Airbus a testé avec succès un avion de transport A400M Atlas transformé en bombardier d’eau

Un rapport du Sénat publié en 2019 estimait que la flotte d’avions utilisée par la Sécurité civile pour lutter contre les feux de forêts était “adaptée” aux besoins définis par la doctrine française en la matière. À l’époque, il se composait de douze Canadair CL-415, de sept Tracker S2F, de trois Dash 8 Q400 MR, de trois Beechcraft King 200 et d’une quarantaine d’hélicoptères EC-145. De plus, si nécessaire, le mécanisme européen “RescEu” pourrait toujours être mis en jeu afin d’obtenir des renforts d’autres Etats membres, comme ce fut le cas avec les deux incendies qui viennent de ravager 20.800 hectares de bois en Gironde.

Cependant, le document avait également noté que cette flotte était vieillissante. Ainsi, la conception des Trackers S2F, utilisés pour les missions dites GAAR [guet aérien armé]avec trois tonnes de retardateur en soute, datant des années 1950… Ils ont depuis été retirés du service, grâce à la montée en puissance du DHC-8-402 [ou Dash 8] MAGNIFIQUE [multirôle bombardier d’eau et de transport]dont un cinquième exemplaire vient d’être délivré par la Direction Générale de l’Armement [DGA] à la base aérienne de la sécurité civile de Nîmes.

La vérité est que les récents incendies qui ont fait l’actualité ont donné lieu à une polémique sur les moyens de la sécurité civile… certains estimaient que le nombre d’avions utilisés pour lutter contre les incendies de forêt était insuffisant. L’un des soucis est la disponibilité des électroménagers, qui n’est pas toujours optimale à l’approche de l’été. Ainsi, le 15 juillet, quatre Canadair CL-415 étaient immobilisés pour des opérations de maintenance…

Cela dit, la France a choisi d’avoir ses propres avions de lutte contre les incendies… Ce n’est pas le cas de l’Italie, de la Grèce ou même de l’Espagne, qui complètent leurs moyens respectifs en faisant appel à des compagnies privées, comme le britannique Babcock ou le nord-américain Erikson. Mais une autre solution pourrait bientôt voir le jour… Et si elle s’avère efficace, alors l’Air Force et la Space Force pourraient être davantage impliquées, si nécessaire, dans la lutte contre les incendies de forêt. A noter qu’elle fait déjà partie, comme les autres armées, du système Héphaïstos.

Ainsi, le 25 juillet dernier, et comme il l’avait déjà fait pour son C-295 il y a quelques années, Airbus indiquait avoir mené une campagne d’essais avec un avion de transport A400M “Atlas” équipé d’un kit prototype démontable pour l’extinction des incendies.

“Réalisés de jour, ces tests ont consisté à larguer jusqu’à 20 tonnes d’eau du réservoir actuel en moins de dix secondes, à faible niveau. [150 pieds / 45 mètres] et à basse vitesse [125 nœuds / 230 km/h] », a expliqué Airbus. Et de préciser que cette campagne, menée en étroite collaboration avec l’escadron 43 de l’Ejército del Aire y del Espacio, spécialisé dans la lutte contre les incendies de forêt, visait à « valider la quantité d’eau et l’heure de chute ainsi que la capacité de l’avion à effectuer des missions de bombardiers d’eau ».

L’installation de ce kit de type RORO [roll-on/roll-off] ne nécessite aucune modification de l’A400M. L’eau est stockée dans un réservoir chargé dans la soute de l’avion et équipé de « deux sorties distinctes auxquelles sont raccordées des conduites d’eau qui, lorsque le lancement est activé, expulsent l’eau à travers deux sections d’environ un demi mètre carré au niveau de la fin de la rampe arrière », explique Airbus.

De plus, la transformation d’un A400M en bombardier d’eau est facile et rapide, ce qui permet une intervention dans les plus brefs délais.

A titre de comparaison, un Canadair CL-415 peut larguer 6 000 litres d’eau ou ralentir quand un Dash 8 en embarque 10 000… C’est deux fois plus qu’un A400M équipé du kit qu’Airbus vient de tester. Et c’est un élément à considérer avant d’envisager l’achat – au niveau européen – d’avions supplémentaires pour la sécurité civile, comme l’a suggéré le président Macron lors de son déplacement en Gironde le 20 juillet.

A noter que la Marine nationale française est également capable de lutter contre les feux de forêt, ses hélicoptères Dauphin N3+ pouvant être équipés en « bombardiers d’eau » grâce à un « Bambi Bucket », c’est-à-dire une nacelle souple pouvant contenir jusqu’à 700 litres d’eau. L’un de ces appareils a également été récemment appelé pour éteindre un incendie de forêt qui s’était déclaré à Punaauia, en Polynésie française.

Photo : © AIRBUS SAU 2022 – Adrián Molinos – Mangue

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