JULIEN DE ROSA via AFP Des députés rebelles entrent au Palais-Bourbon avec Jean-Luc Mélenchon qui ne s’est pas représenté.
POLITIQUE – “Bienvenue au Chaudron !”
– Merci, je suis choisi de Guadalupe.
-Bravo
– J’ai battu Justine Bénin, (ancienne ministre de la mer, ndlr)
– Double bravo !
Ce dialogue entre Boris Vallaud, député socialiste réélu dans les Landes et Christian Baptiste, le nouveau député de Guadalupe qui siégera avec le PS en dit long sur l’ambiance de ce mardi 21 juin, jour de l’arrivée des députés. de Nupes dans l’Assemblée.
Le chaudron. Jamais l’Assemblée nationale n’avait été aussi bien nommée. Avec 89 députés RN – qui feront leur entrée mercredi – et plus de 130 députés tous partis de gauche confondus, la majorité déjà relative est sur le point d’être prise en étau.
Regardez le bruit qu’ils font déjà ! Sonia Krimi, députée LREM battue aux législatives
Poings levés, chantant ou dansant pour certains, l’arrivée des Insoumis n’est pas passée inaperçue dans les baies habituellement tues du Palau-Bourbon. Même les barmans des brasseries environnantes s’étonnent “déjà, à dix-sept ans, on ne les voyait que là-bas, je ne sais pas ce que ça va donner”. “Regardez le bruit qu’ils font déjà”, se désespère Sonia Krimi, une ancienne députée LREM battue par Nupes sur le Canal qui fait ses cartons, dans la cour. “Ce sont des ploucs”, a déclaré un député horrifié. “Peut-être qu’ils vont nous faire un verger en permaculture”, plaisante le LR Pierre-Henri Dumont.
C’est le vieux monde qui semble le plus compréhensif. Pierre Morel-À-L’Huissier, député LR, élu en 2002 et réélu cette année : « La population française a choisi plusieurs extrêmes. Cela encouragera le débat et contribuera au pluralisme. »
« Nous sommes là, nous sommes là ! Même si Macron ne veut pas, nous sommes là. » Sur les marches menant au palais Bourbon, le poing levé, les plus de soixante-dix insoumis entonnent leur cri de concentration chanté par François Ruffin : “Et à la fin, nous vaincrons !”.
C’est ce qui se joue depuis l’échec de Mélenchon sur les marches de Matignon. Préparez-vous pour la suite. 2027, l’ancien candidat à la présidentielle, autour d’une bière du bar, dit non. “C’est simplement venu à notre connaissance à ce moment-là. Je n’ai pas d’âge dans la tête… » Votre héritage ? “Je ne m’impliquerai pas… Bon, je vais essayer de ne pas m’impliquer”, rigole-t-il. Il s’emballe quand il voit entrer à l’Assemblée “toutes les générations de ma vie politique” : l’ancien conseiller général de l’Essonne, Gabriel Amard, son ami du parti de gauche en 2008, Éric Coquerel ou les nouvelles têtes comme le benjamin des médias. de l’Assemblée, Louis Boyard, 21 ans, élu dans le Val-de-Marne.
Une femme de chambre, un ouvrier agricole…
Première ouvrière agricole du Parlement, Mathilde Hignet, 29 ans, a gagné en Ille-et-Vilaine. “C’est une fierté d’amener ces profils à l’Assemblée, les Français vont découvrir de nouveaux intervenants”, promet la présidente du groupe sortant, Mathilde Panot.
Redonnons à la démocratie son lustre d’antan. Sandrine Rousseau, députée de Paris.
Côté vert, Sandrine Rousseau enchaîne le duplex, « on va redonner ses cartes de noblesse à la démocratie », confie-t-elle à LCP. “Il y aura un débat avec nous, on ne votera pas tous ensemble sans penser comme l’ancienne majorité.” C’est un débat, il y aura. “C’est explosif, tout le monde va régler ses comptes ici, Marine Le Pen va s’appeler madame la présidente pour préparer les esprits, et les noces vont s’effondrer”, prédit Sonia Krimi, “heureuse de prendre le terrain”.
Preuve des crochets à venir, les Nupes ne se sont pas groupés devant l’Assemblée, mais ont fait des arrivées à plusieurs reprises, groupe par groupe. Même si les chefs de parti Olivier Faure et Julien Bayou étaient là dans la matinée avec les Insoumis, beaucoup ont déjà hâte. “On n’aurait pas dû perdre les circonscriptions de Clément Beaune et de Stanislas Guérini à Paris, on a fait cet accord rapidement, sans se demander qui était le meilleur dans chaque cirque”, déplore un édile socialiste. Olivier Faure est fier du résultat de son parti : “On a gagné cinq sièges par rapport à 2017, avec notre score à la présidentielle, c’est très bon”, se félicite le premier secrétaire, réélu en Seine-et-Marne.
La vedette du jour est Rachel Kéké, la première serveuse à entrer au Palais-Bourbon. Les caméras sont braquées dessus, c’est difficile d’y arriver. “J’ai les larmes aux yeux”, confie Clémentine Autain. Les larmes aux yeux également par Sébastien Delogu, élu des quartiers nord de Marseille et présenté comme “le chauffeur de Jean-Luc Mélenchon”.
“C’est un militant marseillais, il a déjà conduit Jean-Luc, mais surtout il a peint des écoles avec les habitants”, rectifie Manuel Bompard, élu avec une note dans la circonscription voisine, qui le porte sous son aile. Sébastien Delogu se confie à voix basse : “Je voudrais que Jean-Luc mette mon mouchoir”. Dans les jardins ensoleillés du snack, un câlin plus tard, Mélenchon court et lance, solennellement : “Nous sommes les représentants du peuple.”
Baptême républicain révolutionnaire avec @JLMechenlon 🔥 pic.twitter.com/lqCMfkUgHY
— Sébastien Delogu (@sebastiendelogu) 21 juin 2022
Jean-Luc Mélenchon est venu accompagner ses troupes, lui qui ne siégera plus dans l’institution. Empruntez le parcours habituel, dans la salle Casimir Perier devant le bronze qui représente le serment du tennis. “Ça nous a replongés dans la grande histoire, celle dont nous venons”, raconte Clémence Guetté, coordinatrice du programme, élue dans le Val d’Oise.
Mélenchon est le guide
Le plus dur reste à faire. Quel genre d’opposition seront-ils? Prêt à voter sur le texte sur le pouvoir d’achat ? “Si seuls les citoyens sont laissés seuls, ce sera sans nous”, prévient François Ruffin, qui prône “une taxation des dividendes de Total”, mais qui rappelle avoir déjà voté des textes majoritaires sur le handicap ou “l’écologie”.
L’alliance de gauche tiendra-t-elle le coup alors que la proposition de Jean-Luc Mélenchon de siéger dans un groupe unique a échoué ? “On a voté huit textes de dix sets pendant cinq ans”, précise Olivier Faure.
Une nouvelle épreuve du feu se joue au Nupes ce jeudi : le groupe socialiste doit décider s’il présente un candidat à la présidence de la commission des finances. Côté insoumis, Eric Coquerel est déjà candidat et espère n’avoir aucune concurrence à sa gauche “sinon on perd”.
Valérie Rabault, qui a déjà imposé le rapport de force en rejetant la proposition de Mélenchon d’un groupe commun, pourrait se présenter aux élections. Tout sourit, ne ferme pas la porte et assure qu'”il communiquera très vite sur le sujet”. Cela dépend aussi si elle reste présidente du groupe socialiste, ce qui sera décidé dans les prochains jours. A gauche, comme à l’Assemblée générale, les négociations ne font que commencer.
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