“Absolument inacceptable”, privés du prochain Disney, les cinémas français expriment leur colère

Le géant Disney sera de sortie Monde étrange sa caricature de fin d’année, dans les chambres noires du monde entier… Mais pas en France, où il faudra attendre son arrivée sur la tribune de la firme aux grandes oreilles. Une position insoutenable pour les opérateurs.

Lorsque Disney n’est pas content, faites-le savoir. Et la colère. Disney a décidé de priver les salles françaises de son prochain film d’animation, Strange World (Avalonia en français), pour diffuser ce blockbuster directement sur sa plateforme fin 2022, a indiqué la firme mercredi 8 juin.

Son dessin animé de fin d’année, plébiscité par les familles pendant les vacances de Noël, ne sera donc pas diffusé dans les salles françaises. Une sanction contre la France. Le groupe américain souhaiterait que notre pays réforme sa chronologie médiatique – qui régule les dates auxquelles les films peuvent être diffusés en streaming et notamment à la télévision – afin d’atteindre plus de souplesse pour la diffusion de ses films en salles et chez Disney+.

La firme aux grandes oreilles doit attendre 17 mois avant de pouvoir exploiter ses films sur sa plateforme. Trop longtemps pour ce géant hollywoodien. “C’est la conséquence de la chronologie des médias telle qu’elle est pratiquée en France que nous considérons comme injuste, contraignante et inadaptée aux attentes de notre public”, a déclaré aux Echos la présidente française de Disney, Hélène Etzi. Donc en attendant, ils privent les téléspectateurs de Strange World du grand écran.

Dans les autres pays, les films peuvent généralement sortir sur les plateformes un mois et demi après leur sortie en salles. Pas au pays de l’exception culturelle. Le géant américain du divertissement se plaint également d’une fenêtre d’exclusivité de seulement “cinq mois” avant de voir son film basculer sur les chaînes gratuites.

Le cinéma est toujours en crise. Malgré quelques points positifs liés aux vacances scolaires ou à l’avant-première de blockbusters comme Spider-Man : No Way Home ou Dying can wait, la reprise de la fréquentation des films reste inégale en cette fin de pandémie. Depuis la réouverture des salles en mai 2021, 150 millions de billets ont été enregistrés, soit une baisse de fréquentation de 28 % par rapport à la période 2017-2019, selon les estimations du CNC. En avril 2022, premier mois sans aucune restriction sanitaire, la fréquentation est remontée péniblement à -23%.

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“On ne peut pas utiliser le business pour résoudre un problème institutionnel”

C’est pourquoi cette décision dérange encore plus les opérateurs. La Fédération nationale des cinémas français (FNCF) a exprimé son mécontentement dans un communiqué : “La FNCF reste très ferme contre cette décision. Elle demande à Disney de reconsidérer cette élection et l’invite à participer aux réunions organisées par le CNC dans le cadre de la clause de réunion prévue par l’accord du 24 janvier 2022. Elle demande aux pouvoirs publics de permettre une résolution rapide de ce gros problème pour notre secteur à mener une conciliation entre les parties prenantes, et à éviter que les spectateurs et les cinémas ne soient les victimes collatérales de ces litiges.

Marc Olivier Sebbag, délégué général FNCF, ne cache pas son exaspération. “Disney utilise les cinémas pour influencer ses négociations commerciales”, a-t-il déclaré. Ainsi, selon lui, les cinémas seraient instrumentalisés dans un conflit individuel et économique, sur lequel ils n’ont aucune prise. “Il nous est simplement venu à l’esprit alors [Disney] ils ne rentrent pas et ils sortent l’arme atomique. C’est une forme de chantage”, a déclaré au Parisien Richard Patry, président de la Fédération nationale du cinéma français.

Espérant que cette décision ne sera pas définitive, Marc Olivier Sebbag insiste sur la frustration des exploitants car “au-delà de la déception, le problème avec Disney ne peut pas être résolu par les cinémas eux-mêmes et on ne peut pas utiliser le business pour résoudre un problème institutionnel”, il a dit. . Les chambres noires seraient les seules victimes de ce désaccord.

“Ce n’est pas normal que ce film ne sorte pas en France”, a déclaré le délégué FNCF, “absolument inacceptable”. Les cinémas français se remettent doucement de la crise du Covid et les trois à cinq millions d’entrées prévues par Strange World sont une perte non négligeable. Mais cette stratégie de ne mettre que des films sur sa plateforme est également risquée pour Disney. “C’est une décision difficile pour eux”, a déclaré Alain Le Diberder, économiste parisien des médias. La société tire entre 40 et 50% de ses revenus du box-office. Un abonnement Disney+ coûte environ un euro. Alors qu’un film en salles coûte 5 euros pour Disney. Et un film en salles, c’est beaucoup de retombées.

Ce n’est pas la première fois que la firme américaine publie un dessin animé directement sur Disney+. En décembre 2020, le film Mulan avait été mis sur la plateforme sans passer par les salles obscures. Mais cette décision, prise en pleine crise sanitaire, a touché tous les pays du monde.

Strange World sera projeté du 13 au 17 juin à Annecy, le plus important festival d’animation. « Vont-ils présenter un film qui ne sortira pas en France ? Marchons sur la tête”, s’indigne encore Richard Patry dans les colonnes parisiennes. Pourtant, Marc Olivier Sebbag tente de garder confiance : “La précédente déprogrammation de Disney était mondiale et était connue un mois ou deux avant la sortie du film, là on a six mois pour trouver une solution.” La nouvelle ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak, qui remplit son devoir de réserve avant les législatives, n’a pas encore réagi à cet épineux dossier.

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