Après les législatives de 2022, quel poids pour l’opposition à l’Assemblée ?

Sarah Meyssonnier via REUTERSMarine Le Pen avec le RN et Jean-Luc Mélenchon derrière la NUPES – et bien qu’elle ne soit plus députée – sont parvenus à former deux grandes forces d’opposition à Emmanuel Macron au gouvernement.

POLITIQUE – C’est une Assemblée nationale haute en couleurs qui s’apprête à entrer en fonction. Avec 245 sièges, la coalition présidentielle Ensemble ! c’est loin d’être une majorité absolue. A gauche, la NUPES a remporté 131 sièges. A l’extrême droite, le Rassemblement national offre une percée et devient un groupe avec lequel il faut compter, avec ses 89 députés.

Comme François Mitterrand en 1988, le président réélu n’a pas de majorité absolue. Pouvez-vous gouverner ? En tout état de cause, il sera bloqué par les forces en présence, dont les deux principales : les partis de gauche et d’extrême droite.

Au-delà de leur nombre de représentants et des débats houleux que cela peut provoquer lors des sessions, ces deux camps peuvent revendiquer suffisamment de postes à l’Assemblée pour compliquer la tâche du gouvernement. Cela dans une certaine mesure et tant que vous avez une stratégie en place.

Le défi de la commission des finances

En 2008, avec la réforme constitutionnelle de Nicolas Sarkozy, l’opposition a obtenu plusieurs atouts, dont la très convoitée présidence de la commission des finances.

Comme elle contrôle le budget de l’Etat et peut, entre autres, déclarer recevables ou non des amendements ayant un impact économique sur le budget, la commission des finances est l’une des fonctions les plus prestigieuses de l’opposition. En 2008, la loi stipulait que sa présidence devait être assurée par un groupe d’opposition. Depuis, c’est traditionnellement le candidat du premier groupe d’opposition qui est choisi. Mais rien ne l’y oblige.

“Le règlement intérieur de l’Assemblée ne définit pas la notion de ‘principal groupe d’opposition’, cela n’existe pas. Il n’y a que des ‘oppositions déclarées'”, confirme Jean-Jacques Urvoas, ancien gardien des cachets de François Hollande et co-auteur du Manuel de survie à l’Assemblée nationale, l’art de la guérilla parlementaire (éd. Odile Jacob, 2012). ).

La formule précise que « la composition de chaque commission vise à reproduire la configuration politique de l’Assemblée ». Concrètement, cela signifie que les groupes les plus représentés à l’hémicycle devraient avoir plus de représentants en commission que les groupes les moins représentés. Mais nulle part le travail effectué n’est mentionné, selon la taille du groupe. C’est là que commence la lutte entre le Rassemblement national et la NUPES.

Ensemble! tenir les cartes

Ce lundi 20 juin, depuis son fief d’Hénin-Beaumont, Marine Le Pen est catégorique. Il estime que le RN est “le premier groupe d’opposition à l’Assemblée” et revendiquera donc tous les postes qui lui appartiennent “par tradition ou par les règles républicaines”. Il est le premier à présider la commission des finances.

“On verra”, a déclaré Manuel Bompard, pour qui “les groupes ne sont pas encore terminés”. “De toute façon, le premier parti d’opposition à l’Assemblée nationale, c’est les Nupes”, a-t-il déclaré à BFMTV le 20 juin, avant d’assurer que LFI désignerait également son candidat à la commission des finances.

Le scrutin pour cette présidence tant convoitée aura lieu le 30 juin et 70 commissaires aux Finances nommés au prorata de la composition de l’Assemblée seront chargés de désigner son chef. Contre toute attente, ce sont les représentants d’Ensemble ! qui aura les cartes en main.

“La coutume veut que la majorité ne vote pas”, explique Jean-Jacques Urvoas. “Si demain les 35 députés de la majorité décident de voter, la décision leur appartiendra.” En revanche, s’ils respectent la tradition et s’abstiennent, le candidat LFI a plus de chances de l’emporter, puisqu’il peut compter sur les voix de son groupe, ainsi que sur celles des autres partis de gauche représentés. Le RN ne peut compter que sur les voix de ses propres députés.

Le “cœur nucléaire” de l’Assemblée doit être pris

La présidence de la commission des finances n’est pas le seul poste auquel l’extrême droite espère prétendre, car si la NUPES est un groupe unique, selon la volonté de Mélenchon, cette perspective est lointaine. “Les députés RN auront des vice-présidents, un poste de questeur, ils pourront solliciter la présidence de la commission spéciale chargée de vérifier et de liquider les comptes de l’Assemblée… Tout poste réservé à l’opposition, ils pourront le revendiquer”, énumérer. l’ancien gardien des timbres du HuffPost.

L’émission contrôle les lacets du portefeuille du Palais-Bourbon et “le RN aura forcément un poste de questeur” des trois existants, anticipe Jean-Jacques Urvoas. Et à Nupes ? “Si on calcule le vote au prorata, cela signifie généralement qu’un questeur Nupes, un questeur RN et un questeur Junts !”, estime l’ex-parlementaire. Cette situation serait inédite car jusqu’à présent, le quodura avait toujours été attribué à deux représentants de la majorité contre un seul de l’opposition.

C’est un poste de commission méconnu, mais il peut aussi donner des pouvoirs à l’opposition : celui de présider la commission spéciale chargée de contrôler et d’éclaircir les comptes de l’Assemblée, ce qui permet d’avoir les comptes des députés. Bref, c’est une position de contrôle qui peut être particulièrement gênante pour une majorité inexpérimentée, tant qu’un président très observateur est nommé et pour ses pouvoirs.

“La commission des finances pour son président, la commission de liquidation et, de mon point de vue, le président de la commission des affaires sociales (actuellement non revendiqué par l’opposition, ndlr) sont trois postes institutionnels impliqués dans la gestion de l’Assemblée nationale . Ils assistent à des réunions hebdomadaires. C’est le noyau nucléaire de la maison, ce qu’on appelle la conférence des présidents”, résume Jean-Jacques Urvoas.

Le premier vice-président – ils sont six au total – de l’Assemblée nationale sera également issu de l’opposition. Marine Le Pen a assuré que son groupe aurait un candidat et compte tenu de la nouvelle composition, il y aura forcément un des rangs à gauche.

Pour tenir une Assemblée où tous groupes confondus, l’opposition est plus nombreuse que les troupes gouvernementales (281 sièges entre LR, RN et NUPES contre 245 d’Ensemble !), le camp d’Emmanuel Macron devra choisir, donc, une assemblée solide. Président. “Le futur président de l’Assemblée sera au moins aussi important qu’Olivier Véran [ministre des Relations avec le Parlement, NDLR] en ce qui concerne la pacification de la Chambre », souligne le spécialiste de la vie parlementaire.

“Le Parlement français a tous les pouvoirs, tout ce qu’il veut exercer. Dans la configuration actuelle, le président de l’Assemblée est stratégique ». Le domaine de Richard Ferrand, perquisitionné dans le Finisterre dimanche 19 juin, est ouvert. L’élection du prochain président de l’Assemblée est prévue le 28 juin. La plupart ont huit jours pour trouver la perle rare.

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