“A Cureghem, la drogue circule comme des scooters”

A l’approche des vacances d’été, les commerces entre la place Albert Ier et la Chaussée de Mons, au cœur du quartier d’Anderlecht à Cureghem, sont pleins à craquer. Beaucoup de gens font leurs courses avant la grande sortie, d’autres achètent juste des collations pour discuter avec les voisins en ce jour où le mercure est à 27 degrés.

Les débats concernent principalement la fin de l’année scolaire et les vacances. Quand l’une ou l’autre question est posée sur les fusillades qui se multiplient à Bruxelles, les mines se tendent.

Quel est ton but? Tu en as marre de parler de Molenbeek, alors tu viens nous déranger un peu à Anderlecht, non ? Si c’est le cas, je n’ai rien à vous dire ! Notre quartier ne vous intéresse que s’il y a des problèmes. Quand ça va bien, il n’y a personne à qui parler“, lance une jeune maman.

“Petite Colombie, mais pas pour le café”

Récemment, c’est bien Molenbeek qui a été évoqué pour parler des nuisances liées au trafic de drogue. Mais Cureghem a aussi une certaine notoriété dans ce domaine. “Ici, c’est un peu la petite Colombie. Et je dis pas ça à cause du café qu’on y trouve», explique en souriant un jeune voisin. Malgré le surnom sans équivoque donné à son quartier, ce jeune homme dit aussi en avoir marre d’entendre des choses négatives sur Anderlecht.

Oui, il y a des problèmes de drogue. Mais cela ne concerne pas seulement Anderlecht, comme d’autres vous le diront, cela ne concerne pas que Molenbeek. A Cureghem, nous souffrons plus de la stigmatisation que de la drogue. Parce que je suis prêt à vous parler d’autres choses, comme les dépôts clandestins malsains. Les gens viennent déposer leurs déchets dans nos rues comme s’il s’agissait d’une décharge publique. Conséquence : ça pue, c’est sale, il y a des seringues par terre, on voit des rats. Mais j’ai l’impression que cela a moins d’intérêt.

Un avis que JC, qui vit à Cureghem depuis près de 20 ans, ne partage pas totalement. Selon cet homme de 50 ans,stigmatisé, il a un bon dos”.

« Dans ce quartier la drogue circule comme des scooters : il y en a partout et ça va vite, on ne peut pas le nier. Les autorités doivent agir. Certains enfants du quartier sont utilisés parce qu’ils sont mineurs et « ont moins de risques ». “Les petits trafiquants utilisent aussi des chiens dressés pour faire circuler la drogue. C’est pratique parce que la police ne contrôle pas les chiens. Et quand les chiens passent, il faut changer de trottoir. Tout le monde le sait. Et si tout le monde le sait, la police. connaître”.

Et ajouter: “C’est facile de dire que ça se passe ailleurs et qu’ici, tout va bien. C’est pour ces raisonnements de merde qu’on laisse pourrir le quartier.”

Une mixité sociale minimisée

Originaire du quartier, Leila El-Mahi, blogueuse et militante associative, connaît très bien Anderlecht. Sans minimiser la présence et la circulation de stupéfiants dans son quartier, la jeune femme se qualifie. “Il y a, d’un côté, l’image qui s’est accrochée à Cureghem depuis les années 1990 et, de l’autre, une vie de quartier plus animée mais invisible. Et qu’on aimerait être plus visible, car c’est aussi important de mettre en avant les bonnes choses ».

Le blogueur explique que s’il est plus facile de contenir le malaise qui contamine Cureghem, apparu dans les années 1990, c’est aussi un “la vie associative avec des gens qui se battent pour les jeunes” . “C’est un quartier pluriel, très vivant et en constante évolution. Cureghem est un lieu important d’un point de vue sociologique car on y voit un mélange de population à l’image de la diversité bruxelloise. Il y a une bonne mixité sociale, mais avec moins d’intérêt de la part des médias. Je suis journaliste de formation, je connais donc les limites du métier. Mais je connais aussi l’attrait du sujet qui fait le buzz. Quand j’étais plus jeune, j’ai fait un stage dans un journal local. A mon arrivée, je me suis présenté comme habitant de Cureghem. A partir de ce jour, on me demandait tous les jours si j’avais des ‘violences d’information’ à gérer dans mon quartier », se souvient amèrement Leila.

“L’année dernière, le festival Couleur Café s’est tenu ici, mais je n’ai rien vu dans les médias, comme si j’avais honte d’écrire à ce sujet. Cela montre tout l’intérêt que l’on peut porter à ce quartier.”

“Être une femme change la donne”

Quand on parle d’éventuels problèmes d’insécurité, Leïla El-Mahi persiste et signe : elle ne connaît pas Cureghem. “Je suis conscient que la vie n’est pas rose pour tout le monde. Nous entendons des choses, mais personnellement, je n’ai jamais rien vu ni vécu de tel. Peut. Peut-être qu’être une femme et avoir une vie sociale en dehors du quartier change la donne. Peut-être qu’un jeune homme qui ne part jamais d’ici et qui n’a pas beaucoup de perspectives aura un autre témoin. Parce que dans ce quartier tout le monde vit selon la rue où il habite. Parfois, dans une même rue, la vie diffère selon le numéro où l’on habite. Nous habitons le quartier en fonction de ce que nous y faisons et de la manière dont nous y investissons. Cela dépend de votre rue, de votre classe sociale, de beaucoup de choses. A force de faire des généralités, on l’oublie et pour les habitants de Cureghem, ça fatigue.

Et pour conclure : “Si on parle d’Anderlecht, de Molenbeek ou de n’importe quel coin du croissant pauvre de Bruxelles, la situation socio-économique des habitants, c’est le gros problème.”

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