour défendre les droits. des enfants, de tous les enfants, cisgenres, transgenres et intersexués, à leur libre expression de genre et au droit de leurs familles de les soutenir, de les aimer et de les accompagner.
Parmi les signataires :
Karine Espiñeira sociologue, Université Paris-VIII ; Claire Vandendriessche co-secrétaire général du Trans Health Network; Agnès Condat pédopsychiatre, coordinatrice de la plateforme Trajectoires trans : enfants, adolescents et jeunes, Sorbonne Université, GH Pitié-Salpêtrière ; Anaïs pour l’association OUTrans ; Agir Paris ; le Réseau Santé Trans …