RAPPORT. Grippe aviaire dans le Gers : “Si on n’a pas de canards, 2023 s’annonce très dure”, prévient un éleveur de canards

l’essentiel Détecté dans une ferme d’Aignan le jour de Noël, un cas de grippe aviaire a été confirmé lundi soir, dans le Gers. La présence d’une nurserie dans le périmètre de 3 km est un problème pour la reproduction et donc pour les éleveurs de canards préparés au gavage, comme la famille Pérès à Saint-Michel. Son témoignage fait craindre de nouvelles difficultés pour la profession en 2023.

“Nous étions entre 300 et 400 producteurs de conserves fermières et artisans il y a 40 ans, dans le Gers. Aujourd’hui nous ne sommes plus que 50 agriculteurs à produire du canard. Et avec la grippe aviaire qui vient de frapper Aignan…”.

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Soupirs sur les visages de Philippe, Pierre et Marie-Laure, à quelques heures du déjeuner de fin d’année que la famille Pérès offre aux 20 ouvriers de la ferme Patte-d’Oie, à Saint-Michel, près de Miélan.

La nouvelle d’un cas de grippe aviaire, à 52 km, circulait depuis le jour de Noël. Cela a été confirmé lundi soir. Un coup dur pour l’exploitation familiale qui abrite quatre générations de Pérès. D’autant que l’une des trois plus grandes pépinières du Sud-Ouest jouxte le domaine touché à Aignan. Maxime, le fils de Pierre, veut être philosophe. “C’est comme Covid. Peu importe à quel point vous vous protégez, à un moment donné, vous l’obtenez. Nous ne pouvons pas tout contrôler.”

Les frères Pérès, leur sœur Marie-Laure et leurs enfants ont opté pour l’énergie verte : un méthaniseur en 2021 et des panneaux solaires en autoconsommation qui sont en cours d’installation. MDD-BD

Enclos équipés, bâtiments facilement lavables, et même une pailleuse payée cette année 50 000 € (accessoires compris) pour éviter d’avoir à entrer dans les bâtiments avec le tracteur, la famille Pérès a fait tous les investissements préconisés pour limiter les risques de propagation de la grippe aviaire depuis qu’elle a été touchée à l’hiver 2015-2016. Mais il reste dépendant des producteurs de canetons pour suivre le rythme de 45 000 canards préparés au gavage par an. Donc cette année, il n’a pu en faire que 18 000 à cause des épidémies précédentes. Et ça ne s’améliorera pas en 2023.

Le prix des canetons achetés en 1 jour a doublé en 18 mois

« On reçoit les canetons à 1 jour et on les élève pendant 90 jours. Mais quand les producteurs sont éliminés, il faut 14 mois pour recréer la filière, explique Philippe. Cette année c’était déjà difficile d’en trouver avec l’élevage d’éleveurs très touchés. dans les Deux-Sèvres et en Vendée. Des canetons qui valaient moins de 2 € la tête il y a un an et demi, il fallait débourser jusqu’à 4 € pour les avoir. A tel point que le canard prêt à engraisser se vendait 13 € 50 Il y a 18 mois, on devait le mettre à 18€ pour faire la même marge, mais maintenant, avec l’abattage autour d’Aignan, ce sera pire, si les éleveurs sont éliminés on n’aura pas d’animaux avant 9 à 10 mois en arrière. 2023 s’annonce très difficile.”

Dans les bâtiments se trouvent encore des canards préparés au gavage qui ont pu se reposer dans l’espace ombragé de 30 ha de la ferme avant le confinement décrété mi-novembre. Avec les deux autres lots de canetons depuis leur retour, la famille Perez devrait avoir des canards prêts à nourrir les dix producteurs qui y travaillent jusqu’à fin février ou début mars. Mais alors?

Pour l’instant, il ne s’agit pas de faire la soupe avec une grimace. Pierre n’a pas oublié qu’il était un cuisinier exceptionnel avant de s’associer à son frère et sa sœur jumeaux. Les derniers clients de la boutique étant partis, il est temps de se mettre à table.

Marie-Laure Pérès, sœur de Philippe et Pierre, s’occupe de la comptabilité et de la boutique. MDD-BD

Mais Philippe est inquiet, d’autant que la facture énergétique va quadrupler d’ici 2023. Comme son frère, il a tendance à voir le verre à moitié plein. Alors, à la vue de la solide tranche de foie gras maison généreusement étalée dans les assiettes, pensez avec fierté au travail accompli. Près de 7 000 arbres, dont de nombreux arbres fruitiers, ont été plantés sur la ferme depuis 1991 pour capter les nitrates et fabriquer du BRF, qui procure une couverture chaude aux canards en hiver. Des arbres qui fournissent également de l’ombre et de la nourriture aux canards, permettant d’économiser 1 à 4 kg de nourriture par tête selon la saison. Il y a aussi le méthaniseur, qui permet d’économiser 20 tonnes de gaz par an depuis 2021, grâce à la chaleur produite par la cogénération.

Attendre, attendre que les panneaux solaires d’autoconsommation – en cours d’installation – complètent le système de cette ferme résolument éco-responsable, c’est la seule chose que la famille Pérès sait faire.

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