Avec “Tori et Lokita”, les frères Dardenne perturbent une nouvelle fois le Festival de Cannes

Ce mardi après-midi du 75e Festival de Cannes, la magie de Dardenne a de nouveau opéré avec Tori et Lokita, un drame vibrant qui nous plonge au cœur du secret, une réalité invisible aux yeux de la société belge. Il s’agit du dixième film présenté par des cinéastes liégeois à Cannes et le neuvième en Compétition. On pourrait s’attendre à une forme de fatigue. Et pourtant, les cinéastes liégeois ont encore une fois frappé fort avec leur nouveau film, en lice pour la troisième Palme d’Or, après Rosette en 1999 je Le fils en 2005.

Tori et Lokita il s’ouvre sur une scène d’entrée magistrale, d’une profonde intensité. Devant la caméra, Lokita (Joely Mbundu) est interrogée afin d’obtenir ses papiers. On lui pose des questions très précises sur le Bénin, pour voir si le petit Tori (Pablo Schils), avec qui il est venu en Belgique, est vraiment son frère. La jeune femme semble déstabilisée, elle doute. L’interrogatoire s’arrête. Elle rejoint Tori au centre d’accueil où ils séjournent. On les retrouve un peu plus tard dans les cuisines lugubres d’un restaurant italien, avec le “chef”, pour ceux qui soignent l’herbe et la cocaïne. Lokita espère envoyer de l’argent à sa mère à la maison, mais en même temps elle subit la pression de son passeur (Marc Zinga) pour payer sa dette…

Tension permanente

Certainement avec Tori et Lokita, nous sommes dans l’univers familial des frères Dardenne, celui de la pauvreté et de la précarité à Liège. Et pourtant, les cinéastes parviennent à se réinventer, s’attardant cette fois sur le lien puissant qui unit deux jeunes migrants venus tenter leur chance en Belgique. Deux personnages totalement “Dardennen”, toujours en action, qui n’ont jamais le temps de se reposer ni de réfléchir tant la vie est dure avec eux.

Le point de vue est strict : on ne fera que suivre ces deux êtres dans leurs difficultés quotidiennes à survivre, à tenter de mener une vie digne. Une expérience de faible intensité pour le spectateur. Le film ne dure pas une heure et demie et la tension ne baisse jamais. C’est que, plus que jamais, les Dardenes visent la pureté. Pas de graisse, pas de sentimentalité, Tori et Lokita il est totalement tendu au drame qui va de pair, grâce à une scène magnifiquement construite, où chaque élément s’emboîte comme les pièces d’un puzzle infernal…

Si la réalité décrite par Luc et Jean-Pierre Dardenne est dure, sordide, pas de place pour le voyeurisme chez eux. Si leur cinéma est frontal, naturaliste, ils adoptent un point de vue moral sur leurs personnages, toujours dignes dans leur combat, dans leurs rêves. “Quand j’aurai mes papiers, je ferai ma formation de ménage et nous habiterons tous les deux dans un appartement.”dit Lokita à son petit frère… Mais même les rêves les plus humbles sont difficiles à réaliser quand, clandestinement, elle doit faire face à des pressions constantes de toute part : de l’administration, de la police, du passeur, du trafiquant de drogue, de la famille arrière . maison… La seule humanité pour Tori et Lokita réside dans ce lien fort qui les unit et qui leur a permis de surmonter tant de difficultés…

Très fort, Tori et Lokita il a re-marqué le Festival de Cannes et ne doit pas être ignoré par le jury de Vincent Lindon.

Tori et Lokita Drame Scénario et réalisation Luc et Jean-Pierre Dardenne Photographie Benoit Dervaux Montage Marie-Hélène Dozo Avec Joely Mbundu, Pablo Schils, Marc Zinga, Claire Bodson… Durée 1h28

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