Anthony BONDAIN Bourse de Paris : Powell, c’est flou

Pour entrer un peu plus dans le détail, ce n’est pas la première fois que les marchés financiers tentent de s’y retrouver ces derniers mois, et je ne sais donc pas du tout vous si la tentative actuelle sera couronnée de succès. Ce que je sais par contre, c’est que ces phases ont un air de déjà-vu et que les investisseurs ne donnent pas l’impression d’avoir assez de billes pour être sereins. Aussi, j’entends déjà les rires au fond de la salle en mode “mec, je te défie d’en trouver juste assez pour les doigts d’une main”. De quel acte.

La séance de mardi, la première de la semaine aux Etats-Unis après un jour férié, a été marquée par une forte hausse. Pour mémoire, Wall Street avait déjà terminé au vert vendredi dernier, on peut donc parler de série haussière si l’on suppose qu’une série commence par deux termes et si l’on est adeptes du positivisme. Il en faut peu pour être heureux, comme dirait mon ami Baloo (un ours, soit dit en passant, ça a beaucoup de sens dans le sac). Les trois principaux indices américains, le S&P500, le Nasdaq et le Dow Jones, ont progressé de plus de 2 %. Tous les secteurs ont fortement progressé, avec cependant deux paradoxes.

La première est que les valeurs pétrolières ont augmenté, tandis que les matières premières étaient le secteur le moins favorisé. Ceci illustre le fait que les investisseurs ont du mal à se positionner par rapport au scénario récessif et ont bien vu que le baril de pétrole brut, malgré les craintes récentes sur l’activité, semble inarrêtable sur son socle actuel. Une mise en garde toutefois sur l’or noir dont il souffre une nouvelle fois ce matin, après que des rumeurs aient prêté à Joe Biden l’intention de suspendre temporairement la taxe fédérale sur le gallon d’essence. Cette décision en soi ne serait pas particulièrement inquiétante pour les prix, mais elle montre que les États-Unis cherchent des moyens d’atténuer la pression sur les consommateurs, ce qui pourrait conduire à d’autres mesures plus spécifiques du côté de l’offre. Continuons, alors. Un bon connaisseur du dossier me dit aussi ce matin que les restrictions européennes sur le pétrole russe ne sont pas encore vraiment entrées en vigueur et qu’elles pourraient avoir leur petit effet à la hausse une fois matérialisées. Le plus drôle, c’est que même si on multiplie les études, on parle de rupture et de palais infini sur le sujet, le pétrole reste un atout très stratégique porté par des forces faciles à appréhender et complexes à anticiper.

L’autre paradoxe, pour une fois bien plus anecdotique, c’est les Meta Platforms, seule baisse hier parmi les 15 premières entreprises américaines. Et quelle chute, puisque le groupe de Mark Zuckerberg a perdu 4%, portant son passif en 2022 à 53%. Le groupe a perdu un procès symbolique aux Etats-Unis sur une affaire d’orientation, l’obligeant à revoir un algorithme publicitaire. Les investissements dans la technologie en 2022 sont délicats, mais certains le sont plus que d’autres. Mais les investisseurs ne peuvent pas ignorer toutes les boîtes gérées par des mégalomanes, car elles réussissent clairement.

Sur le plan macroéconomique, les chiffres des ventes immobilières aux États-Unis pour le mois de mai ont été inférieurs aux attentes. En économie, des mécanismes souvent complexes sont en place, mais la relation entre la hausse des taux directeurs et le marché immobilier est claire : l’argent est plus cher, donc les conditions de crédit se durcissent, excluant de facto certains secteurs de la population hypothécaire et pousser les autres à être prudents dans leurs achats. Les chiffres d’inflation de mai prévus aujourd’hui au Royaume-Uni et au Canada ne devraient en rien étouffer la frénésie inflationniste. En Chine, le gouvernement appelle à augmenter les investissements et annonce qu’il prépare des mesures pour favoriser la croissance. Les plus espiègles auront fait remarquer que ces mesures sont censées être en préparation depuis deux ans.

Mais la grande “nouvelle” du jour est le discours oral semestriel du président de la Fed, Jerome Powell, devant la commission bancaire du Sénat américain à 15h30, heure de Paris. Le marché croira une fois de plus sur parole pour avoir essayé de perfectionner ses compétences en matière d’estimation des taux. C’est inutile, mais ça l’est. Le texte du discours est publié au début de l’intervention et peut être utilisé par la Fed pour faire passer des messages. Elle est suivie d’une séance de questions-réponses avec des échanges un peu moins fluides qu’une communication calibrée. Tellement intéressant et source de volatilité, et donc d’influence, pour les bourses en difficulté.

Les marchés boursiers sont un peu différents en Asie-Pacifique ce matin. Le Japon et l’Australie tournent autour de la balance, tandis que Hong Kong perd plus de 1%.En Europe, le CAC40 a débuté la séance avec une baisse de -1,45% à 5.878 points et l’indice SMI -0,7% à 10.403 points.

Temps forts de la journée

Rien à signaler, sauf, bien sûr, l’audition semestrielle de Jerome Powell avant la convention. Toute la macro quotidienne ici.

L’euro et le dollar se neutralisent toujours autour de 1,05 dollar. L’once d’or est tombée à 1827 dollars. Le pétrole a de nouveau chuté avec le Brent de la mer du Nord à 110,74 $ le baril et le brut léger américain WTI à 105,45 $. Le rendement de la dette américaine à 10 ans a de nouveau légèrement baissé à 3,26%, tandis que les maturités courtes (3 mois et 6 mois) ont augmenté. Bitcoin rebondit jusqu’à 21 500 $.

Les principaux changements dans les recommandations

  • Admicom : Inderes passe du cumul à l’achat, avec l’objectif de 63 euros.
  • ArcelorMittal : JP Morgan passe de surpondérer à neutre, avec un objectif de 32,50 euros.
  • Carrefour : Bernstein passe de performances boursières en performances moindres avec l’objectif de 16,50 euros.
  • Ceres Power : Goldman Sachs passe de la vente à l’achat, avec un objectif de 700 GBp.
  • Derichebourg : Oddo BHF est passé de haut à neutre avec un objectif de 9 EUR.
  • Flatexdegiro : Oddo BHF continue de mieux performer avec un objectif de cours réduit de 30 à 16 EUR.
  • Grifols : Alantra Securities passe d’achat à neutre, avec un objectif de 20,39 euros.
  • Kingspan : Berenberg reste long avec un objectif de cours réduit de 100 à 86 EUR.
  • Koné : Goldman Sachs passe de neutre à vendeur, avec un objectif de 44 euros. Berenberg passe de l’achat à la rétention avec l’objectif de 50 euros.
  • Mips : Berenberg passe de l’achat à la détention avec l’objectif de 600 SEK.
  • NatWest : Jefferies passe de la retenue à l’achat, avec un objectif de 359 GBp.
  • Orange : Barclays passe de la sous-pondération à la pondération en ligne avec l’objectif de 10,50 euros.
  • Rieter : UBS reste neutre avec un objectif de cours réduit de 132 à 124 CHF.
  • Sage Group : Jefferies reste long avec un objectif de prix réduit de 890 à 740 GBp.
  • Salzgitter : JP Morgan passe de neutre à sous-pondéré, avec un objectif de 31,60 euros.
  • Sartorius Stedim Biotech : HSBC commence à contrôler l’achat avec l’objectif de 410 euros.
  • Schindler : Berenberg devrait être conservé avec un objectif de cours réduit de 195 à 180 CHF.
  • Smurfit Kappa : Jefferies passe de la retenue à l’achat, avec un objectif de 3700 GBp.
  • Stora Enso : Handelsbanken reprend le suivi des achats.
  • Telia : Barclays passe du poids en ligne au surpoids à 50 SEK.
  • Vodafone : Barclays passe du surpoids à la pondération en ligne avec un objectif de 140 GBp.
  • Voestalpine : JP Morgan passe du surpoids au sous-poids avec l’objectif de 27,50 euros.
  • Vossloh : Jefferies se retrouve avec un objectif réduit de 42 à 32 EUR.
  • Zur Rose: le Credit Suisse commence à payer moins avec l’objectif de CHF 73.

En France

Annonces importantes (et moins importantes).

  • Le Crédit Agricole organise une journée investisseurs et présente ses objectifs pour 2025.
  • Safran inaugure l’extension de son site de télécabines avions à Casablanca.
  • Les accords suisses de Sonepar, Rexel, Schneider et Legrand sous l’œil de la justice, selon Mediapart.
  • Stellantis prépare l’après-SUV avec sa nouvelle Peugeot 408.
  • L’activité cloud d’Orange et Capgemini devrait être lancée fin 2022.
  • Faurecia a précisé l’augmentation de capital de 705 millions d’euros en plus de l’acquisition de Hella.
  • Dassault Aviation a proposé la vente de 15 Rafale en Colombie.
  • Amundi vise une croissance annuelle moyenne de son résultat net de l’ordre de 5% sur la période 2022-2025.
  • Accor négocie la cession de 10,8% d’Enismore à un consortium au Qatar pour 185 millions d’euros.
  • Eiffage a remporté le contrat des parties de transition du futur parc éolien offshore EnBW He Dreiht sur la côte allemande dans le cadre d’un consortium.
  • Euronext fait le premier pas vers une chambre de compensation européenne.
  • Gaztransport & Technigaz obtient une commande de Hyundai Samho Heavy Industries pour la conception des réservoirs de quatre nouveaux porte-conteneurs propulsés au GNL.
  • JCDecaux et VIOOH lancent une offre de programme DOOH au Brésil.
  • Le conseil d’administration d’Albioma recommande l’offre de Kyoto Bidco.
  • Alten, Korian et GL Events organisent leurs assemblées générales.
  • Shell demande des dérivés de bio-isobutène à tester chez Global Bioenergies.
  • Hopscotch acquiert trois sociétés sportives.
  • L’essai de phase II d’Adocia avec M1Pram atteint son objectif principal dans le diabète de type 1.
  • Altheora renforce son management.
  • SA Metalliance reçoit une commande en Italie.
  • Hydrogen Refueling Solutions reçoit une commande d’une station de ravitaillement en hydrogène vert en Vendée.
  • Drone Volt vend un hélicoptère LRS au Canada au Groupe Gilbert.

Dans le monde

Annonces importantes (et moins importantes).

  • La FDA prépare une règle pour éliminer la plupart de la nicotine des cigarettes aux États-Unis, selon un avis de proposition publié sur le site Web du Bureau de l’information et des affaires réglementaires. Avec impact…

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