Un moustique tigre (Aedes) en Espagne. ROGER ERITJA / BIOSPHOTO
Les moustiques Aedes terrorisent une grande partie de la planète. Ses piqûres entretiennent des épidémies mondiales aussi redoutables que celles de la fièvre jaune, de la dengue, du zika ou encore du chikungunya. En s’attaquant successivement à une personne déjà infectée puis à une personne saine, celles-ci – ou plutôt, car seules les femelles piquent – sont les seuls vecteurs de ces maladies.
Avec des dizaines de milliers de morts à son actif chaque année, et des millions de malades, le genre Aedes et ses différentes espèces (aegypti, albopictus, etc.) sont sur le podium des pires tueurs, derrière les anophèles, moustiques porteurs du paludisme.
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Cependant, les Aedes auraient de quoi plaider non coupable. En janvier 2022, une équipe de l’Institut de recherche et de développement de Montpellier (IRD, Mivegec), dirigée par Julien Pompon, montrait qu’une fois infecté par le virus de la dengue, l’animal perdait une partie de sa raison. Il multiplie les attaques, pique et transplante les mêmes hôtes, augmentant le risque de transmission de l’agent pathogène. L’abolition, ou du moins l’atténuation du discernement, pourrait faire avancer la défense.
Odeur corporelle altérée
Un article paru le 30 juin dans le magazine Cell proposera à ses avocats un nouvel argument : la manipulation. Une équipe chinoise vient de montrer que les flavivirus (responsables de la dengue et du Zika), lorsqu’ils infectent un humain ou une souris, modifient l’odeur corporelle et les rendent irrésistibles pour les insectes. Aucun meurtre n’est donc qu’un crime passionnel.
Pour le prouver, des scientifiques chinois ont d’abord proposé à différentes espèces d’Aedes de choisir entre une souris infectée et une souris saine. Sans hésiter, ils ont tous opté pour des rongeurs malades, la dengue comme Zika. Le même résultat a été observé avec des sécantes imprégnées de sueur humaine.
L’équipe chinoise a découvert que chez les souris malades, les peptides sont plus rares et les bactéries prospèrent.
Les chercheurs ont alors tenté de comprendre son origine. Ils ont donc comparé les composés volatils présents dans les deux types de peaux, infectées ou non. Plusieurs molécules se sont avérées surabondantes dans l’épiderme atteint. Ils se sont ensuite présentés aux moustiques. A entendre les enquêteurs, l’un d’eux a littéralement “peur”.
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Choisie malgré elle, l’acétophénone est produite par des bactéries présentes dans la peau. Dans l’épiderme sain, les bacilles sont combattus grâce à des peptides antimicrobiens appelés RELMα. L’équipe chinoise a découvert que chez les souris malades, les peptides sont plus rares et les bactéries prospèrent. “En supprimant RELMα, le virus permet la prolifération des bactéries, d’où l’acétophénone qui va attirer les moustiques”, résume le professeur Dong Cheng, de la Tsinghua Medical School, qui a coordonné les recherches.
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