Les gazoducs Nord Stream 1 et 2 reliant la Russie à l’Allemagne sont touchés par des fuites depuis lundi. Plusieurs dirigeants y voient un sabotage, dont l’Ukraine accuse la Russie d’être responsable.
Les gazoducs Nord Stream 1 et 2, qui relient la Russie à l’Allemagne sous la mer Baltique, sont victimes depuis lundi de fuites possiblement liées à des explosions. Les deux gazoducs, exploités par un consortium dépendant du géant russe Gazprom, ne sont pas opérationnels en raison des conséquences de la guerre en Ukraine, mais étaient remplis de gaz.
• Fuites dans deux gazoducs différents
Lundi, des fuites de gaz ont été détectées dans le gazoduc Nord Stream 2, qui relie la Russie à l’Allemagne mais n’a pas été mis en service. Juste avant l’annonce de cet incident côté danois, le ministère allemand de l’Economie avait annoncé qu’il enquêtait sur une “chute de pression” imprévue et rapide dans le gazoduc Nord Stream 2.
Mardi matin, le gazoduc Nord Stream 1 a été touché par deux fuites de gaz, ont rapporté les autorités danoises. Les trois fuites majeures détectées depuis lundi se situent sur l’île danoise de Bornholm, entre le sud de la Suède et la Pologne. Ils sont visibles en surface avec des bulles allant de 200 mètres à 1 kilomètre de diamètre, a annoncé mardi l’armée danoise, images époustouflantes à l’appui.
A l’instar de la fuite constatée la veille dans le Nord Stream 2, des mesures de sécurité ont été prises. Nord Stream 1 a été mis en service en 2012 et Nord Stream 2 n’a jamais été utilisé.
Le gouvernement danois estime que les fuites du pipeline devraient durer “au moins une semaine” jusqu’à ce que le méthane s’échappant des conduites sous-marines soit épuisé.
• Explosions sous-marines détectées
Mardi, un institut sismique suédois a indiqué que deux explosions sous-marines “probablement dues à des détonations” avaient été enregistrées près des sites des fuites du gazoduc Nord Stream 1 et 2 peu avant leur détection.
Un premier « dégagement massif d’énergie » d’une magnitude de 1,9 a été enregistré dans la nuit de dimanche à lundi à 02h03 au sud-est de l’île danoise de Bornholm, puis un autre de magnitude 2,3 à 19h04 lundi soir dans le nord-est de l’île. , a déclaré à l’AFP Peter Schmidt du Réseau sismique national suédois.
L’Institut sismologique indépendant de Norvège (Norsar) a confirmé après avoir également enregistré “une petite explosion” lundi matin et une autre “plus puissante” lundi soir, qu’il soupçonne d’être délibérée.
Les différents gazoducs qui acheminent le gaz de Russie vers l’Europe © BFMTV
• La Russie accusée de sabotage
Ces explosions, ajoutées aux fuites, dans un contexte géopolitique et énergétique tendu, ont immédiatement fait naître des soupçons de sabotage.
“C’est une explosion d’importance. C’est tentant de penser que c’était le travail de quelqu’un qui savait ce qu’il faisait”, a déclaré à l’AFP Anne Strømmen Lycke, directrice de Norsar.
Le Premier ministre danois ne pense pas différemment. “La vision claire des autorités est qu’il s’agit d’actes délibérés. Nous ne parlons pas d’un accident”, a déclaré mardi soir Mette Frederiksen. Il a ajouté qu’il n’avait aucune information sur les responsables de l’incident.
La conclusion de Copenhague repose principalement sur le fait que les trous par lesquels s’échappe le gaz sont “trop grands” pour être de cause accidentelle et qu’ils ont été causés “par des détonations”, a expliqué le ministre de l’Energie Dan Jørgensen.
De fait, l’Ukraine a très vite accusé la Russie, par la voix du conseiller présidentiel, Mykhaïlo Podoliak. Il a dénoncé sur Twitter un “attentat terroriste planifié” par la Russie “contre l’Union européenne”.
Le porte-parole du Kremlin s’est dit “extrêmement préoccupé” par les fuites, et a affirmé mardi qu'”aucune” hypothèse, y compris de sabotage, ne devait être écartée.
• Un gazoduc au centre des tensions géopolitiques
Construit en parallèle du gazoduc Nord Stream 1, le gazoduc Nord Stream 2 était destiné à doubler la capacité d’importation de gaz russe en Allemagne. Mais son lancement imminent a été suspendu par l’Allemagne en raison de l’invasion russe de l’Ukraine.
Gazprom a également progressivement réduit les volumes de gaz fournis par Nord Stream 1 jusqu’à la fermeture complète du gazoduc fin août, accusant les sanctions occidentales de retarder les réparations nécessaires du gazoduc. Avant le début de la guerre, l’Allemagne importait 55 % du gaz consommé de Russie. C’était encore le cas pour 26% du gaz consommé fin juin, selon le site du gouvernement allemand.
Au niveau européen, ces gazoducs sont le symbole de la dépendance énergétique de la Russie. “En 2020, l’UE était principalement dépendante de la Russie pour ses importations de pétrole brut, de gaz naturel et de combustibles fossiles solides”, souligne l’institut statistique Eurostat. L’Ukraine s’est également opposée au projet Nord Stream 2, le considérant comme une « arme géopolitique » pour la Russie.