Nouvelle alerte sur le mésusage du gaz hilarant

Une mauvaise utilisation du protoxyde d’azote, également appelé gaz hilarant, peut avoir des conséquences neurologiques et cardiovasculaires. PHILIPPE TURPIN / PHOTOONSTOP

Le protoxyde d’azote est apprécié pour ses effets brefs et fascinants. Euphorie, état hésitant, rires… De quoi justifier son surnom de “gaz du rire”. Utilisé à l’origine en médecine pour ses propriétés anesthésiques et analgésiques, ainsi qu’en cuisine dans la fabrication de siphons culinaires, le produit est aujourd’hui apprécié des jeunes pour son mésusage. Il est transféré dans un ballon puis inhalé.

Mais cette popularité fait des ravages. Dans un communiqué du 23 juin, l’Association française des centres d’addictovigilance tire la sonnette d’alarme : elle recense près de 500 signalements liés au protoxyde d’azote en 2021, soit deux fois plus qu’en 2020 et dix fois plus qu’en 2019. Ils concernent des personnes âgées de 22 ans. années. moyen. “On voit de plus en plus de cas graves et de complications qu’avant”, s’inquiète Joëlle Micallef, professeur de pharmacologie, présidente du réseau, qui dirige également l’observatoire des addictions PACA-Corse. Une évolution d’autant plus inquiétante que seuls quelques cas sont signalés.

Quatre cas graves sur cinq sont de nature neurologique, car le gaz hilarant peut être toxique pour le système nerveux central ou périphérique. Les conséquences sont alors variées : altérations de la sensibilité et de la marche, douleurs chroniques ou encore incontinence. “Nous avons un certain nombre de jeunes et de moins jeunes qui, une fois sortis de l’hôpital, doivent se rendre dans un centre de rééducation fonctionnelle”, explique le pharmacologue.

Risque de phlébite

Ces complications surviennent avec des altérations du métabolisme de la vitamine B12. Ce dernier sert notamment à la fabrication de la gaine de myéline qui enveloppe les nerfs. Le protoxyde d’azote rend la vitamine non fonctionnelle, ce qui nuit à la transmission de l’influx nerveux.

D’autres complications graves, cardiovasculaires cette fois, ont été observées en 2021. Les troubles de la vitamine B12 entraînent également une augmentation de la concentration d’homocystéine, un acide aminé présent dans le plasma sanguin. Un taux d’homocystéine trop élevé favorise la formation de caillots dans les veines. Des phlébites surviennent alors, voire des emboles pulmonaires. Un risque méconnu de beaucoup de médecins, précise Joëlle Micallef. Le professeur insiste sur l’importance d’identifier les cas où les caillots sont liés à l’inhalation de gaz hilarant. “Sinon, la personne peut être soignée pour sa phlébite, mais en avoir une nouvelle le mois suivant, car elle continue à consommer. »

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